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Laurent Pantaléon : « On veut diffuser les films de nos territoires et pouvoir en vivre »

ÉPISODE 2

Pour Laurent Pantaléon, l’indépendance artistique passe autant par la création que par la maîtrise des moyens de diffusion. Festivals de quartier, production, distribution : le réalisateur réunionnais multiplie les initiatives pour permettre aux films issus de La Réunion, des Outre-mer et des diasporas africaines de rencontrer leur public et de raconter leurs propres histoires.

La découverte de Cannes et les années Kino

En 1994, Laurent Pantaléon a vingt ans lorsqu’il découvre le Festival de Cannes, en tant que lauréat du prix de la jeunesse. Quelques années passent, entre service militaire et école de photographie à Istres. À son retour, RFO lui propose alors de faire des critiques de cinéma. Il fait à ce moment-là la rencontre de Pascal Benbrik, scénariste réunionnais, qui vient régulièrement à La Réunion.

La rencontre entre les deux hommes fait tilt, et ils décident, accompagnés d’autres camarades, de lancer eux aussi une sorte de festival marron et rejoignent le mouvement Kino né au Québec. « On lance, avec Christian (Jalma) et d’autres comme Souleyman Badat, ce mouvement et chaque vendredi soir, on propose des films. » L’idée est simple : avec peu de moyens financiers, il faut réaliser des courts-métrages et les projeter le soir même. L’objectif est de permettre à tout un monde de s’exprimer, mais aussi de tester, d’imaginer collectivement des récits. 

« Durant trois ans, chaque vendredi soir, avec des camarades, on va proposer des films qui sont, il faut le dire avec du recul, pas terribles. Mais ils ont des choses à dire, à exprimer. » Dans la même mouvance, apparaissent les ciné-kabaré : les participants s’enferment durant 48 heures dans un même lieu, avec un thème, et écrivent un scénario. C’est l’époque où les futurs noms de l’audiovisuel réunionnais se rencontrent, tissent des liens : Abel Vaccaro, Charles Blondeau. Nicolas Guéniot. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont monté des boîtes de production. 

Au bout de trois ans, Laurent Pantaléon abandonne les kinos. S’ensuit « une traversée du désert », comme il le dit : « On avait plus rien à montrer. » À côté du cinéma, il y a aussi la vie, qu’il faut construire. Prof d’art plastique, prof à l’ILOI, documentaires pour la télé. Mais il continue d’écrire, de réfléchir, d’imaginer un prochain film. 

En 2016, La Face cachée du Père Noël, court-métrage, marque l’éclosion de Pantaléon, réalisateur. Le film est nommé, c’est la découverte aussi des festivals africains, les rencontres avec « les frères réalisateurs guadeloupéens, guyanais, martiniquais, haïtiens », comme il les appelle. Les échanges se multiplient et la réflexion politique se construit. Trois ans plus tard, il lance avec des camarades le festival Court Derrière avec la volonté de donner de la visibilité à des films des diasporas africaines. 

Court Derrière, un festival pour amener le cinéma vers les gens 

L’idée de départ est simple : amener le cinéma vers ceux qui n’y ont que rarement accès. « Nous, on fait pas des films juste pour les projeter. On fait des conférences, le film ça doit être un échange. » Le festival en est à sa 8ᵉ édition et la formule a évolué. Au départ, le festival s’installe à l’université, ceux qui viennent sont déjà des gens sensibilisés au cinéma d’auteur. L’année suivante, ils projettent à Château Morange mais le public reste le même alors que Laurent Pantaléon espère toucher un public plus local. 

Changement de vision, il prend alors « son bâton de pèlerin » et décide d’aller vers des lieux plus cachés, intimistes : rond Batay Coq, rond-point des Zazalés. Lors de la dernière édition, dans le quartier de la Source, à Saint-Denis, le festival avait décidé de rendre hommage à Koman i lé la sours directement en bas des immeubles. Cette année-là, Françoise Vergès est présidente du festival et près de 300 personnes viennent voir les films. Le graffeur Méo est même venu effectuer une grande fresque hommage. 

Maîtriser la chaîne pour rester maître de ses films 

« Chaque année est différente mais cette fois-ci, on a quand même atteint un sommet en termes de spectateurs. Et l’atmosphère aussi était particulière, ça rendait hommage à Marie-Hélène, une dame chez qui on avait l’habitude de cuisiner lors des dernières éditions. » Ces rencontres, c’est aussi l’occasion de montrer des films aux premiers concernés : lors de l’échange post-film, une dame a raconté son histoire : « Voir le film, ça lui donne la force, les larmes aux yeux de parler de sa vie alors que les gens autour, qui l’ont toujours connue, ne l’ont jamais entendu raconter tout ça. » 

Mais pour pouvoir projeter ses films, Laurent Pantaléon et ses camarades ont très vite été conscients de la nécessité d’avoir la propriété de ses films. Pour maîtriser le circuit, il crée KWZ pour la production et 1848 Distribution, un collectif de réalisateurs dont DKpit et Kenlo Primate. Les projets sont nombreux, notamment la création d’une plateforme qui permettrait de diffuser des films réunionnais, des territoires d’outre-mer et des diasporas africaines. Pour Pantaléon, l’objectif est clair : « Le but est de diffuser des films de nos territoires mais aussi de pouvoir en vivre. »

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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