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Alzheimer à La Réunion : avancées, limites et espoirs 

Ce vendredi 12 juin, le campus universitaire du Tampon accueillait la conférence annuelle de la Fondation Recherche Alzheimer. Des chercheurs et médecins sont venus présenter les dernières avancées sur la maladie et répondre aux questions du public. Parmi les participants, une femme récemment diagnostiquée à un stade précoce prend la parole. Sa question est simple, directe, et résonne pour toute la salle : « Est-ce qu’il y aura quelque chose pour me soigner (à ce stade précoce) dans les années qui viennent ? » . Un temps de réflexion. Puis arrive la réponse du Dr. Lorraine Hamelin, neurologue au CHU de Saint-Denis, honnête, nuancée, et révélatrice d’une recherche en pleine mutation.  

Existe-t-il un médicament miracle ? Pas vraiment. Mais il existe des médicaments qui ont eu des effets encourageants sur la maladie à un stade précoce. Le lécanémab a obtenu en avril 2025 une autorisation de mise sur le marché européen. Il est le premier traitement autorisé dans l’Union européenne à ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce, et non plus seulement en atténuer les symptômes. Mais autorisation ne signifie pas accès. En France, la Haute Autorité de santé a refusé en septembre 2025 de lui ouvrir la procédure d’accès précoce. Son effet serait jugé peu pertinent, son profil de tolérance « préoccupant » et une mise en place qui suppose une organisation complexe et difficilement réalisable dans l’état actuel du système de santé français. Une décision confirmée en novembre 2025 par un avis défavorable au remboursement.

Toutefois, le Dr. Lorraine Hamelin se veut rassurant, le refus d’accès précoce n’est pas un abandon définitif, d’autres traitements prometteurs pourront aussi voir le jour dans les prochaines années.

Elle affirme également que l’environnement dans lequel nous vivons a un impact sur l’évolution de la maladie, l’accompagnement des patients et les diagnostics sont des leviers à tirer pour mettre K.O Alzheimer.

Un meilleur diagnostic…

Le Dr. Hamelin présente le fonctionnement de la maladie d’Alzheimer avec comme acteurs principaux : les protéines Tau phosphorylée et peptides / plaques amyloïde associées, agissant directement sur les neurones et provoquant la maladie. Mais ce qui nous intéresse c’est le moyen de détecter la maladie grâce à des biomarqueurs permettant de savoir si ces protéines sont présentes chez une personne ou non.


Fonctionnement de la maladie d’Alzheimer – Dr. Lorraine Hamelin

Le grand gagnant est le pTau 217. Il possède une bonne sensibilité, capable de distinguer Alzheimer des autres maladies neurodégénératives. Il est également non invasif, avec peu de contre-indication et peu coûteux. L’intervention se fait par une prise de sang. Ceci pourrait remplacer la ponction lombaire à l’avenir. Le Dr. Hamelin se veut mesurée. Cette méthode n’est pas applicable dans tous les scénarios.

Cas de figure de l’utilisation du biomarqueur pTau217 – Dr. Lorraine Hamelin

Dans le cas où la personne a un phénotype commun de la maladie : amnésie, forme langagière, forme neurovisuelle, etc., on peut attester à 90% de la présence d’Alzheimer et à 90% de son absence. Dans des cas plus particuliers comme les phénotypes atypiques, on peut attester à 70% de sa présence. Pour les plaintes subjectives, il y a 50% de faux positif. Cela revient à jouer à pile ou face.

Cette méthode permet d’identifier plus tôt les patients à risque, de faciliter l’accès au diagnostic et mieux les orienter. Mais il ne peut à lui seul diagnostiquer la maladie d’Alzheimer, prédire avec certitude l’avenir d’une personne et être utilisé comme test de dépistage chez des personnes asymptomatiques.

…pour une meilleure prise en charge ?

Dans un tout autre registre, le Dr. Gérard d’Abbadie aborde la question de l’impact culturel sur la perception de la maladie d’Alzheimer. Hallucinations, perceptions inhabituelles, changement d’humeur brusque, des symptômes bien documentés, mais qui peuvent s’apparenter à une explication plus spirituelle ou magique. Une origine pouvant être reliée à un ancrage local des contes et croyances réunionnaises. Deux lectures existent donc pour des symptômes communs. Sans rejeter l’un ou l’autre, il souhaite toutefois que cela ne vienne retarder une prise en charge médicale adaptée.

Dans la salle, une autre réalité remonte à la surface. Une personne travaillant au plus près des malades prend la parole : elle ne se sent pas écoutée. Ce sentiment rappelle que la maladie d’Alzheimer ne frappe pas qu’une seule personne. Elle touche aussi les personnes à ses côtés, souvent dans l’ombre et dont la parole peine encore à trouver sa place. Des solutions émergent en pleine conférence, France Alzheimer (Réunion) se propose d’écouter ces personnes, d’autres associations souhaitent aussi en rediscuter. L’union sera bien évidemment une force dans ce combat pour vaincre Alzheimer. Il faudra patienter pour d’autres nouvelles, lors de la prochaine édition attendue en 2027.

Victor Maillot

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A propos de l'auteur

Victor Maillot

Titulaire d'une licence de biologie à l'université de la Réunion et d'un master en médiation et communication des sciences et des techniques ; Victor rejoint Parallèle Sud en tant que volontaire du service civique pour des missions d'éducation aux médias et à l'information et de journalisme.

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