Comme un avion sans aile… Comme un cinéaste sans argent ni références. Comme un dieu sans église, Noël Alain Fouque a rêvé de réaliser un film, une bédé, un univers ! Le Protecteur, court-métrage post-apocalyptique se passant à La Réunion, devrait sortir avant la fin de l’année.
Ça commence le 14 décembre 2015. Noël Alain Fouque est entrepreneur en bâtiment. Il travaille sur l’un de ses chantiers et tombe du toit. Il est gravement blessé. « Cet accident a profondément changé ma façon de vivre, ma façon de voir la vie. La douleur est encore présente. Faire un film, c’est d’une certaine manière une revanche à la vie. Pas contre elle, mais avec elle. »
Avant cette chute, il était déjà habité de rêves et de cauchemars, des souvenirs de son enfance à Madagascar où il a vécu jusqu’à 16 ans : la terre rouge, ses cabanes et son goût pour l’aventure. Du rouge de la Grande Ile au rouge de la Fournaise réunionnaise, il nourrit son imaginaire prolifique. Et tente de l’exprimer sur papier, sur planche, devant les caméras.
Mais à près de 50 ans, il ne trouve pas chaussure à son pied… En revanche, il croise Alexandre Quive, juste après le confinement du Covid, lors de figurations, d’actings et de casting. Tous deux s’inscrivent à diverses formations. Comme lui, cet assureur rêve de cinéma et son truc, c’est d’être derrière la caméra alors que Noël se voit devant, dans un rôle à son image.
Un film à 5 000 €
« Comme on n’a pas fait l’école de cinéma, on ne sait pas. On arrive vraiment comme un cheveu sur la soupe, reconnaît Noël Alain Fouque. On commence à postuler sur des choses, on voit que finalement ça marche pas très bien, on est un peu frustrés, donc on se dit : pourquoi pas aller un peu plus loin. »
Ainsi se crée d’abord le duo Fouque-Quive rejoint ensuite par une vingtaine de passionnés à la technique, au maquillage, aux costumes et sur les lieux de tournage. « Noël Alain lâche tout ce qu’il a imaginé et moi, après, je taille les choses qui peuvent être exploitables par rapport à ce qu’on a comme moyens », explique Alexandre Quive.
Alors qu’ils en sont à 7 jours de tournage sur 8 programmés jusqu’au 4 juillet, les deux compères ont mis à peu près 5 000 € sur la table… et remercient leurs familles pour la compréhension de leur passion dévorante en temps et en charge mentale. Les autres participants donnent de leur énergie bénévolement mais il faut quand même les nourrir, louer du matériel ou encore payer un guide quand il s’agit de tourner une scène dans les tunnels de lave de Saint-Philippe.
Avant-première à la fin de l’année
Le film tourne autour de la personnalité de Noël Alain Fouque : « Je suis dans mon film, s’exclame-t-il. C’est tellement puissant que j’arrive pas à décrocher. » Il en est l’acteur principal et le scénariste. Son image en grand format sur l’affiche, à la Mad Max, peut faire craindre un délire mégalo mais il a réussi à entraîner toute une équipe dans son sillage. « Ils sont habités par le film, comme nous. »
Le court-métrage rentrera en phase de montage le mois prochain. Alexandre Quive espère le proposer en avant-première à la fin de l’année et le faire tourner dans les festivals. « Le but, c’est vraiment de montrer ce qu’on peut faire : quelque chose de pro. » Le tournage est artisanal mais le film doit servir de vitrine. « Tant que tu n’as pas fait d’œuvre, personne ne te soutient. »
« Il y a eu cette énergie commune qui est arrivée et qui nous a transcendés », raconte Noël Alain Fouque. La démarche est en tout cas surprenante à l’écart des procédures habituelles de l’industrie cinématographique. Sans subvention. Ils ont rédigé un petit dossier qu’ils envoient ici et là avec cette fameuse affiche à la Mad Max et des visuels générés par l’intelligence artificielle…
Le paradoxe IA
Étonnant quand on sait que l’assèchement de La Réunion est au centre de l’intrigue. Ça parle de l’avenir post-apocalyptique d’une île où l’eau s’est raréfiée et est contrôlée par un groupe de militaires parlant en français et contesté par le Protecteur et ses amis, causant en créole.
L’IA est-elle compatible avec une telle histoire ? Noël Alain Fouque en assume l’usage pour produire des images liées à son univers. Il a même prévu de faire une bande dessinée dans laquelle se déploierait tout l’univers « Fermât’à » qu’il a imaginé. « Si tu ne te sers pas de l’IA, les autres s’en servent à ta place, justifie-t-il. Avec de bons prompts, je n’ai rien trouvé de mieux pour représenter ce que j’ai dans la tête. C’est la modernité et c’est tellement accessible, quoi. C’est vrai que ça puise beaucoup d’eau mais ils vont trouver des solutions… »
En tout cas, le tournage est sans IA. C’est de l’engagement amateur à l’état pur. Pour prouver qu’on peut faire du cinéma, même en dehors du système. « C’est une aventure humaine faut pas oublier. Et j’ai envie de me faire des cadeaux pour mes 50 ans », conclut le Protecteur.
Texte : Franck Cellier
Photo mise en avant : Sylvain Picard (Nounourss photography)
Synopsis
En 2156, l’eau est devenue la ressource la plus précieuse de la planète. Paul, ancien soldat des Réliganses, vit caché à La Réunion avec sa famille. Des années auparavant, lors de leur fuite, son frère d’armes Édouard lui avait confié une mystérieuse boîte avant d’être abattu.
Lorsque la sécheresse atteint un point critique, Paul décide enfin de l’ouvrir. À l’intérieur se trouve une carte menant à une oasis secrète située à Madagascar. Accompagné de Rosa et de Pierre le Grand-Père, il entreprend un voyage périlleux tandis que les Réliganses, dirigées par le Commandant, son propre frère, sont à ses trousses.
Ce qu’il croyait être un trésor pourrait bien représenter le dernier espoir du vivant










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