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Le festival For The Kiltir reporté : « on va rebondir »

Avant-hier, l’annonce est tombée : le festival For The Kiltir, censé réunir près d’une centaine d’artistes locaux les 7, 8 et 9 août, est annulé. C’est à travers une story sur leur compte officiel que les Réunionnais, déçus, ont appris la nouvelle. Dans son communiqué, le festival évoque le ravage du « dou » sur l’île et met en cause les « problématiques liées aux stupéfiants et aux violences qui en découlent ».

Le festival For The Kiltir devait organiser sa première édition les 7, 8 et 9 août sur la plage de l’Étang-Salé, en réunissant une centaine d’artistes venus principalement de La Réunion et de l’océan Indien. Hier dans la soirée, un communiqué tombe sur leur page Instagram. À un mois du jour J, l’événement est reporté. L’organisation met en cause « l’intensification des problématiques liées aux stupéfiants et aux violences qui en découlent » et annonce qu’il est « indispensable d’agir avec responsabilité ». Est mentionné à la suite de ce passage un article du Monde qui parle des ravages du « dou » sur l’île. Nous, on vous invite à aller voir les nôtres pour comprendre de quoi il s’agit.

À première vue, les motifs de cette triste annulation sont assez troubles. Parallèle Sud a réussi à obtenir un témoignage de plusieurs festivaliers qui comptaient s’y rendre : ces derniers avouent ne « pas trop comprendre » la justification de ce report. Dans le sud de l’île, là où le dou est souvent évoqué, les deux plus gros festivals de l’île sont pourtant organisés. Sakifo le mois dernier et les Francofolies début septembre, soit quelques jours après For The Kiltir.

Communiqué en story Instagram du festival

Du coup, on a contacté l’organisateur de For The Kiltir, Romain Laude, qui a su nous accorder quelques minutes dans cette journée haute en déception pour lui, mais aussi pour tout un public réunionnais. « On attendait une autorisation de la préfecture pour la sécurité. Dans notre dossier, on a prévu un dispositif de sécurité et des stands de prévention similaires à ce qu’on peut retrouver sur les autres festivals de l’île. Leur réponse vis-à-vis de notre dossier de sécurité devait se rendre une semaine avant le festival, donc on ne pouvait pas prendre le risque ». Ce qu’il faut avoir en tête pour un évènement de cette ampleur, c’est que la décision finale de la préfecture et de la commission de sécurité tombe quelques jours avant l’évènement, voire quelques heures. Contactée pour plus de précisions, la préfecture nous a informés que la commission de sécurité donnait son feu vert pour le défilé du 14 juillet le matin même et que ce délai d’une semaine pour un festival était plutôt dans la normale.

Story du 7 juillet
Story du 6 juillet

Nouveaux sur un marché

Pour Romain Laude et son équipe qui se sont lancés dans ce projet immense depuis seulement octobre 2025, c’est la première fois qu’ils sont confrontés à ce passage obligatoire de la commission de sécurité. Alors Romain explique : « Pour un évènement de cette ampleur, pour une première du projet, avec tous les frais engagés, on ne pouvait pas prendre le risque. On ne pouvait pas se baser sur des « si » ou des « peut-être ». On a essayé de rentrer en contact avec eux depuis plusieurs semaines. On aurait voulu trouver un moyen d’avoir une réponse un peu plus tôt, ou des avis un peu plus rassurants car les dernières réunions ne l’étaient pas. Pour le 14 juillet, c’est des organisations qui se font depuis hyper longtemps et de manière quasi identique, donc ça ne pose pas de problèmes. Nous, on est nouveaux, si c’était non à une semaine du jour J, c’était endettement à vie pour moi. Hier, on devait lancer une campagne de 4 par 3. Ça fait déjà 12 000 euros qu’on ne récupérera pas. Honnêtement, on est déjà à moins 30 000 euros environ. »

Encore nouvelle sur ce marché de l’événementiel à La Réunion, l’équipe de For The Kiltir en a parlé autour d’elle, aux autres organisations de l’île et aux équipes logistiques qui travaillent toute l’année pour comprendre comment y pallier. Même son de cloche, le verdict de la commission de sécurité se rend à quelques jours du festival. La différence ici, c’est que les autres festivals sont « déjà rodés » d’après Romain. « Ils (les autres festivals) ont les reins solides parce que ce n’est pas leur première édition, ils peuvent pallier des changements de dernière minute. Ils sont rodés, ils savent comment tourner. Nous, l’organisation de cette première édition était tellement immense qu’on ne pouvait pas ». Mais alors pourquoi parlent-ils de problématiques liées aux stupéfiants dans leur communiqué ?

Comme mentionné plus haut pour les plus attentifs, les dernières réunions avec les équipes de la préfecture n’étaient « pas rassurantes » d’après Romain. Pour ce nouveau festival, qui cible un nouveau public composé majoritairement de « jeunes » et qui a lieu dans une partie de l’île pas encore exploitée mais touchée par la consommation de « dou », la sécurité ne pouvait pas être prise à la légère. C’était évidemment l’objectif pour toute l’équipe de For The Kiltir, qui travaillait en collaboration avec la préfecture pour mener à bien le projet. Romain raconte en avoir parlé autour de lui, notamment à certains acteurs du monde événementiel, qui disaient n’avoir jamais vu ça auparavant. C’est ça, plus le fait de devoir attendre une semaine avant le jour J, qui a obligé Romain Laude et son équipe à faire demi-tour pour mieux revenir.

Au cours de notre discussion, le jeune cofondateur évoque le rôle que la mairie de l’Étang-Salé aurait pu jouer. Juridiquement, la municipalité peut prendre une décision différente de l’avis de la commission de sécurité, mais elle le fait sous sa propre responsabilité. « Ça allait faire bouger l’Étang-Salé », lance-t-il. Mais attention, Romain le répète, il ne veut dénigrer personne ou aucun service, que ce soit municipal ou préfectoral. « Le maire, on ne va pas le forcer à quoi que ce soit. On n’est pas un festival politique, on est loin de tout ça. C’est en train de le devenir et on ne veut pas représenter ça du tout. »

Plage de l’Étang-Salé, lieu qui devait accueillir le festival

« On respecte tout le monde, c’est une des valeurs du festival. On n’est pas là à dénigrer qui que ce soit, les équipes qu’on a rencontrées faisaient du super boulot. »

Cap vers l’avenir

For The Kiltir est donc reporté. À quand ? Pas avant 2027 selon Romain. Lui et le noyau dur du projet (environ 10 personnes) travaillent déjà sur la suite, mais beaucoup de choses sont encore à (re)faire. Il faut trouver un nouveau lieu, faire un point financier, réorganiser tout l’évènement, aussi bien sur le plan technique qu’administratif, consulter les artistes programmés et trouver de nouveaux sponsors même si la plupart restent encore dans l’aventure d’après lui.

Ce qui motive les troupes à se battre encore pour ce projet d’envergure, c’est l’engouement de la population réunionnaise autour du festival. « On ne lâche pas le truc, on va continuer de bosser dessus, y’a beaucoup de gens qui veulent rejoindre l’aventure et on a compris que c’était ce que les gens recherchaient comme évènement. Il y a un vrai engouement bien que ce soit la première édition ».

« Nous, l’objectif, c’était de mettre en avant les Réunionnais avant tout. »

Alors, cette première édition du festival For The Kiltir – qui veut mettre en avant La Réunion – ne tombe pas à l’eau. Romain et toute l’équipe ont reculé face au risque de tout perdre, mais c’est pour mieux prendre de l’élan.

Pour ceux ou celles qui auraient déjà pris leur billet, l’organisation rassure, ce sera évidemment remboursé.

Étienne Satre

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A propos de l'auteur

Etienne Satre

Journaliste, Etienne Satre a rejoint l'équipe en janvier 2024 en tant qu'apprenti journaliste. Il étudie à l'Institut de l'image de l'océan indien (Iloi) basé au Port.

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