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Le barrage de Rivière du Mât, un héritage de 1973 devenu obstacle majeur pour la biodiversité

Le barrage Bengalis, situé à Rivière du Mât depuis 1975, vit ses derniers instants. Le Conseil départemental et la Fédération de pêche travaillent sur sa destruction afin de permettre à la biodiversité marine de reprendre ses droits sur près de 15 km à Salazie. Son effacement est une première à La Réunion, une victoire pour la Fédération de pêche qui milite depuis plusieurs années auprès de ses partenaires.

L’effacement du barrage de Bengalis a débuté en juin 2026 et devrait s’achever en février 2028. L’opération est organisée par le conseil départemental, propriétaire du site, mais également épaulé par la fédération départementale de pêche qui veille à la préservation des cours d’eau. La destruction, qui représente un coût de 3 335 959 euros, devrait permettre une recolonisation par les espèces présentes en aval du barrage, bloquées depuis 50 ans.

Barrage de Bengalis à Rivière du Mât

À l’origine construit en 1975 pour stabiliser le lit de la rivière du Mât, le barrage de Bengalis est aujourd’hui hors d’usage. Haut de 9,5 mètres, il empêche les espèces marines de remonter le cours de la rivière, sur 15 km environ, et perturbe donc la biodiversité. Certaines espèces peuvent être en capacité de franchir des cascades naturelles de plusieurs mètres grâce aux mousses, à des fissures ou à des écoulements répartis, mais sur un barrage en béton comme celui-ci, peu d’espèces sont en mesure de franchir l’obstacle. Léa Molineau, chargée de mission à la Fédération de pêche, explique : « Souvent, ce sont des poissons qui vont avoir une capacité de saut limitée. Donc, par exemple, le poisson plat, le cabo noir, le chitte ou la loche des sables. Vous pouvez aussi retrouver des crustacés comme les écrevisses qui étaient en danger d’extinction. »

L’enjeu principal pour la fédération est ici de protéger la biodiversité et les écosystèmes aquatiques, et dans un second temps de gagner « des linéaires de cours d’eau colonisés par ces espèces » dans l’intérêt de la pêche locale, d’après Armand Métro, son directeur.

Panneau d’information de chantier

Tous les ans, la Fédération de pêche réalise des « pêches d’inventaire annuelles » afin de répertorier et comparer l’évolution des espèces présentes dans les cours d’eau de l’île. Avant la destruction du barrage de Bengalis, une « pêche de sauvegarde » a été réalisée pour constater le déséquilibre écologique que cause l’ouvrage. « On a pêché environ 1 200 cabos bouches rondes (parents du bichique), contre une seule loche des sables », apporte Léa Molineau. Pour ce qui est du suivi après la démolition de l’ouvrage Bengalis, l’évolution ne sera peut-être pas immédiate, dit-elle. La recolonisation pourrait prendre 2 à 3 ans, mais rien n’est sûr, d’autant que c’est la première opération d’effacement de ce type à La Réunion, apporte Armand Métro. Il précise en revanche qu’un chantier similaire à celui de Bengalis a été réalisé en Bretagne récemment et que « les résultats ont été importants dès la première année de la destruction de l’ouvrage », mais que les espèces de poissons ne sont pas les mêmes.

Vue du pont de Rivière du Mât
Vue du pont de Rivière du Mât

Pour la Fédération de pêche qui travaille sur le dossier depuis près de 4 ans, cet effacement est une victoire : « C’est un vrai dossier, avec des vrais enjeux sur lesquels la Fédération est mobilisée », ajoute le directeur de l’organisme. Il explique mener, lui et son association, depuis de nombreuses années, un travail « militant » auprès des collaborateurs de la fédération pour l’arasement ou l’équipement de certains barrages comme celui de Bengalis. « Dans le même esprit qu’à Rivière-du-Mât, on a un ouvrage routier qui devrait être supprimé cette année, c’est le radier de Beauvallon (voir notre article), entre Saint-Benoît et Bras-Panon. On travaille dessus depuis 3-4 ans aussi, on n’arrivait pas à identifier le propriétaire, donc il y a une expertise juridique qui a été mise en place. Elle a déterminé que c’est l’État qui en est le propriétaire », déclare-t-il.

Radier de Beauvallon, Rivière du Mât

Pour ce qui est des radiers encore utilisés, comme le seuil de Bourbon dans la rivière Saint-Denis (qui avait fait l’objet d’une annonce officielle de marché public en 2025 par la Cinor), la Fédération de pêche explique vouloir procéder autrement. Il est situé près de la mer et perturbe les « échanges entre la mer et l’eau douce », selon Armand Métro. « Il y a un échange entre un milieu marin et l’eau douce et, quand on a des obstacles proches de l’embouchure, forcément, c’est plus impactant pour les espèces. » De plus, il explique que sa destruction pourrait compromettre la stabilité des berges, mais que l’installation d’une passe à poissons multi-espèces serait la meilleure option. Paradoxalement, le captage de Bellepierre, situé en amont de cette même rivière, est déjà doté de cet équipement, alors que le seuil de Bourbon, situé en aval, bloque encore certaines espèces.

Étienne Satre

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A propos de l'auteur

Etienne Satre

Journaliste, Etienne Satre a rejoint l'équipe en janvier 2024 en tant qu'apprenti journaliste. Il étudie à l'Institut de l'image de l'océan indien (Iloi) basé au Port.

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