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À Saint-Pierre, le projet de train express passe au crible des citoyens

KWAFÉ ZORDI !

À Saint-Pierre, mardi 25 août, une centaine de personnes sont venues participer à la deuxième réunion de concertation publique autour du projet de train express porté par la Région Réunion. Pendant près de deux heures, les citoyens ont interrogé les représentants de la collectivité sur les futures gares, l’intermodalité, l’énergie, l’emploi, le financement et l’avenir d’un projet annoncé pour 2035.

Le mardi 25 août, le Campus Pro de Saint-Pierre accueillait la deuxième réunion de consultation publique autour du projet de train express porté par la Région Réunion. Initié suite aux États généraux de la mobilité qui se sont tenus en 2023, le projet est aujourd’hui entré dans sa phase de consultations publiques. Un processus organisé par la commission nationale du débat public (CNDP), une autorité indépendante créée en 1997 dans le prolongement de la loi Barnier qui instaure le principe de participation du public dans l’élaboration des grands projets d’intérêt général. 

Les réunions d’informations publiques ont été lancées le 20 août dernier, sur le territoire de la Cirest, à Saint-Benoît. Celle de Saint-Pierre n’est que la deuxième étape. La réunion n’est qu’à 5 minutes de chez moi, donc je décide d’y aller à vélo. Alors que je gare mon vélo, je me rends compte que je suis seul et que, par contre, nombreuses sont les voitures autour de moi. 

Petit rappel d’un monde où la mobilité douce a encore du chemin à parcourir. D’ailleurs, cette réalité est confirmée en début de réunion lorsque Daniel Guérin, un des animateurs de la soirée, fait un tour de l’assemblée pour savoir comment chacun est venu. Sur la centaine de personnes présentes, trois personnes sont venues à vélo et peu de covoiturage. Le diesel est roi ce soir-là. L’intérêt du projet est encore plus souligné par ce constat. 

Mais c’est quoi le projet du train express régional ? C’est un train roulant à une vitesse maximale de 100 à 110 km/h qui devrait relier les villes de Saint-Benoît à Saint-Joseph via un réseau ferré de 140 km. Le projet, défendu ce soir-là par Fabrice Hoarau qui représente la Région Réunion, promet aux futurs utilisateurs de pouvoir relier rapidement les différentes agglomérations. Pour le trajet Saint-Paul jusqu’à Saint-Pierre, c’est la promesse d’arriver à destination en 45 minutes. 

Vélo et intermodalité

Ce soir-là, plusieurs questions sont posées aux porteurs de projet. Une de celles qui reviennent le plus est le déplacement vers et depuis les futures gares, le « premier et le dernier kilomètre » comme l’appelle Fabrice Hoarau. Le conseiller régional l’affirme, il sera possible de mettre son vélo dans les rames du train express. Et il l’annonce, la Région va même lancer dans « les mois qui viennent », la mise en place de racks pneumatiques pour les usagers du Car Jaune qui voudraient voyager avec leur vélo. 

Si l’emplacement des gares reste encore à décider, notamment grâce aux concertations publiques, les représentants de la Région Réunion laissent entendre qu’il y aura peu de chances qu’elles soient dans les centres-villes en raison de leur taille notamment. Pour y venir, il y a donc une nécessité de développer les réseaux urbains ou interurbains de bus. Là encore, certain.es participant.es interpellent Fabrice Hoarau sur le développement des réseaux en attendant la mise en service potentielle du train express en 2035. 

Il explique que plusieurs projets sur les mobilités sont en réflexion sur la zone Sud : voie de bus réservée entre Saint-Pierre et le Tampon ou projet de téléphérique sur le même trajet. Fabrice Hoarau veut rassurer l’assistance, « nous sommes bien conscients que le train express ne résoudra pas toutes les problématiques liées aux déplacements » et promet qu’au niveau des gares, des moyens de transport seront mis à disposition des usagers. 

Un train express avec quelle énergie ?

La question de l’énergie est aussi revenue plusieurs fois, dans un monde qui doit faire face au réchauffement climatique et sur une île dont le réseau électrique est déjà en flux tendu. Une chose est sûre, le train fonctionnera à l’électricité. Guillaume Branlat, directeur général adjoint Routes et Déplacements à la Région Réunion, assure que la consommation énergétique du train express sur une année est évaluée à 440 gigawatts, soit seulement 1 % de la consommation actuelle sur le territoire.

De plus, des solutions sont imaginées pour que le train et ses infrastructures produisent leur propre électricité : panneaux solaires sur les toits des gares ou au sol, au niveau des rails, et un système de création de l’énergie par freinage qui serait ensuite stockée est également en réflexion. 

Un tracé toujours en co-construction

Comme annoncé en début de réunion, le projet du train express tel qu’il est proposé par la Région Réunion expose plusieurs alternatives pour les différents tracés, notamment au sein des agglomérations. Fabrice Hoarau rappelle que ces choix seront faits en concertation avec le public. Tout comme le phasage du projet, il reste à choisir les tronçons qui seront mis en service en premier à l’horizon 2035. 

Pour le tracé, la Région se base notamment sur le domaine public routier dont elle a déjà la propriété. La majorité du tracé se fera donc sur les côtés des routes nationales existantes, indépendamment bien sûr du réseau routier actuel, le but étant d’avoir un train qui ne soit jamais affecté par les embouteillages. Si des négociations doivent avoir lieu concernant certaines zones dont la Région n’aurait pas encore la propriété, Fabrice Hoarau et Guillaume Branlat indiquent qu’aucune expropriation n’aura lieu et que tout se fera par la négociation. 

Un projet pour développer l’emploi des jeunes

La construction du train express devrait démarrer début 2030 avec près de 25 000 postes à pourvoir pour l’ensemble des chantiers. Après la mise en service, le fonctionnement du train express devrait permettre de créer près de 350 emplois directs (chauffeurs, contrôleurs, agents de maintenance) et 2 000 emplois indirects (emplois créés autour des gares dans de nouveaux commerces ou services). 

Sur un territoire comme La Réunion qui connait un taux de chômage deux fois plus élevé qu’en France hexagonale (16,3 % en 2025 contre une moyenne de 7,7 % en France hexagonale), l’emploi local est un vrai enjeu, soulevé à plusieurs reprises par des citoyens présents ce soir-là. Un plan de développement de compétences pourrait être réfléchi, tout comme la mise en place d’un dispositif pour permettre aux Réunionnais qualifiés vivant à l’étranger de pouvoir revenir plus facilement. 

Lors de l’échange, Fabrice Hoarau évoque par exemple une discussion avec Céline Sitouze, maire de Sainte-Marie, qui évoquait la potentialité d’imaginer la création d’une filière ferroviaire aux alentours de l’aéroport. 

Financement et sécurité politique du projet

Mais la grosse inquiétude autour du projet, c’est évidemment son financement sur un territoire qui voit le chantier de la Nouvelle route du littoral s’éterniser faute de moyens suffisants. Sur ce volet-là, la Région Réunion prévoit trois types de modes de financement pour couvrir les 5,2 à 6 milliards d’euros : Région et EPCI, fonds européens et étatiques et un gros emprunt. 

Si des fonds européens (FEDER et hors FEDER) sont déjà identifiés, la Région veut également tenter de récupérer la dotation ferroviaire auprès de l’État. Mais le plus gros du financement se fera via un emprunt qui pourrait atteindre les trois milliards d’euros. 

Un chiffre qui semble abyssal mais que Guillaume Branlat justifie par le fait que le projet de train express aurait un véritable impact économique et social pour l’ensemble du territoire : « Avec une réduction des temps d’attente et un billet à seulement deux euros, le projet serait bénéfique autant sur le plan économique qu’humain pour les Réunionnais. » Car prendre le train, c’est éviter les embouteillages mais aussi dépenser moins en carburant et en usure sur son véhicule. 

Mais l’abandon par le passé du projet du tram-train lors du changement de présidence fait aussi craindre pour l’avenir d’un projet si coûteux. Là encore, Fabrice Hoarau rassure : le projet actuel serait devenu apolitique. « Suite aux états généraux de la mobilité en 2023, la feuille de route qui concerne le projet de train express a été signée par les présidents de chaque EPCI, peu importe leur bord politique. » Pour renforcer cela, le projet va être porté par la société réunionnaise des grands projets (SRGP) qui fonctionnera non plus de manière verticale mais avec un conseil d’administration. 

Si ce soir-là, aucun des représentants des communes concernées n’était présent, Fabrice Hoarau explique que plusieurs communes ont déjà demandé à ce que le projet soit présenté en conseil municipal et invite l’ensemble des équipes communales à venir participer aux différents débats publics. 

Après une réunion de deux heures et une vingtaine de questions, on peut tirer deux enseignements : les citoyens réunionnais sont complètement mobilisés autour des enjeux de leur territoire et, comme l’a si bien dit un certain Sully : « Si le projet est onéreux, l’inaction coûtera encore plus cher. » Prochaines réunions publiques le 26 août à Saint-Paul, le 27 au Tampon et le mardi 1ᵉʳ septembre à Sainte-Marie. 

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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