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Destruction du barrage Bengalis, un défi pour le Département

Après avoir été pendant 50 ans un obstacle pour les espèces aquatiques, la destruction du barrage de Bengalis va s’opérer grâce à un chantier unique à La Réunion. Une première pour le Département qui veut répondre aux besoins des milieux aquatiques et à la restauration de la continuité écologique. Ce chantier de déconstruction doit aussi assurer la protection de la biodiversité en contrôlant strictement les rejets de matières, tout en restant prêt à un repli total du matériel face à la menace cyclonique.

Le barrage de Bengalis à Rivière-du-Mât, comme vous avez pu le voir récemment sur Parallèle Sud, fait l’objet d’un effacement afin de permettre aux espèces aquatiques de remonter la rivière. Pour certaines d’entre elles, cela fait 50 ans que le barrage fait obstacle aux 15 km de cours d’eau en amont de l’ouvrage. Alexandre Moullama, responsable de la cellule aménagement hydraulique au Département, nous a apporté des informations supplémentaires sur le déroulement de ce chantier qui représente une première technique sur l’île. Précautions environnementales, galets et praticité des lieux, repli en saison cyclonique, budget et financements…

Contexte historique

Le Département gère 8 barrages à La Réunion. L’ouvrage de Rivière du Mât, tout comme ceux du Bras de Cilaos et du Bras de la Plaine, a été construit à l’époque par l’État pour irriguer les périmètres aux alentours, explique Alexandre Moullama. Dès 2006, soit 30 ans après sa construction, le barrage de Bengalis est hors d’usage suite aux plusieurs cyclones qui l’ont fortement endommagé. L’État avait cédé le site à la mairie de Saint-André, qui l’a elle-même transféré au Département en 2012. Il a été décidé dès 2016 de désengager le barrage et des études ont été menées par le Département pour concrétiser le projet. En juin 2026, les travaux commencent pour démonter la structure.

Défi technique

L’arasement du seuil de Bengalis se traduit de la manière suivante : le cassé de 10 m de haut sera démoli et il y aura un rééquilibrage en amont et en aval du barrage pour adoucir la pente. Alexandre Moullama le sait : « C’est un défi technique ». Il explique qu’il y a déjà eu des petits travaux par ailleurs pour modifier certains barrages, mais que c’est la première fois à La Réunion qu’une structure de cette envergure est effacée. Même si des effacements similaires ont déjà été effectués en métropole et que le savoir-faire existe, les conditions ici ne sont pas les mêmes. Le responsable de la cellule aménagement hydraulique au Département explique un premier point qui distingue la difficulté de ce chantier.

« Il y a des systèmes de palplanches, pour pouvoir dévier la rivière d’un côté ou d’un autre, mais ce n’est pas forcément réalisable de la même manière ici parce qu’on n’a pas, entre guillemets, de vase. Il faut un substrat plutôt mou dans le lit de la rivière (pour y planter la déviation étanche). Ici ce sont des galets, parfois des blocs de plusieurs mètres. Donc c’est effectivement un défi technique, notamment pour ce rideau d’étanchéité à avoir pour garder le chantier au sec ».

Sans trop rentrer dans les termes techniques et complexes, le cours d’eau va être dévié à droite ou à gauche du chantier grâce à un rideau d’étanchéité foré en ciment, qui se solidifiera au fur et à mesure (méthode dite des « micropieux sécants », apporte Alexandre Moullama). Ce rideau sera démoli et déplacé tout au long du chantier pour adapter l’installation à l’avancement des travaux.

Parois en pieux sécants © De Waal Solid Foundations

Étant donné que tout ça se déroule dans une ravine, le danger cyclonique est réel. Les travaux, qui doivent durer 2 ans, prennent en compte la période cyclonique pendant laquelle le chantier sera remballé, la rideau solide y compris.

Quant aux déchets ou substances que le chantier dégagera, il est primordial de veiller à ce qu’ils n’affectent pas la rivière. Tuer ou affecter les espèces pour lesquelles ce chantier d’envergure est mis en place serait un comble. Pour ce faire, Alexandre Moullama précise : « On aura un dispositif de traitement des eaux, toute la rivière sera totalement dégagée de toute activité. » De plus, une pêche de sauvegarde a été réalisée avant la déviation du cours d’eau pour évacuer les espèces vivantes du site et les relâcher en amont du chantier. Le responsable au Département ajoute qu’un « suivi en termes de paramètres physico-chimiques sera effectué en permanence, à l’amont et à l’aval du chantier avec des seuils à ne pas dépasser, notamment la turbidité (mesure de la quantité de particules en suspension dans l’eau) qui est un paramètre important. Il y aura un bassin de décantation des matières en suspension en aval du seuil. En tout, c’est une vingtaine d’actions à mettre en place ».

Amont du site de Bengalis

Le barrage de Bengalis, le seul à démolir ?

Parmi les 8 ouvrages qui leur appartiennent, celui de Bengalis est « le seul hors d’usage » d’après le Département. Les autres ouvrages « alimentent plus d’un tiers de la SAU (surface agricole utile) de l’île en termes de surface irriguée, donc ils n’ont pas vocation à être détruits », souligne Alexandre Moullama. En revanche, le cadre du département explique que la collectivité a été précurseur sur l’amélioration de la continuité écologique et travaille encore aujourd’hui avec les retours d’expériences sur ses ouvrages.

« Le département a été précurseur sur la prise en compte de la continuité écologique à La Réunion, notamment avec la première passe à poisson adaptée aux bichiques sur la Rivière du Mât en 2020. Il y a eu des études qui ont été mises en place, avec des suivis de caméras, pour voir comment les poissons fonctionnaient et s’ils pouvaient bien passer. Ces ouvrages font l’objet au fil du temps d’améliorations et de suivis. Sur le Bras de la Plaine et le Bras de Cilaos, il y a aussi eu la création de passes à poisson pour les bouches rondes et les bichiques. Aujourd’hui, on poursuit les études et les travaux sur les ouvrages et captages sur la rivière des Galets. Au moment où tout a été construit, il n’y avait pas encore toute cette réflexion vis-à-vis de la faune locale, nos prédécesseurs avaient construit à certains endroits des passes à truite. C’est ce qui était connu à cette époque, mais ce n’est pas fonctionnel pour les espèces qu’on a à La Réunion » déclare-t-il.

Concernant l’ouvrage de Bengalis, le responsable explique qu’il y a une logique de continuité. D’autres passes à poisson de la rivière du Mât doivent être améliorées, notamment au niveau de Salazie. Commencer les travaux en amont n’aurait pas permis aux poissons de remonter la rivière, dans ce processus qui est loin d’être rapide. « On commence par l’aval, à Bengalis, et après j’espère qu’on ira, au fur et à mesure de l’avancement des connaissances, sur les captages à Salazie », indique-t-il.

Un financement conséquent

L’opération globale de l’effacement du barrage de Bengalis représente un investissement d’environ 4 millions d’euros, co-financé par le FERDER. Cette somme se décompose en plusieurs dépenses : 500 000 euros de travaux de conception en amont pour arriver à la phase opérationnelle, 3.3 millions pour la partie travaux, et 200 000 euros de suivi et études (études opérationnelles, suivi de chantier et environnemental).

Au fil des années, les efforts fournis pour améliorer la continuité écologique des rivières et des espèces qui y vivent devraient porter leurs fruits. Ce travail demande du temps, de la volonté, de l’argent, mais une autre menace pourrait compromettre ces avancées : la pollution, toujours présente dans nos rivières et partout ailleurs, qui fragilise fortement les écosystèmes et le vivant en général.

Étienne Satre

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A propos de l'auteur

Etienne Satre

Journaliste, Etienne Satre a rejoint l'équipe en janvier 2024 en tant qu'apprenti journaliste. Il étudie à l'Institut de l'image de l'océan indien (Iloi) basé au Port.

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