ÉDITO
Juillet 2026. Plus de 50 000 hectares sont déjà partis en fumée alors que le mois n’est pas encore terminé. C’est trois fois plus qu’à la même période l’an dernier. Dans le même temps, la France s’apprête à connaître son quatrième épisode caniculaire en seulement deux mois. Le premier remontait à la fin du mois de mai.
Face à cette succession d’événements, la communication du gouvernement semble osciller entre gestion de crise et appel à la responsabilité individuelle. On nous rappelle, à juste titre, que neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine, volontaire ou involontaire. Mais ce discours laisse souvent dans l’ombre une autre réalité : si une cigarette, une étincelle ou une machine agricole peuvent déclencher un incendie, ce sont des semaines de chaleur extrême, de sécheresse et des territoires insuffisamment adaptés qui permettent à ces feux de devenir incontrôlables. La question n’est donc pas seulement celle de l’étincelle, mais aussi de la forêt qui brûle.
Alors, l’enchaînement des canicules et des incendies permettra-t-il enfin de faire évoluer nos politiques d’adaptation ? Rien n’est moins sûr. L’anthropologue Élise Bouté, partie à la rencontre des survivants du Camp Fire, qui a ravagé la Californie en 2018, en tire une conclusion sans appel dans Le Nouvel Obs : « Il n’y a pas de conscience écologique qui se réveille au cœur des flammes. » Les catastrophes ne produisent pas mécaniquement des changements politiques. Elles peuvent tout autant nourrir le déni, le repli ou la résignation.
Pourtant, ce que découvre aujourd’hui la France n’a rien d’inédit à l’échelle du monde. Depuis des années, les pays du Sud vivent au rythme des sécheresses, des incendies, des inondations et des cyclones aggravés par le réchauffement climatique. Des populations sont contraintes de quitter leurs terres, parfois dans une indifférence presque totale des pays les plus riches, qui sont aussi, historiquement, les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre.
Il suffit d’ouvrir l’application Windy et d’activer la couche des « feux actifs » pour mesurer l’ampleur du phénomène. Au-delà de la France, c’est une planète entière qui semble brûler. Madagascar, l’Espagne, la Californie, l’Angola, la Tanzanie… Partout, des foyers s’allument.
Bien sûr, on me répondra que certains incendies sont naturels, qu’ils participent parfois au renouvellement de certains écosystèmes. C’est vrai. Le feu a longtemps été une force de régénération autant que de destruction. Mais lorsque les épisodes caniculaires se multiplient, que les sécheresses s’installent et que les incendies gagnent en intensité, ce ne sont plus les mêmes équilibres qui sont à l’œuvre. Le feu ne nettoie plus toujours : il peut aussi empêcher les écosystèmes de se reconstruire.
Peut-être est-il temps de repenser l’aménagement de nos territoires. Peut-être est-il temps d’interroger nos modes de production et de consommation. Peut-être est-il aussi temps de regarder autrement celles et ceux qui, bien avant nous, ont dû fuir des territoires rendus inhabitables par le climat. Les migrations climatiques ne sont pas une menace à venir ; elles sont déjà une réalité que nous avons longtemps observée de loin.
Dans la mythologie grecque, Prométhée vole le feu aux dieux pour l’offrir aux hommes. Ce feu est celui de la connaissance, de la technique, de la civilisation. Mais deux mille ans plus tard, le feu que nous avons appris à maîtriser est aussi celui du charbon, du pétrole et du gaz qui alimentent notre développement. En croyant dompter les flammes, nous avons fini par nourrir celles qui redessinent aujourd’hui nos paysages.
Olivier Ceccaldi



⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.