Un fossile de tortue géante de La Réunion, de son nom scientifique Cylindraspis indica, vient d’être mis au jour dans un tunnel de lave de la Plaine des Grègues. Sa datation au radiocarbone le fait remonter à près de trois siècles avant l’installation humaine sur l’île. Une découverte inédite qui vient confirmer des récits historiques évoquant la présence de tortues en altitude.
Cette découverte nous parvient d’un article scientifique (en anglais) co-écrit et représenté par 7 structures, dont l’association Nature Océan Indien ou encore le Conservatoire Botanique des Mascarins.
Localisé à 726 mètres d’altitude, ce fossile devient le vestige de l’espèce le plus élevé jamais recensé sur l’île, un record qui dépasse aussi celui de Maurice, où des ossements de tortues géantes avaient déjà été trouvés, mais à 480 mètres seulement.
« Ces tortues se trouvent au sommet d’une montagne, presque entièrement recouverte par elles. » George Luillier de la Gaudière (1674–1734)
Cette découverte vient confirmer des textes anciens, d’explorateurs comme George Luillier de la Gaudière (Lougnon, 2006) détaillant la présence de tortues en altitude à La Réunion. Jusqu’à lors, les dernières recherches paléontologiques, remontant à plusieurs décennies, détaillent la présence de fossiles de tortues dans des zones bien en dessous des 300 m d’altitude : Cap Lahoussaye, Étang Saint-Paul, Grotte Vergoz, Grotte des Premiers Français.
Si l’on recense peu de sites pour ces découvertes paléofauniques (Hume, 2013), c’est en grande partie car les formes de reliefs et les paysages de l’île ne facilitent pas les processus de fossilisation. (Hume, 2005)


Représentation historique de la tortue géante de La Réunion, de la tête et du crâne
Un fossile qui a survécu au temps et à la dégradation
Ce n’est pas un squelette complet qui a été retrouvé dans ce tunnel de lave. Les chercheurs y ont recueilli une partie du plastron antérieur, un humérus, un fémur, des fragments de carapace…L’ensemble appartient à un unique individu, identifié comme un juvénile.
Une conservation qui relève presque de l’exploit. Le fossile de la tortue est daté d’environ 665 ans avec une marge d’erreur d’une trentaine d’années, qui permet d’estimer son appartenance à une époque comprise entre 1296 et 1399, bien avant l’arrivée d’une population humaine s’implantant durablement sur l’île.
Dans les environnements volcaniques humides, les ossements se dégradent généralement en quelques décennies à peine, des faits déjà observés dans d’autres grottes des Mascareignes, aux conditions similaires (Hume, 2005). Ici, la bonne fortune aura permis de conserver suffisamment de matériel d’étude pour interroger la vie de ces tortues disparues.

Le rôle de la tortue géante de La Réunion
Il faut désormais s’intéresser au milieu dans lequel se situe ce tunnel de lave de la Plaine des Grègues. L’article indique la présence d’un reliquat de forêt native sur le site en question. Une bonne chose, car les traces de végétation contemporaines de la tortue ont aujourd’hui disparu de la plupart des autres sites de fouilles, situés sur la côte ouest réunionnaise.
Cette forêt de la Plaine des Grègues possède des espèces de grands arbres natifs, suggérant que cette forêt n’a pas spécialement trop changé depuis plusieurs siècles. Donc, elle pourrait représenter ce type de forêt ancienne qui concorde avec les récits historiques mentionnant la présence de forêts sur l’ensemble de l’île (Cheke et Hume, 2008). Herbivores, les tortues géantes pourraient avoir joué un rôle écologique précis dans la dissémination des graines des arbres à fruits charnus de cette forêt (Albert et al., 2020). Ces espèces fruitières sont d’ailleurs toujours présentes de nos jours à la Plaine des Grègues.
Or, si la tortue géante de La Réunion tenait effectivement ce rôle présumé de dissémination, sa disparition prive désormais les espèces fruitières de ce relais, les condamnant à terme à péricliter.
Si l’extinction semble irréversible, un réensauvagement grâce à des tortues introduites pourrait contribuer à restaurer ces interactions entre tortues et végétaux, afin de préserver la flore indigène restante. On pourrait peut-être imaginer des tortues géantes des Seychelles pour repeupler ce territoire ou d’autres espèces aux fonctions similaires. Ceci reste toutefois hypothétique, et des expériences devront être menées afin de vérifier le potentiel de cette action.
Le site de La Plaine des Grègues pourrait donc être un lieu utile à ce réensauvagement, pour l’heure il faudra encore patienter avant de revoir des tortues géantes fouler le sol de La Réunion librement.
Victor MAILLOT



⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.