KWAFÉ ZORDI !
Depuis janvier dernier, le ministre de la Santé s’est vu remettre un rapport de l’Igas dénonçant la hausse du taux de mortalité infantile. Selon le Canard enchaîné, il a « enterré » ce rapport plutôt que de s’atteler à en suivre les recommandations. Le député Perceval Gaillard dénonce « une honte et un scandale ». Rappelons qu’à La Réunion, le taux de mortalité infantile est 40 % plus élevé que dans l’Hexagone.
Suite aux révélations du Canard enchaîné, le député Perceval Gaillard s’indigne que le ministre de la Santé ait « littéralement enterré » depuis janvier 2026 un rapport de 304 pages de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) qui étudiait les raisons de « l’augmentation continue et grave de la mortalité infantile en France au cours des quinze dernières années ». Ce rapport a d’ailleurs été publié sur internet le lendemain de la parution de l’article.

Les années Macron portent ce triste bilan que l’élu de La France insoumise qualifie de honte et de scandale. Le taux de décès d’enfants avant leur premier anniversaire a grimpé à 4,1 pour 1 000 naissances en 2024 (contre 3,5 pour 1 000 en 2011), soit 2 709 enfants, plaçant ainsi la France au 23ᵉ rang sur 27 des pays de l’Union européenne.
« À la honte d’être responsable d’une telle situation, le gouvernement ajoute le scandale de vouloir cacher la réalité créée par sa politique », assène Perceval Gaillard. Le rapport est en effet particulièrement critique vis-à-vis des politiques de santé publique menées par les gouvernements successifs depuis 20 ans. Il affiche même une comparaison chiffrée marquante : « Si la France connaissait le taux de mortalité infantile moyen de l’UE, soit 3,3 pour 1 000, ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées en 2024. Et, si la France avait obtenu les résultats de l’Italie ou du Portugal, soit une mortalité infantile de 2,5 pour 1 000, elle aurait cette fois évité le décès avant 1 an de 1 057 enfants ».
68 enfants réunionnais morts avant leur 1ᵉʳ anniversaire en 2024
Le député de la 7ᵉ circonscription note que cette hausse de la mortalité infantile ne peut pas s’expliquer uniquement par des tendances démographiques comme l’âge des mamans. Il pointe du doigt « les fermetures massives de maternités » et les « immenses défauts dans l’accompagnement des mères touchées par la pauvreté » : « Les centres de protection maternelle et infantile (PMI) ont vu le nombre de mères et d’enfants suivis être divisé par deux depuis 1995. Alors que les besoins, eux, ont augmenté. Passée des premiers rangs européens, la France ne cesse de dégringoler depuis 2011. Cette situation catastrophique n’a rien d’une fatalité, c’est un choix politique. »
Le 8 juillet dernier, Santé publique France a publié un bulletin sur la surveillance de la santé périnatale à La Réunion. Et les chiffres publiés rappellent que La Réunion fait partie des territoires français où la mortalité infantile est la plus élevée, même si elle n’affiche pas le plus mauvais taux des outre-mer.
En 2024, 68 enfants domiciliés à La Réunion sont décédés avant leur premier anniversaire, pour 11 818 naissances vivantes. Cela représente 5,75 décès pour 1 000 naissances, contre 4,08 ‰ en France entière. Le taux réunionnais est donc supérieur d’environ 41 % au taux national. Sur une année, cela représente 20 décès supplémentaires. Toutes les régions métropolitaines affichent des taux de mortalité inférieurs.
La précarité associée à la mortalité infantile
La différence avec la France se concentre très largement dans la période néonatale (de 0 à 28 jours). Après le premier mois, le taux réunionnais est beaucoup plus proche de la moyenne nationale. Le graphique de Santé publique France montre que le taux réunionnais est passé d’environ 7,9 ‰ en 2012 à 5,75 ‰ en 2024. Mais l’évolution est irrégulière, avec plusieurs remontées, notamment en 2016, 2019 et 2022.
Santé publique France met en évidence plusieurs facteurs associés à la prématurité, aux complications de grossesse et à la mortalité infantile. En 2024 à La Réunion, 10 % des bébés sont nés prématurément, contre 6,7 % en France ; 13,1 % pesaient moins de 2,5 kg, contre 7,4 % ; 15,4 % étaient trop petits pour leur âge gestationnel, contre 9,6 %.
Le bulletin indique aussi des facteurs associés de cette surmortalité infantile dans le profil des mères : la pauvreté (48,6 % des mères réunionnaises relèvent de la complémentaire santé solidaire, contre 17,4 % en France), la jeunesse, le surpoids, le diabète, etc. La précarité ne constitue pas à elle seule une explication, mais Santé publique France souligne qu’elle est associée à davantage de prématurité, de retard de croissance intra-utérin et de mortalité infantile.
Quant au critère de l’accessibilité des maternités, les établissements réunionnais sont peu nombreux mais bien équipés pour la réanimation néonatale. En revanche, 9 % des femmes déclaraient un temps de trajet d’au moins 45 minutes pour atteindre leur maternité.
Texte : Franck Cellier
Photo mise en avant : Gabi Orrico / Pexels




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