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Une table ronde autour de la protection de l’enfance donne la parole aux familles des victimes

Une soixantaine de personnes a fait le déplacement le lundi 17 août à l’hôtel Dina Morgabine de Saint-Denis pour la 2ᵉ rencontre « STOP VIF (Violences intrafamiliales) : Protégeons nos enfants ». Durant tout l’après-midi, les échanges ont porté sur la problématique suivante : mieux protéger les enfants victimes ou exposés aux violences intrafamiliales et renforcer la coordination entre justice, institutions, professionnels, familles et acteurs de terrain.

Le sujet est plus que jamais d’actualité. Le drame survenu il y a quelques mois avec la mort de Lyhanna n’a fait que remettre sur le devant de la scène un fléau qui continue de détruire des milliers de vies chaque année : les violences faites aux enfants. Alors, si la directrice du collectif STOP VIF, Audrey Coridon, souligne une avancée dans la considération de la protection de l’enfance comme un problème public, la partie n’est pas encore gagnée pour autant.

Pour rappel, et selon les chiffres du collectif, en 2024, au sein du département, 995 enfants ont été victimes d’atteintes sexuelles, dont 382 dans un cadre intrafamilial, et 158 viols ont été recensés. Alors, sous l’impulsion du collectif STOP VIF, militant pour la protection des plus vulnérables et notamment les enfants, et de l’association EPAA 974 (Écoute-moi, Protège-moi, Aide-moi, Aime-moi), la table ronde se destinait à la fois à faire communauté et à trouver ensemble des solutions à un fléau encore majeur à La Réunion, et partout ailleurs.

Table-ronde du 17 août 2026 STOP VIF sur la protection de l’enfance, crédit photo: Collectif STOP VIF

Le nombre de participant.e.s à la rencontre relève déjà d’une première réussite pour Audrey Coridon. Autour de la table se sont retrouvés la grande majorité des parlementaires de La Réunion, dont la sénatrice Audrey Bélim, l’élue départementale déléguée aux violences intrafamiliales représentant le Département, en compagnie de sa direction générale adjointe en charge de la protection de l’enfance et de la directrice de la CRIP (Cellule de recueil des informations préoccupantes).

Les collectivités territoriales, représentées par l’AMDR (Association des maires du département de La Réunion), la CAF et la direction régionale du droit des femmes représentant la préfecture étaient également présentes ce jour-là. À leurs côtés, des représentants des forces de sécurité, de la justice (procureure du Nord, du Sud et procureure générale), du rectorat, des professionnels du secteur comme l’UAPED (Unité d’accueil pédiatrique enfants en danger), des associations spécialisées dans l’accompagnement des victimes, des structures du périscolaire et des centres de loisirs, mais aussi et surtout des familles venues témoigner.

Si une soixantaine de personnes ont fait le déplacement, une visio accueillait également une vingtaine de personnes en parallèle. « Il y a de nouvelles personnes, donc cette réunion a permis de mieux nous connaître, de mieux nous identifier et de constituer un véritable annuaire de professionnels et de référents par institution. »

« Il y a des familles qui viennent nous voir et qui nous supplient de les aider. »

Des familles en détresse

Cette rencontre fait suite à la première organisée en 2022. Cette fois-ci, la voix des familles se voulait être au cœur de la discussion. Des familles qui, comme l’explique Audrey Coridon, depuis l’annonce du réexamen des dossiers classés sans suite par le ministre de la Justice, font davantage appel au collectif STOP VIF. « Cela fait deux mois qu’on a des centaines de familles qui viennent nous voir, avec des histoires rocambolesques, et parfois avec, de A à Z, les mêmes problématiques que pour l’affaire Lyhanna. »

Un père accusé d’inceste sur sa fille mais ayant pourtant obtenu la garde alternée par le juge aux affaires familiales, 11 plaintes classées sans suite pour l’affaire de violences sexuelles à l’école de Sainte-Marguerite : voici le type d’affaires sur lesquelles le collectif intervient. « Il y a des familles qui viennent nous voir et qui nous supplient de les aider. Pour l’histoire de la petite, la mère a déposé plainte à Sainte-Marie, donc ça aurait dû arriver au procureur. Rien n’a été fait. Pour l’affaire de l’école de Sainte-Marguerite, certains enfants ont été reçus en victimologie, d’autres non, il y a eu des traitements différents. »

Des dysfonctionnements dans la chaîne de prise en charge, voilà de quoi témoignent ces affaires. « C’est ça qu’on a exposé hier à tous les acteurs. Oui, il y a des dispositifs, des chiffres, des avancées, on est peut-être passés de 1 000 affaires à 500, peu importe. Mais quand on regarde au quotidien, ce qu’on vit, en tant qu’association, c’est de l’humain. Et ces situations ne sont pas des cas isolés. »

Audrey Coridon, directrice du collectif STOP VIF

Un manque de coordination, pas de moyens

Parmi les témoignages marquants de cet après-midi, il y a celui d’une des mères des onze victimes de l’affaire de Sainte-Marguerite. Elle explique : « Je suis devenue la propre coordinatrice, enquêtrice, psychologue de mon enfant. On est tellement ballottés d’une institution à une autre que l’on devient experts. Ça n’est pas aux familles de prendre ce rôle. » Un manque de coordination judiciaire et institutionnelle : voici l’un des freins posés sur la table ce lundi. Le délai d’attente pour qu’un enfant victime soit reçu en victimologie est parfois, voire dans la majorité des cas, trop long. Et comme l’explique Audrey Coridon : « Si un enfant n’est pas pris en charge tout de suite, c’est terminé. Il est en décompensation et, même durant les enquêtes, il aura un discours différent. »

Autre point soulevé lors de la réunion par les acteurs du volet psychologie et criminologie : l’ouverture de nouveaux dispositifs ne règle pas systématiquement le problème. Le réel enjeu serait davantage dans la formation du personnel à accueillir de nouvelles problématiques, notamment liées à l’apparition d’une « nouvelle culture en victimologie ». « Malheureusement, il y a de nouveaux faits divers qui vont vers des violences faites sur des bébés, par exemple. » Savoir accueillir et prendre en charge ces types de violences doit faire l’objet d’une réelle formation, en termes de soins.

En clair, si les moyens, par structure, manquent indéniablement, la directrice du collectif prône, au nom de l’ensemble des associations de terrain, une meilleure coordination entre les maillons de la chaîne.

Table-ronde du 17 août 2026 STOP VIF sur la protection de l’enfance, crédit photo: Collectif STOP VIF

« Elle a admis le fait qu’ils ne sont pas parfaits. Pour plusieurs affaires, elle a dit : “Nous avons fait une erreur”, et ça fait partie de la réparation pour les familles. »

Un plan d’attaque post-rencontre ?

Mais alors, à la suite de tous ces échanges, quels sont les engagements pris par les acteurs présents ? Les deux députés Philippe Naillet et Audrey Bélim ont proposé l’organisation d’ateliers de travail resserrés en intégrant les acteurs du monde de la justice.

La procureure générale Fabienne Atzori a également fait bonne impression à la directrice du collectif par sa prise de parole. « Elle a admis le fait qu’ils ne sont pas parfaits. Pour plusieurs affaires, elle a dit : “Nous avons fait une erreur”, et ça fait partie de la réparation pour les familles. » À l’issue d’un témoignage d’une des familles présentes, la procureure s’est engagée à recevoir la procureure de Saint-Denis à l’issue de la réunion et à appeler le parquet de métropole pour faire avancer le dossier.

Pour la directrice du collectif, le lien le plus compliqué reste avec les institutions, notamment le Département ou l’Éducation nationale, dotés de compétences dans la protection de l’enfance. « Ils se sentent toujours un peu visés et attaqués, donc ça a été très dur quand même. » Pour autant, Audrey Coridon tient à souligner leur présence ce jour-là, et une certaine « prise de responsabilité ».

En attendant, et depuis la loi Santiago du 18 mars 2024, l’enfant peut désormais être reconnu juridiquement comme « co-victime » ou victime à part entière des violences intrafamiliales et conjugales. À La Réunion, l’Observatoire départemental de la protection de l’enfance (ODPE) est aussi un outil dédié à cette lutte, qui devra malheureusement faire l’objet d’un travail de longue haleine dans les années à venir.

Sarah Cortier

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A propos de l'auteur

Sarah Cortier

Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.

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