Venue du Mozambique, la chanteuse Lenna Bahule explore depuis plusieurs années les liens entre les musiques de son pays, du Brésil et de La Réunion. Avec Pelos Cantos do Maloya, elle poursuit cette quête en s’immergeant dans l’univers du maloya et en confrontant son propre langage musical à celui de trois artistes réunionnais. Une rencontre qui cherche moins à reproduire le maloya qu’à en comprendre les racines, les résonances et ce qu’il raconte de nos histoires communes.
Une quête qui trouve ses racines au Mozambique
Comment est né le premier son ? La première chanson ? Difficile de pouvoir répondre à une telle question. Pour Lenna Bahule, artiste musicienne originaire du Mozambique, « il n’y avait rien d’autre qu’un son », les traditions musicales ayant été construites à travers chaque nouvelle génération. Avec Pelos Canto do maloya, une résidence menée sur le thème du maloya, l’artiste cherche à sa manière à répondre à cette question.
Arrivée à La Réunion il y a deux semaines, Lenna Bahule est venue avec une idée simple : comprendre ce qu’est le maloya et, plus largement, comprendre un peu plus ce qui relie La Réunion et le Mozambique. Pour cela, elle a réuni trois artistes réunionnais : Jyothi Lambert, fils de Votia et petit-fils de Gramoun Lélé, Bino Waro, fils de Daniel Waro, et Gilles Lauret, choriste et guitariste de Daniel Waro.
Pelos Canto do Maloya, que l’on pourrait traduire par « Par les chemins du maloya » ou « Par les recoins du maloya », c’est une rencontre qui nous fait voyager à travers les univers de chaque artiste mais qui nous ramène toujours au même lieu commun : celui de la musique. Le projet est né depuis longtemps dans le cœur de Lenna Bahule, alors que déjà enfant, elle écoutait Daniel Waro. Son arpentisaz* des chemins du maloya a continué alors qu’elle développait sa compréhension de la musique au Brésil, terre où se mêlent, là-bas aussi, de multiples héritages issus de l’esclavage.
À la recherche d’un langage commun
C’est en 2025 que tout s’enchaîne pour Lenna Bahule. Alors qu’elle joue lors du IOMMA, elle se permet de reprendre, à sa manière, deux titres phares de la chanson réunionnaise : Banm Kalou Banm de Daniel Waro et Café Grillé de Firmin Viry. Le soir-même, elle écoute Votia chanter et raconte avoir ressenti comme si les paroles lui apportaient les réponses qu’elle avait si longtemps cherchées. « J’en ai pleuré tellement l’entendre chanter, c’était pour moi un rêve devenu réalité. À ce moment-là j’ai eu la sensation d’avoir toutes les réponses à mes questions », raconte-t-elle.
Dans la foulée, elle déjeune chez Daniel Waro, en présence de son fils Bino, musicien et percussionniste. Ils discutent de musique, Lenna évoque sa volonté de rencontrer des joueurs de maloya. « Quand elle a eu une date pour venir, elle m’a contacté, m’a parlé du garçon de Marie-Claude (Jyothi Lambert) et m’a demandé si je connaissais d’autres musiciens », explique Bino Waro. Il pense tout de suite à Gilles Lauret, choriste et guitariste avec qui il a l’habitude d’accompagner son père.
Des compromis à trouver
La résidence de Lenna Bahule, portée par le théâtre des Sables, a démarré par une semaine d’immersion auprès de Didié Maloya, Tifrid, Votia et Milé. Une semaine pour découvrir, affiner sa compréhension des rythmes et des histoires que la musique raconte : « La semaine passée, je suis allé voir Tifrid, Didié Maloya, Votia et Milé pour échanger sur la musique mais aussi pour jouer avec eux. Je viens sur ce projet comme je l’ai déjà dit avec beaucoup de questions concernant la Maloya et ce que cette musique porte en elle. »
Depuis le lundi 17 août, elle a été rejointe au sein du théâtre par ses trois camarades de création. Une semaine intense à en croire l’ensemble des artistes. Sur la scène du théâtre, Lenna Bahule tente de faire comprendre avec justesse son univers à base de « Klak », de « pow », de « tchik tchik tchik », « tchak tchak tchak ». Il faut apprendre à chanter en portugais, intégrer des rythmes similaires mais à la fois différents.
« Il y a toujours un compromis à trouver entre ce qu’elle imagine, les bandes son qu’elle nous fait écouter et ensuite ce qu’on peut chacun proposer et intégrer », explique Gilles Lauret. Mais par-delà les difficultés, le guitariste, habitué des « glissements rythmiques » de Daniel Waro, veut surtout retenir ce qui les rapproche : « On a l’impression de faire un voyage au pays tout en étant assis sur une chaise. Il y a des moments compliqués mais c’est beau à voir comment ça se dépatouille. »
À regarder les quatre artistes sur scène durant leur travail musical, on distingue les sourires et la joie de faire naître progressivement des rythmes qui s’enlacent pour nous conter une histoire. En tout cas, vendredi soir, à 20 h 00, au théâtre des Sables, Lenna Bahule & the Gang auront pour mission de nous faire voyager à travers les sonorités de leur maloya.
Olivier Ceccaldi
Pelos Canto do Maloya, vendredi 21 août 2026, 20 h 00 au théâtre des Sables, Étang-Salé.
*Détournement du terme arpentisaz, développé par Amanda Goicovic qui combine arpenter le terrain et tisser. Ici, j’évoque plus l’idée que le chemin de Lenna Bahule est un apprentissage qui se fait en arpentant le chemin vers sa compréhension du maloya.







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