C’était lundi 24 et mardi 25 août dernier. Nous étions aux côtés de Laure Martin pendant deux jours. L’idée était simple : la suivre dans sa tournée de factrice pour documenter son métier, son lien avec les Mafatais.e.s et son rôle dans le cirque. Évidemment, le sujet nous mène à la rencontre des habitant.e.s du cirque. Dans cet article, nous relatons quelques-unes des histoires de celles et ceux que nous avons rencontrés en distribuant le courrier.
Ivan d’Îlet à Malheur
« Mon gîte s’appelle le camping La Pause Mafate, situé à Îlet à Malheur les Hauts. Ma grandi ici. Mi lé originaire de Mafate. » (Bascule en français.) « Je suis né ici, j’ai grandi là et je pense que je vais mourir là aussi. Ma vie, quand j’étais jeune, ressemblait à un bonheur. On était heureux de vivre dans un environnement pareil. Maintenant, ça a changé. Moins de gens viennent habiter ici parce que la vie est compliquée, t’as pas trop de travail. J’ai de la chance d’être à Mafate parce que je suis dans le tourisme, ça m’a permis de continuer de vivre ici.
Mais ça va peut-être se perdre parce que si t’es pas dans le tourisme, voilà, Mafate, c’est une vie. Pour aimer, il faut que t’aies grandi dedans. Mais moi, je ne veux pas partir parce que ce que j’ai à Mafate, je pense qu’ailleurs, je ne l’aurai pas. Ici, c’est la vraie vie, on voit ce que l’on mange. »

Brian Boyer, boulanger d’Aurère
« Je pars sur un bon treize, quatorze ans de métier. Je me suis installé il y a sept ans déjà, avec la construction. Ramener tout ce savoir-faire ici même, chez moi, pour la famille, les amis, les gens de passage. »
Tu es réputé dans ton métier. Quel est ton secret pour faire d’aussi bonnes pâtisseries dans un endroit si isolé ?
« Il n’y a pas de secret, c’est l’amour du métier, se lever, aimer ce que l’on fait et offrir de bons produits pour les touristes et les Mafatais. »
Quelle est la différence pour toi entre être boulanger en ville ou dans Mafate ?
« Ce qui change, c’est le paysage, déjà. Les personnes que tu rencontres, je suis mon terrain. Après, il y a des avantages comme des inconvénients. Je descends les sentiers pour faire mes courses, après j’ai mon véhicule en bas et un pied-à-terre en bas. Je m’achemine à Deux-Bras et je prends l’hélicoptère jusqu’ici. C’est un autre déroulement. En cette période, niveau courses, c’est tous les quinze jours, donc je descends prendre un peu l’air. »

Anésie Timon, Aurère
« J’ai toujours habité ici. Juste le temps de partir pour l’éducation des enfants, mais je suis née ici. Pour des raisons médicales, j’ai arrêté de travailler, mais j’étais responsable d’une coopérative, gérante, j’ai travaillé à l’ONF, j’étais ATSEM à Îlet à Malheur. Dans le secteur associatif, je suis ce qui se passe à Mafate depuis les années 90. »
Comment a évolué Aurère selon vous ces dernières années ?
« Ça va, les gens respectent quand même. Ça reste un îlet, il y a la végétation, on respecte ça, en harmonie avec ce que l’on construit. »

Jocelyne Timon Aurère, gîte « Chez Tatie-Jo»
« Moi, je suis née à Îlet à Malheur, à l’église, sur la terre battue et la paille, pas de matelas. Et là, aujourd’hui, j’ai mon gîte. J’ai travaillé pour l’avoir. En 2010, il y a deux personnes qui sont arrivées chez moi, elles étaient dehors, je leur ai sauvé la vie. Je leur ai donné un matelas, j’étais encore un petit peu dans la misère, moi aussi, à ce moment-là. Et c’est grâce à ça que j’ai mon activité. J’ai attendu neuf ans avant de monter mon gîte.
Les deux personnes que j’ai sauvées sont aujourd’hui en métropole et elles m’appelaient tout le temps pour me demander : “Est-ce que tu as ouvert ton gîte ?” Et je répondais : “Non, j’ai pas fait parce que personne ne va venir.” Et figure-toi que j’ai commencé en 2019, pendant le Covid, et quand j’ai ouvert, tout le monde était là.
À la base, c’était la maison de mes enfants, mais j’ai tout rénové toute seule. Avant 2010, j’ai travaillé à l’école maternelle en tant qu’ATSEM et à l’ONF. J’ai travaillé à Bras-Panon, à Saint-Philippe, j’étais nanou. C’est bien ici, je suis bien là. Y’a que le bruit de l’hélicoptère, mais bon. Moi, personnellement, quand je descends, je dors pas avec le bruit. Ici, on est quand même au calme et l’hélico ne vient pas la nuit. Après, si y’a pas l’hélico, c’est fini, y’a plus rien. »

Entretiens réalisés par Sarah Cortier



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