Expédition botanique et maronage dans les hauts de Salazie avec Rémi-Paul Grondin

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Biodiversité menacée des Mascareignes : et si La Réunion sauvait le dernier tan rouge de Maurice…

KWAFÉ ZORDI

21 experts et naturalistes de Maurice, de Rodrigues et de La Réunion élaborent ensemble la première liste rouge de la flore endémique des Mascareignes. À l’horizon, cette coopération pourra sauver des espèces quasiment éteintes sur une île mais encore présentes sur une autre.

La roussette disparue de La Réunion est réapparue grâce à la population de roussettes qui a survécu sur l’île Maurice. La Séor (société d’études ornithologiques de la Réunion) projette de réintroduire dans la forêt de Saint-Philippe la perruche verte des Mascareignes, elle aussi encore présente à Maurice…

Et si, suivant le même schéma, les botanistes s’engageaient à sauver quelques espèces végétales endémiques menacées de disparition grâce à la coopération inter-îles au sein de l’archipel des Mascareignes (La Réunion – Maurice – Rodrigues) ? C’est à l’ordre du jour du rassemblement de 21 experts et naturalistes de la région qui se tient à Saint-Gilles-les-Bains actuellement (du 7 au 12 septembre).

Une coopération régionale unique entre le Conservatoire Botanique National Mascarin et la Mauritian Wildlife Foundation, mais aussi l’ensemble des acteurs de la conservation de la flore de Rodrigues et Maurice : institutions gouvernementales, ONG, entreprises privées, experts professionnels et bénévoles.
Le Conservatoire botanique Mascarin, la Mauritian Wildlife Founadation, ainsi que des acteurs publics et privés de la conservation se réunissent pour établir la première liste rouge de la flore endémique des Mascareignes.

Réuni pour la première fois sous l’égide du Conservatoire Botanique national Mascarin (CBNM), ce premier « Comité régional » s’est donné pour mission d’évaluer et de valider la liste rouge des espèces végétales endémiques des Mascareignes. 147 plantes sont identifiées et il s’agit d’établir l’importance de la menace, mais aussi d’imaginer leur sauvetage. Sur ces 147 espèces, 126 sont communes à La Réunion et Maurice, 15 présentes dans les trois îles, 5 à Maurice et Rodrigues et 1 seule partagée uniquement entre La Réunion et Rodrigues.

Tan Rouge, ambaville, mapou…

Sur la liste, Christophe Lavergne, responsable de la coopération régionale et outre-mer – Référent « espèces exotiques envahissantes », coche pour nous le tan rouge : « C’est un arbre des forêts de montagne assez emblématique à La Réunion pour le miel vert. Or il est en train de s’éteindre à Maurice où on ne recense plus qu’un seul pied. En réintroduisant des graines venues de La Réunion, on pourrait le sauver à Maurice comme on a sauvé in extremis le bois de senteur blanc, Ruizia cordata, dans les années 1970 grâce à des graines venues du conservatoire de Brest… »

Il cite également l’ambaville (zambavil), réputé pour les tisanes à La Réunion, et quasiment éteint à Maurice. Pareil pour le bois d’ortie, le bois de cannelle, deux ficus… À l’inverse, le bois de Mapou est encore bien présent à Maurice alors que sa population à La Réunion se compte sur les doigts d’une main.

Les observations des scientifiques ont démontré des situations d’urgence très différentes d’une île à l’autre. Globalement, la flore endémique des Mascareignes est mieux préservée à La Réunion du fait de la configuration montagneuse qui la protège du développement humain.

« Environ 40 % des espèces endémiques des Mascareignes ne sont pas considérées comme menacées à La Réunion, alors qu’elles sont menacées ou éteintes à Maurice et Rodrigues », relève le comité. « Maurice est l’une des îles au monde à avoir le plus perdu d’espèces. 70 à 80 plantes se sont éteintes définitivement de Maurice et donc du globe », explique Christophe Lavergne.

Échange de savoir-faire

Il précise que La Réunion et Maurice avaient déjà procédé séparément à des évaluations de leur flore, Rodrigues beaucoup moins, mais que les trois territoires n’avaient encore jamais travaillé ensemble pour établir le niveau de menace à l’échelle des Mascareignes. Ce sera en tout cas la première évaluation commune pour établir une liste rouge UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) transfrontalière co-élaborée par deux pays distincts : Maurice et la France. Le projet est cofinancé par l’Union européenne et la Région Réunion.

Les plantes exotiques invasives sont identifiées comme étant la première menace pour la biodiversité. Les naturalistes ont pu visiter cette semaine un chantier d’enlèvement du goyavier dans la forêt de la Plaine des Grègues pour observer comment les espèces indigènes arrivent ensuite à se régénérer.

Chaque territoire peut apporter son savoir-faire dans la lutte. « À Maurice, ils sont pointus en restauration écologique car ils sont appelés à restaurer les petits îlots autour de Maurice et de Rodrigues, remarque Christophe Lavergne. Nous, nous sommes plus avancés sur les banques de graines ou sur la fécondation d’orchidées in vitro. » 

L’idée sera de partager les pratiques dans le cadre de la coopération régionale. L’exemple des Seychelles qui ont fait de leur nature leur vitrine touristique est également cité en termes de « biosécurité ». C’est-à-dire : comment empêcher l’arrivée de pestes invasives aux frontières et comment contrôler les réserves.

Suite à cette première rencontre, les évaluations des botanistes devront être consolidées puis soumises à l’UICN afin d’être reconnues à l’échelle mondiale, procédure susceptible de prendre des mois, voire des années. Cette liste rouge pour les Mascareignes servira d’outil d’aide à la décision pour la conservation afin de « mieux cibler les actions de conservation, renforcer la prise en compte de la flore dans les politiques publiques et disposer d’un état de référence pour suivre l’évolution du risque d’extinction dans le futur. »

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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