KWAFÉ ZORDI !
Plus de dix ans après sa disparition, le Mouvman Lantant Koudmin rend hommage au militant culturel réunionnais Franswa Sintomer. De son enfance dans une famille modeste à son exil en France hexagonale avec le Bumidom, puis à son retour et son engagement pour la langue, la culture et l’identité réunionnaises, son parcours raconte une partie de l’histoire de l’île. Le dimanche 13 septembre, le MLK lui consacrera une nouvelle journée d’hommage à Saint-Joseph.
« Tyinbo sek, panga largé; Nout zansét, nout fors; Nout rasine, nout médsine; Tyinbo sek, panga largé » Voilà les premières phrases de la préface de l’ouvrage Franswa Sintomer, lo maronèr de Gilles Gérard. Ces mots sont ceux de sa famille. Si à eux seuls ils ne résument pas qui était Franswa Sintomer, ils nous amènent à entrevoir l’engagement du militant culturel réunionnais.
Le Mouvman Lantant Koudmin (MLK), mouvement culturel qu’il a lui-même fondé, lui rend hommage chaque année, depuis son décès en 2014, autour de la date de son anniversaire. En 2026, LOMAZ Franswa Sintomer aura lieu à Saint-Joseph, le dimanche 13 septembre. Au programme, une matinée autour d’un Sobatkoz sur la place de la lutte militante pour l’identité créole dans la société réunionnaise suivie d’un manzé an partaz pour finir par un Kabar.
Ce rendez-vous annuel, c’est pour sa fille, Nadia Sintomer, l’occasion « de rendre hommage à un militant, partager son héritage et continuer à faire vivre sa mémoire ».
Franswa Sintomer, acteur et témoin de la société réunionnaise
Né en septembre 1947, quelques mois avant le passage d’un cyclone qui va dévaster l’île et un an après la départementalisation, Franswa Sintomer va être tout au long de sa vie un acteur et un témoin de l’histoire réunionnaise.
Il grandit dans une famille qui vit avec peu, dans une société où les conditions de vie de la population restent difficiles. Son enfance est profondément ancrée dans les pratiques et les savoirs réunionnais. Avec son père, il apprend à planter. De sa mère, il observe l’usage des plantes médicinales. Il découvre aussi les premières formes d’un enseignement qui se transmet en dehors de l’école, dans « in lékol maron ».
Mais à cette époque, rester à La Réunion signifie aussi être confronté au chômage et au manque de perspectives. En 1965, comme de nombreux jeunes Réunionnais, Franswa Sintomer quitte ainsi l’île pour la France hexagonale dans le cadre du Bumidom.
L’exil va profondément marquer son parcours. Loin de son île, confronté à la distance mais aussi au racisme, il va progressivement construire une réflexion sur ce qui fonde l’identité réunionnaise. Cette expérience participe également à forger son engagement politique et sa conviction en faveur de l’indépendance de La Réunion.
Lorsqu’il revient définitivement dans l’île en 1982, Franswa Sintomer ne renonce pas à cette réflexion. Au contraire, il va consacrer une grande partie de sa vie à défendre et transmettre ce qu’il considère comme les richesses de la culture réunionnaise. Il s’engage notamment dans l’enseignement du créole, participe à de nombreuses mobilisations militantes et intervient à la radio pour faire vivre la langue, les traditions et une certaine conception de l’identité réunionnaise. Il va même jusqu’à créer sa propre vision du drapeau réunionnais, le Drapo aux cinq couleurs.
À travers ces différents engagements, Franswa Sintomer devient ce que Gilles Gérard qualifie d’« armontrèr » : celui qui montre, transmet et permet aux générations suivantes de s’approprier leur propre histoire. Son militantisme ne se limite donc pas à la défense d’une langue ou de traditions. Il s’inscrit dans une volonté plus large de faire reconnaître une identité et une histoire réunionnaises.
C’est cet héritage que le Mouvman Lantant Koudmin entend continuer à faire vivre. Plus de dix ans après sa disparition, le LOMAZ Franswa Sintomer est ainsi autant un hommage à l’homme qu’un rendez-vous autour des combats culturels et identitaires qu’il a portés.
Olivier Ceccaldi




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