Jean-Paul Maugard, président de la fédération de pêche de La Réunion, pousse un « coup de gueule ». Dans un texte envoyé récemment, il dénonce l’inaction politique vis-à-vis du réchauffement climatique et de ses conséquences : « idiots, climatosceptiques ou plutôt trumpistes, pompiers pyromanes, nouveaux Vichystes de la Cinquième République, pantins décervelés incapables d’aucune analyse prospective »…
Quelques jours après le Biodiv’Tour, Jean-Paul Maugard poussait un coup de gueule (à l’écrit) contre les dirigeants politiques de notre époque. Il décrit une inaction de leur part face aux dangers du réchauffement climatique qui nous guette. Depuis, nous l’avons rencontré pour échanger à propos de cette prise de parole, qui n’est pas la première du genre en 25 ans de présidence à la Fédération de Pêche. À travers ses propos, il constate que les élus ne sont pas assez impliqués dans les questions liées à l’environnement, qu’il connaît d’ailleurs assez bien. La Fédération de pêche participe notamment aux travaux institutionnels de planification régionale et au schéma d’aménagement régional (SDAGE et SAR).
Après une carrière dans la police en tant que commissaire, Jean-Paul Maugard s’est tourné vers le monde associatif et vers l’écologie. D’ailleurs, il nous a donné sa définition de l’écologie.
« L’écologie c’est la science, la connaissance de l’habitat. L’écologie c’est là où on habite. Je suis beaucoup plus proche de l’écologie profonde. L’homme n’est pas à la tête de tout ça, mais l’homme fait partie intégrale de tout ce qui peut se passer au niveau des arbres, des animaux, etc. L’homme fait partie de la nature et si on ne tient pas compte de ça, on n’ira pas loin. »
En partant de ce principe – qui se rapproche, dit-il, de l’idée d’« écologie profonde » développée par le philosophe norvégien Arne Næss – une bonne partie des élus locaux, nationaux et européens sont alors qualifiés, dans son coup de gueule, de « nouveaux Vichystes de la Cinquième République » ou encore de « pantins décervelés incapables d’aucune analyse prospective ». Pour éclairer ces propos percutants, l’ancien commissaire de police explique que les élus dont il parle seraient plus attirés par le profit et par l’argent que par les êtres vivants, tout en clamant leur légitimité d’être aux commandes. D’où ce passage sur leur arrogance qu’il développe en fin de texte : « leur inconscience n’a pas de limite sinon celle de leur hubris dont la démesure et l‘arrogance sont sans fin ». Il dénonce également que ces mêmes dirigeants/élus cèderaient finalement aux lobbys et où cette soumission se retrouverait même dans les textes de loi.

Vous apprécierez (ou non) son texte ci-dessous, envoyé à la rédaction de Parallèle Sud.
« Coup de gueule du Président.
Ils n’ont rien compris et font semblant d’ignorer la réalité et l’avenir qui nous attend. Je parle de ceux qui décident, que ce soit au niveau local, national et européen. Le logiciel qu’ils continuent d’appliquer est totalement obsolète. Ils n’ont pas compris que leur INACTION CLIMATIQUE va coûter dix fois plus cher que d’investir dans la protection des milieux et la décarbonation énergétique. Ils n’ont pas encore réalisé que nous étions passés dans une autre ère, que nous avions franchi un cap.
Ils sont « idiots » au sens premier du terme « idiotês », du grec, qui signifie une personne qui ignore les affaires publiques ! Et pourtant, ils sont faits pour cela.
Faut-il que des milliers d’hectares brûlent, que des familles perdent leur maison de toute une vie, que des milliers d’animaux périssent dans les flammes, et le plus terrible, que des pompiers meurent aussi ? Faut-il que la terre nourricière ne le soit plus, brûlée et stérilisée par des tonnes d’engrais phosphatés ? Faut-il que nos rivières soient polluées outrageusement par tous les fongicides, herbicides, que leurs débits soient réduits à un filet d’eau misérable pour le plus grand profit d’une agriculture intensive toxique ? Faut-il que le cadmium, que tous les organes fluorés présents dans l’air ou dans nos assiettes saturent notre foie et nos intestins pour terminer par un cancer du pancréas ? Veulent-ils que toute la France brûle et meure de soif ? Veulent-ils que l’Humanité, que le vivant disparaissent parce que notre planète ne sera plus habitable ? Sont-ils aveugles à ce point ? L’urgence climatique a-t-elle encore un sens pour eux ?
La réponse est simple : La plupart sont climatosceptiques ou plutôt « trumpistes ». Au point que certains affidés de Trump viennent soutenir la candidature de responsables politiques français à la Présidence de la République. Ces appuis « outre-Atlantique » pour qui le salut nazi est un geste familier ! L’argent, le rendement et la rentabilité sont leurs crédos. Le vivant, dont ils font partie, ne les intéresse pas. Pour eux, ces incendies dramatiques seront vite oubliés avec le retour des pluies… et des inondations. Mais ça, ils le taisent ! Le dérèglement climatique n’est qu’une invention de ces scientifiques farfelus et incontrôlables qui ne veulent pas se soumettre et qu’il faut mettre au pas.
Ils préfèrent parler d’immigration, d’invasion, alors que les futures migrations seront climatiques ! L’avenir du peuple, celui d’en bas, de nos enfants et petits-enfants n’a aucune importance à leurs yeux, ça n’est pas leur famille, ça n’est pas leur caste ! Ils font partie de ces pompiers pyromanes qui allument les feux avec les rapports scientifiques. La science et les scientifiques sont les empêcheurs de tourner en rond. Alors, dans nos nobles assemblées de la République (ou du moins ce qu’il en reste), ils plastronnent avec des ventres bien remplis, bedonnant à souhait et vitupérant contre ces écolos irresponsables, ces apôtres de malheur. Ils brandissent fièrement des amendements, préécrits par leurs proxys de l’agro-industrie.
Ils nous présentent des lois dites « d’urgence », le comble, c’est qu’ils n’ont pas compris où était l’urgence ! Leur soumission et leur addiction à l’empire de l’argent en font des pantins décervelés, incapables d’aucune analyse prospective et surtout, d’aucun sens du bien public. Ils sont les nouveaux Vichystes de la Cinquième République parce qu’ils ont abdiqué, incapables de mettre en œuvre la politique nécessaire pour faire face au dérèglement climatique. Ils sont les collabos de ces industries. Ces industries qui nous empoisonnent et qui en même temps fabriquent les antipoisons.
Leur inconscience n’a pas de limite sinon celle de leur hubris, dont la démesure et l’arrogance sont sans fin. Je voudrais me tromper et me dire qu’ils finiront par ouvrir les yeux. Mais je rêve. Je crois plutôt qu’ils savent, mais feignent d’ignorer dans un cynisme triomphant. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre !
Nous devons nous lever, nous révolter et leur faire entendre raison. Il en va de la sauvegarde de notre planète et, par là même, de l’avenir des générations futures.»
25 ans à la Fédération de Pêche de La Réunion
Outre son texte, Jean-Paul Maugard annonce qu’en 2027, il devrait céder sa place de président de la Fédération de pêche de La Réunion. Il ne veut pas s’inscrire, même « s’il est déjà trop tard », dit-il en rigolant, dans ces mêmes « petits marquis locaux » « comme à Petite-Île ou au Tampon ». « Il faut que la démocratie, que ce soit au niveau associatif ou au niveau politique, respire un peu ».
Pendant ces longues années, la première chose qu’il retient, c’est que la Fédération de Pêche est désormais visible et reconnue dans de nombreuses instances : « on est reconnu, on est craint même, on est même vivement critiqué ». Elle siège notamment au Parc National, au Comité Eau et Biodiversité, au CESER, à la SAR ou au SDAGE comme cité plus haut.
Aussi, ce qu’il retiendra de son passage à la fédération, c’est la réglementation de la pêche aux bichiques, plus largement la protection des espèces et l’encadrement des captures. Ils ont mené, pendant plus de dix ans, « un combat avec les préfets successifs » pour faire valoir leurs arguments afin d’asseoir la continuité écologique.
« On a essayé de faire en sorte que les gens s’approprient la rivière et une connaissance plus intéressante, plus précise de ce qui se passe dans une rivière »
Même si ses mandats prennent fin l’année prochaine, le combat pour la protection des milieux aquatiques, du vivant et pour une véritable prise en compte de l’urgence écologique, lui, est loin d’être terminé.
Etienne Satre


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