Marché de l'AREC Petite Ile

[Agriculture] Et si on essayait le bio !

À LA DECOUVERTE DE L’AREC À PETITE ILE

C’est l’un des rares marchés bio associatifs sur notre île. Il est porté par une association de passionnés qui développe un projet plutôt original. 

Le nom de l’Association est en lui-même très parlant et montre d’emblée un engagement fort : Association pour le Respect de l’Environnement et du Cadre de vie. 

Chaque samedi, au rond-point de Grande Anse à la Petite Ile, le marché bio porte lui le nom de Marché Solidari’Terre. Là encore, le mot choisi est plus que symbolique et va bien plus loin que la simple expression de marché bio. 

Stéphane Foglia nous reçoit autour d’un café bio bien sûr, sur le site de l’AREC. La passion, l’engagement, les convictions, transpirent tant dans ses propos, que dans l’attitude, voire le regard. Membre fondateur de l’Association, il est toujours là 21 ans plus tard, sa foi et son militantisme sont intacts. 

« A lorigine, lAREC a été créée par des riverains pour sopposer à linstallation sur la ZAC des Grègues à Saint-Joseph dun concassage ». Bien loin des objectifs actuels de l’Association ! « Une partie des soucis ayant été réglés (normes, passages des camions, …), lAssociation a décidé de continuer à fonctionner, mais en se tournant vers le bio, au départ par le biais de paniers de fruits-légumes préparés par des producteurs bio du secteur ».

Après une réécriture des statuts, « des règles strictes sont adoptées avec la mise en place dune charte concernant la production et la qualité des produits proposésproductions selon des pratiques respectueuses de lenvironnement : bio et/ou conduite bio »), des prix stables, lissés et négociés à lannée, … » Petit à petit, l’Association s’étoffe.

Les adhérents s’organisent pour préparer les paniers. Grâce à la mise à disposition d’un terrain à titre gracieux, au niveau de Grande Anse à Petite-Ile, par M. Canassamy, naît le marché de l’AREC, intitulé Marché Solidari’Terre. « Ce marché est le premier et le seul marché associatif de l’île, créé par les adhérents et pour les adhérents de lAREC précise Stéphane Foglia qui ajoute que l’idée de rapprocher le producteur du consommateur est venue tout naturellement ». Notons cependant les initiatives de l’AVAB (Association pour la valorisation de l’agriculture biologique) qui organise plusieurs fois par mois, des marchés bio ailleurs dans l’île.

Stéphane Foglia pionnier de l'Arec
Stéphane Foglia, l’un des pionniers de l’AREC

Un nouvel élan sur un terrain plus grand

L’AREC a continué à grandir, avec parfois quelques emplois aidés (2011-2014 notamment) qui ont permis de créer un véritable site internet, de mettre progressivement en place divers ateliers, et même de proposer des paniers chaque mercredi. « Depuis plusieurs années, lassociation a décidé de créer une SARL en parallèle, prénommée AVEC, notamment pour des raisons de fiscalité. Cest par elle quon peut commander des produits (site : avec.re) Celle-ci est gérée conjointement par des adhérents et des producteurs ».

Plus d’emplois aidés actuellement, pas de subvention. Ne restent que les cotisations des adhérents et essentiellement du bénévolat de la part de passionnés. Et pourtant, des projets, avec notamment la location d’un grand terrain de 3000m² dans le prolongement du site actuel. L’AREC s’y installera définitivement, ce qui va lui donner un élan nouveau et permettre de pérenniser l’Association  Dans cet objectif, pendant trois mois, le marché du samedi est ouvert à tous, afin d’ouvrir le bio à d’autres publics, notamment des publics pas forcément attirés d’emblée par les produits bio.    

« Aujourdhui, lAREC cest avant tout un état desprit, du lien social, du partage, des rencontres, une sorte de bouillon de culture. Elle fonctionne sous forme de gouvernance collective », ajoute Stéphane Foglia. Un marché bio est proposé tous les samedis matins (fruits, légumes, épices, miel, vin, etc.). Les paniers bio sont préparés et distribués chaque mercredi. L’association anime aussi des ateliers, des bourses aux plantes, des débats, des animations scolaires sur la base du « jardin bio » (plantation, bouturage, compostage, etc.). 

Dominique Blumberger

Ils ont choisi de produire bio

Rémy et Virginie Hoareau (producteurs chemin Laguerre à Petite-Ile)

Installé comme agriculteur depuis de longues années, Rémy Hoareau décide de se lancer dans l’agriculture bio en 2012. Son épouse Virginie, alors infirmière, faisait régulièrement ses emplettes au marché de l’AREC. Il prend peu à peu conscience « de la nécessité de mieux manger, donc de mieux produire » et décide alors de tenter l’aventure.

C’est un changement radical dans la façon de travailler. « Finies les serres avec un seul légume produit en très grosse quantité. Sur la totalité de lexploitation (2600m²), jai construit moi-même les serres que jai aménagées peu à peu. Jai acheté un broyeur pour pouvoir fabriquer le broyat que jutilise pour amender les sols ». 

Il choisit de ne faire que du maraîchage et diversifie ses cultures. Dans ses serres, on trouve une multitude de légumes différents, produits forcément en petites quantités, mais d’une excellente qualité. Il achète ses semences bios, qu’il sème après avoir préparé son sol, et l’avoir couvert de paille. « La paille empêche lherbe de pousser trop rapidement, et les différents insectes qui vont progressivement la dégrader aideront à la transformer en nourriture pour le sol ». Il travaille beaucoup dit-il « de façon empirique. Jessaie, je teste, si ça fonctionne, je refais, sinon, je change pour autre chose ». 

Depuis quelques années, son épouse Virginie a décidé de quitter son poste d’infirmière pour le seconder. Cette exploitation est donc la leur, un projet de vie professionnelle en commun. Ce n’est pas toujours facile, mais ils vivent au grand air, sans traitements chimiques. Ils désherbent à la main. Et au bout du compte ils récoltent la satisfaction de produire des légumes de bonne qualité, qu’ils vendent à l’AREC mais qu’ils proposent également aux particuliers sous forme de paniers. 

Nous échangeons plus d’une heure en nous baladant dans les serres. La passion et le plaisir sont palpables tant sur le terrain que dans les propos. La multitude de légumes très différents qui poussent sous les serres est impressionnante. Rémy explique que « certaines associations de légumes permettent d’éviter naturellement certains nuisibles » : « lobjectif est de proposer, notamment en hiver, saison idéale pour le maraîchage, une très grande variété de légumes ». 

Dans un verger d’environ 3 hectares, il produit également quelques fruits, notamment des bananes, toujours dans l’esprit bio et/ou durable.   

dans les serres de Rémy et Virginie Hoareau
Dans les serres de Rémy et Virginie Hoareau

Dolaine Fontaine (productrice au domaine du Relais à Petite-Ile)

Installée depuis de très nombreuses années en agriculture conventionnelle, elle a repris à son compte l’exploitation pour se tourner vers le bio quand son mari a trouvé un emploi d’ingénieur agronome. Aujourd’hui, elle fait vivre son exploitation aux côtés de son fils, qui prendra le relais le temps venu.

Ici, à cette altitude, pas de serres, pas de paillage (inutile), pas d’arrosage, sauf exceptionnellement en plein été sur de courtes périodes, car l’hygrométrie est importante. Sur et autour du terrain, beaucoup d’espèces endémiques : oiseaux, insectes, mais aussi végétales. L’altitude permet de cultiver à la fois des légumes très variés, et sur des périodes plus longues. Et de la variété, il y en a ! On trouve même de la rhubarbe, de l’épinard, des blettes, du conflor (avec lequel elle fabrique de la farine sans gluten), du curcuma, de la rouroute, du daikon (un long radis blanc assez peu commun)… 

du daikon (un long radis blanc assez peu commun
Le daikon, un long radis blanc assez peu commun.

« Mais nous avons aussi des cabris, des poulets, des lapins, des canards et quelques fruitiers. Nous cultivons également du vétyver, de la lavande pays et du géranium que nous distillons sur place. Nos conditions de travail sont parfois difficiles en raison du temps, mais notre climat est très favorable aux cultures. Nous préparons nous-mêmes nos plants, parfois nous achetons des graines bio ».  

« Nous cultivons ici sur environ un hectare, préparons la terre avec du broyat de végétaux et le fumier de nos bêtes. Nous mélangeons toutes les cultures. Les insectes c’est parfois un problème, mais il faut savoir partager ! ». Quelques filets sont installés sur certaines cultures, pour éviter que les oiseaux ne se servent trop facilement ! 

Dolaine Fontaine dans son exploitation
Dolaine Fontaine dans son exploitation.

Madame Fontaine travaille avec l’AREC depuis de longues années, mais est présente sur certains autres marchés (dont celui de Saint-Joseph chaque vendredi matin) et diverses manifestations (fête du curcuma,…). Aucune lassitude dans son discours, bien au contraire. « Nous sommes très satisfaits de la vie que nous avons, pas de vacances, nous vivons au grand air toute l’année et nous sommes très bien ici dans notre propriété. Le bio c’est bien plus sain, et souvent pas plus cher. Nous essayons de rester dans les mêmes prix que ce que produisent les autres agriculteurs pour les légumes classiques (brèdes, salades, …), mais nous proposons aussi des légumes plus variés et moins communs comme la rhubarbe et le fenouil par exemple »

Une vraie joie de vivre, un plaisir de faire partager son travail et la production de légumes sains et variés auprès d’une clientèle fidèle qui sait comment travaillent l’agricultrice et son fils. 

 

Un petit tour au marché le samedi 30 juillet

Malgré les vacances scolaires il y a une bonne dizaine d’exposants et il faut se garer à l’extérieur de l’enceinte car il y a finalement du monde. Ce qui frappe au premier abord, c’est l’ambiance. Les gens se connaissent, se saluent, échangent, bavardent, flânent… On prend le temps de se poser autour d’un café. Rien à voir ou presque avec un marché « classique », cela pourrait plutôt rappeler certains petits marchés de villages… 

Les « portes ouvertes » accueillent quelques nouveaux « clients ». Un adhérent prend le temps d’expliquer, de faire le tour du marché, de présenter quelques producteurs. Une ambiance vraiment particulière ! 

marché de l'AREC bio à Petite-Ile

Quelques échanges avec des fidèles du marché

Sylvie : « Je suis adhérente de l’AREC depuis une dizaine d’années, et je viens régulièrement au marché tous les samedis matins. Je partage pleinement les valeurs de l’Association ». 

Dominique : « Je suis membre de l’associaiton depuis ses débuts, j’ai même à l’époque manifesté contre l’implantation du concassage dans la ZAC des Grègues. Je me rappelle de certaines AG qui se tenaient à La Gondole (ndrl : restaurant). Mr Canassamy qui met son terrain à notre disposition depuis plus de dix ans nous a beaucoup aidés ». 

Sophie : « Je viens régulièrement au marché depuis deux ans, car je sais que je vais y trouver de bons produits, dans un cadre agréable, et parce-que j’aime bien l’ambiance ». 

Une association qui fonctionne avec de vraies valeurs, l’envie de les faire découvrir, de les partager, et de mettre en avant des produits sains. Alors, envie d’essayer ? Pendant deux mois, le marché de l’AREC fonctionne encore en mode « portes ouvertes » tous les samedis matins. N’hésitez pas à aller y faire un tour ! 

Continuez la visite sur le site internet de l’AREC

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