vue partielle de la vanilleraie

[Vanille] Des planteurs à la recherche d’un modèle agricole viable

SAINTE-ROSE, BOIS BLANC

Un couple d’agroforestiers, Béatrice et Quentin Donnay, a mis en valeur un hectare et demi de vanille au coeur de la forêt primaire. Ils y développent un mode de production naturel, à échelle humaine, à l’opposé des cultures intensives du modèle « coopératif ».

Au pays des laves, Bois-Blanc, dernier quartier habité de Sainte-Rose avant le Grand Brûlé, est un de ces écrins naturels où la végétation dispute au magma refroidi des dernières coulées hors enclos le moindre espace de terrain.

Le Conservatoire du littoral y protège 374 ha de forêts, quelquefois loués en parcelles (2 à 3 ha en moyenne) à des petits planteurs sous la condition que leurs pratiques culturales répondent aux critères d’agriculture durable et de protection d’un milieu naturel à la biodiversité remarquable et unique.

C’est le défi que relèvent tous les jours la famille de Béatrice et Quentin Donnay : habitants de Sainte-Rose, ils ont pensé leur installation et leur activité en paysans-paysagistes gardiens d’un milieu naturel hors pair. 

Ils se sont appuyés dans leur parcours sur l’exemple et les conseils des anciens qu’ils connaissaient. Et aussi sur l’enseignement de Thérésien Cadet, naturaliste réunionnais de grande renommée. « Il avait confiance dans les agriculteurs comme gardiens des paysages et des milieux naturels. Tout ce que nous avons mis en place ici, nous l’avons fait en suivant ses conseils » disent-ils.

« Il a su aussi, comme Jacques Tassin plus récemment, ne pas s’en laisser imposer par la doxa du moment. Contre le mode de pensée “indigéniste”, Jacques Tassin par exemple nous enseigne que les pestes végétales sont là pour rééquilibrer les sols ». Suivant cette voie, le jeune couple a appris à se servir de la biomasse tirée des plantes exotiques pour restaurer le terrain et amender ses cultures (vanille et letchi).

Un trésor de biodiversité

Sur les 5 ha que leur a concédés le Conservatoire du littoral, les deux agroforestiers mettent en valeur un hectare et demi et, en huit ans, à la seule force de leurs bras, ils ont régénéré un hectare de forêt primaire qui fait de leur terrain un trésor de biodiversité et un exemple « de la communion entre l’homme et la forêt » telle que célébrée en mars dernier dans la commune voisine de St-Philippe.

Bois de fer
Bois de fer. Béatrice et Quentin Donnay ont régénéré un hectare de forêt primaire.

Pour eux, c’est le choix d’une vie de travail mise au rythme de la nature, des saisons et de leurs aléas. Béatrice et Quentin comptent parmi les 200 derniers producteurs de vanille en milieu naturel – ou agroforesterie – de La Réunion. Sainte-Rose et Saint-Philippe concentrent les sept derniers quartiers producteurs de vanille naturelle – une vanille biologique de luxe, produite sans aucune aide financière. Dans le modèle agricole actuel, un producteur hors coopérative n’a accès ni aux aides à la production ni aux aides à la plantation.

vue partielle de la vanilleraie
Sainte-Rose et Saint-Philippe concentrent les sept derniers quartiers producteurs de vanille naturelle – une vanille biologique de luxe, produite sans aucune aide financière.

Depuis 1997, cela fait maintenant 25 ans que le Département attribue invariablement les aides du programme agricole à des cultivateurs de vanille sous ombrière – une technique subventionnée à 90% par les programmes européens L.E.A.D.E.R (« Liaison entre actions de développement de l’économie rurale ») que gère le Département.

Dans ce modèle de promotion d’un milieu artificiel, l’agriculteur s’endette du fait des emprunts répétés, du recours aux intrants et aussi à cause des pertes causées, à moyen terme, par l’absence de biodiversité : le bon rapport immédiat obtenu par ce type de culture est « fusillé » en 5 à 6 ans… Mais le système continue de tourner, perpétuellement remis à flot, bien que nombre de planteurs se soient déjà rendu compte de sa non-efficience.

La théorie fallacieuse du ruissellement

Pour Quentin Donnay, « la vanille est en train de nous apprendre l’humilité ; tout comme le letchi… un des arbres les plus évolués au monde selon Francis Hallé. Ce que cela démontre, c’est que, pour des plantes aussi évoluées, la pétrochimie a atteint ses limites ».

La foret primaire
La foret primaire

Nous avons à La Réunion, comme ailleurs, un problème de modèle agricole. L’aide massive apportée aux coopératives est une mise en œuvre classique de la fallacieuse « théorie du ruissellement » : aider les grosses structures ne pourrait qu’aider les agriculteurs… Vraiment ? Que les planteurs de vanille qui peuvent se dire « aidés » lèvent le doigt !

Les Donnay sont de ceux qui travaillent silencieusement et quotidiennement à une refonte de ce modèle obsolète, en profondeur. « Il faudrait aux producteurs de vanille une association comme celle de Guadeloupe, interlocutrice directe des DAF et du Département » disent-ils. Avec l’association PARE (Penser Agir la Restauration Ecologique de Sainte-Rose), créée en juin 2021, ils s’arcboutent aux trois principes du développement durable – socialement acceptable, économiquement viable, écologiquement durable – pour promouvoir un mode de vie dont ils tirent principalement bien-être et santé. 

Et sur le plan économique, leurs cultures donnent depuis deux ans des résultats qui leur laissent entrevoir une réelle réussite future, en complète autonomie.

Pascale David

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