Air Austral décide du prix, pas l’État malgache

[LA RÉUNION-MADAGASCAR À 700€]

Pourquoi insinuer que les décisions du gouvernement de Madagascar sont responsables des prix des billets d’avion d’Air Austral ?


Si Air Austral vend aussi cher ses vols pour Madagascar, c’est parce que la compagnie sait que parmi la clientèle potentielle, une partie est suffisamment solvable pour remplir 2 avions par semaine à ce tarif. Ce n’est qu’une fois que cette clientèle prête à payer un tel prix sera épuisée que les prix des billets pour Madagascar vont baisser, indépendamment des décisions de l’État malgache. En attendant, la situation permet à Air Austral de réaliser des surprofits.


Pour réduire le risque d’importation du variant Omicron à Madagascar, le gouvernement a pris des décisions pour contrôler tous les passagers entrant dans le pays. A la différence de La Réunion où n’importe qui peut entrer sans contrôle sanitaire et se mêler aussitôt à la population sous prétexte d’être vacciné, à Madagascar un test de dépistage COVID-19 est imposé à l’arrivée à tous les passagers, suivi d’une quarantaine dans un hôtel agréé dans l’attente du résultat.
Pour cela, il est nécessaire que l’aéroport soit équipé pour tester tous les passagers et les maintenir en isolement jusqu’aux bus qui doivent les conduire à un hôtel agréé pour la quarantaine. La ville d’accueil doit également avoir une capacité hôtelière suffisante pour accueillir tous les passagers devant être en quarantaine pendant au moins deux jours.
Ces mesures imposent donc de limiter le trafic en provenance de l’étranger, ainsi que de restreindre le nombre d’aéroports ouverts aux vols internationaux afin de s’assurer de disposer de suffisamment de moyens humains et techniques pour tester tous les passagers. Ceci explique pourquoi actuellement, le seul aéroport ouvert aux compagnies étrangères est celui d’Ivato, qui dessert Antananarivo, ville dont les capacités hôtelières sont jugées suffisantes pour absorber le volume des passagers en quarantaine. Le gouvernement de Madagascar réfléchit à un élargissement de ces mesures, tout en étant obligé de concilier la protection de la population face aux risques de cas importés de coronavirus, et les intérêts économiques de la filière du tourisme qui a été considérablement ébranlée par les conséquences de la crise sanitaire.

Le gouvernement malgache ne dirige pas Air Austral

Air Austral a récemment renouvelé sa flotte d’avions pour les dessertes régionales. Elle s’est équipée en Airbus A220 d’une capacité de 132 passagers, qui consomment 25 % de carburant en moins que les Boeing 737 qui assuraient la desserte de Madagascar depuis La Réunion.
Air Austral a le droit d’effectuer deux vols par semaine de 132 passagers entre l’aéroport Rolland-Garros et Ivato, elle peut donc utiliser ses nouveaux avions à pleine capacité.
La semaine dernière, une manifestation a dénoncé les prix exorbitants pratiqués par Air Austral depuis la réouverture des frontières de Madagascar : 700 euros pour La Réunion-Madagascar, soit plus cher que pour un vol vers la France distante de 10.000 kilomètres.
Comme réponse, la compagnie a indiqué qu’elle est contrainte par un nombre de fréquence limité. Hier, elle a de nouveau abondé dans ce sens, indiquant qu’elle a dû annuler des vols entre La Réunion et Toamasina en raison du refus de l’État malgache d’ouvrir cette liaison. Air Austral dit vouloir revenir à 16 vols par semaine sur 6 destinations à Madagascar.
Autrement dit, elle insinue qu’un retour à la situation normale permettra de faire baisser les prix. C’est une manière de dire que la baisse des prix dépend d’une décision de l’État malgache. Or, l’État malgache ne dirige pas Air Austral.

700 euros au lieu de 250 euros

Or, il est une certitude : c’est Air Austral qui fixe le prix des billets d’avion qu’elle commercialise, pas l’État malgache. Avec ses anciens avions, Air Austral proposait des prix à partir de 300 euros. Comme ses nouveaux Airbus A220 consomment 25 % de carburant en moins, et que le kérosène est la principale charge d’une compagnie aérienne, la logique voudrait qu’Air Austral commercialise aujourd’hui des billets d’avion à partir de 250 euros pour un aller-retour La Réunion-Madagascar.
Or, fixer le prix à 700 euros au lieu de 250 euros correspond à une autre logique : profiter de la diminution de l’offre de sièges pour faire monter artificiellement les prix.
En effet, si Air Austral vend aussi cher ses vols pour Madagascar, c’est parce que la compagnie sait que parmi la clientèle potentielle, une partie est suffisamment solvable pour remplir 2 avions à ce tarif. Ce n’est qu’une fois que cette clientèle prête à payer un tel prix sera épuisée que les prix des billets pour Madagascar vont baisser, indépendamment des décisions de l’État malgache.

Manuel Marchal (article publié sur le site de Témoignages le mercredi 30 mars 2022)

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