Alors survient la maladie

enfance

LIBRE EXPRESSION

Affaiblissement de l’élan vital, stases énergétiques, miasmes, infections,  vulnérabilité immunologique, névroses psychologiques, etc.

L’élan vital suscité par la symbiose des composants élémentaires à l’origine de la vie (Aux SOURCES de la Vie », (2018), Eric Karsenti), ensuite la pulsion de vie dans son émergence, se perçoivent avec évidence lorsque le nouveau-né, s’habituant à sa respiration pulmonaire, crie de longues minutes tout en s’écoutant crier.

J’ai voulu mimer ma première fille (en son absence) pour tenter de ressentir ce qu’elle-même pouvait ressentir. J’étais épuisé au bout de deux minutes. 

Ce courrier s’adresse en premier lieu aux parents. Il est le fruit  d’une préoccupation, celle de susciter chez le lecteur un savoir sensualiste, c’est-à-dire fondé sur ses sensations. Elles provoqueraient chez lui un sentiment verbalisé ainsi : « Je ressens une certaine vérité en moi-même dans cet exposé », ou encore : « Cet exposé me parle ! »

—————————————-

Il est fréquent d’observer des enfants qui, au moment de passer aux caisses des grandes surfaces avec leurs parents, se jettent à terre lorsque leur envie de friandises ,étalées sous leurs yeux, est contrariée. 

Une autre réaction encore, que je qualifierais de « sursaut chaotique de vie », advint lorsqu’un jeune garçon de treize ans fit, à la « Roche écrite » lors d’un camp d’ados, une crise initialement qualifiée, dans la précipitation et par les éducateurs de culture réunionnaise ,  de « crise de possession ». Elle dura trois longues heures. Il aura fallu pas moins de trois adultes pour le contenir et le calmer. Interpellé sur ces faits, mon interprétation fut de valoriser cette manifestation similaire pour moi à un sursaut de vie visant à déprogrammer épigénétiquement la façon d’être inhibée de cet adolescent en pleine puberté, en qui de nombreux conflits psychologiques entraient subitement en résonance. 

Je limite là cette énumération d’exemples de mouvements réactifs de  vie qui, selon mon interprétation de clinicien de la psychologie, illustreraient les difficultés pour l’organisme à éliminer le non soi (dans le premier exemple les résultats chimiques d’une frustration ressentie par l’organisme), puisque les différenciations moléculaires caractérisant les différentes phases à l’origine de l’élan vital devraient fuir ce qui les affaiblit. Les émergences qui organisent le vivant sont initialement autoproduites par l’organisme lui-même, et ce depuis des temps ancestraux . Lorsque l’élan vital est durablement frustré, inhibé, les stases énergétiques devenant miasmes croupissent et attirent toutes sortes de parasites. Inoffensifs dans un premier temps, ils  peuvent créer les conditions d’inflammations en devenant pathogènes jusqu’à créer des névroses d’organes. Ce processus pathogène ferait basculer l’organisme dans la maladie. Ainsi Wilhelm Reich (1897-1957) imaginait et soulevait déjà la question d’ « approfondir, ce processus : comment la stase d’énergie dans un tissu peut-elle aboutir à la décomposition bioneuse des cellules ? », ouvrage « Biopathie du cancer », 1948, Ed Payot, 1975, p. 213.

Hans Selye (1907-1982), auteur du terme « stress », pourra dire que « quelque chose s’épuise ». Il lui donnera le non d’« énergie d’adaptation » sans pouvoir exactement définir cette énergie adaptative. Il précisera tout de même qu’« on ne s’habitue pas au pire », in « Le stress de la vie », (1975). L’élan vital visible lors de la fécondation et le  « tumulte vital » perçu de nos jours in vivo même lors de la gestation s’érodent. Nous préférons l’expression « élan vital » à « vitalisme » qui risque d’être connoté idéologiquement.  

Ce préambule nous amène à questionner les recherches en immunologie alors qu’il est alors souvent question de « maladie auto-immune » ou de « dépression » immunitaire, terme  pour le moins ambigu qui renvoie à des étiologies encore non validées scientifiquement.  

L’auteur que nous souhaitons populariser à La Réunion est Thomas Pradeu (*). Il défend l’idée que la théorie « du soi et du non soi » (l’organisme combattrait le non soi) aura répandu cette (fausse) idée d’un soi de l’organisme isolé face à son milieu doté (ou supposé) de capacités à affronter le non soi. Cette théorie voit en l’organisme « un tout homogène isolé de son environnement, alors que les données récentes tendent à montrer qu’il est un tout hétérogène largement construit par son environnement », p. 189, « Critique du soi et du non soi en immunologie », in La vie et alors, Débats passionnés d’hier et d’aujourd’hui, (2013), sous la direction de Jean-Jacques Kupiec. Sa critique est radicale lorsqu’il écrit que ce vocabulaire est « vendeur ». L’organisme détient en lui de prodigieuses possibilités de réactivité, certes, et même de créativité, nous le voyons bien avec les rêves qui peuvent annoncer des changements de comportements chez le dormeur. Mais l’on ne s’habitue pas à un habitus (insidieusement a-physiologique codifié neurologiquement), une façon d’agir et d’être qui depuis longtemps aura modifié la physiologie et affaibli les défenses immunitaires, souvent  sans signes annonciateurs.  

Cette théorie « du soi et du non soi », attractive, dont Thomas Pradeu fait l’historique, rangée au rang de « vocabulaire qui éliminerait le non soi, est bien installée depuis cinquante ans » dans les esprits. « Il est indéniable que de nombreux scientifiques font preuve d’un certain conservatisme conceptuel.» 

————————

  1. Eric Karsenti, Aux sources de la vie, Flammarion, 2018
  2. Thomas Pradeu, Les limites du soi : immunologie et identité biologique, Presses universitaires de Montréal et Vrin – France, 2009.

Frédéric Paulus, Chercheur au CEVOI, Expert extérieur au  Haut Conseil de Santé Publique

Chaque contribution publiée sur le média nous semble répondre aux critères élémentaires de respect des personnes et des communautés. Elle reflète l’opinion de son ou ses signataires, pas forcément celle du comité de lecture de Parallèle Sud.

A propos de l'auteur

Vous pouvez aimer ceci