Anou minm i désid pou nout kalité rényoné !

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LIBRE EXPRESSION

Pour une convention linguistique réunionnaise

Comme la question statutaire, le fait identitaire réunionnais constitue l’un des éléments fondateurs de notre émancipation, et tout ce qui concerne l’identité réunionnaise. Et l’âme de notre peuple doit nécessairement impliquer la participation des forces vives de notre péi. L’élaboration an misouk par le Ministère de la Culture d’un projet de « Pacte linguistique de la Réunion » et sa très discrète approbation par nos collectivités territoriales – le 21 octobre 2021 pour la Commission permanente de la Région – bafouent cette impérieuse exigence et nous assumons donc pleinement la décision de verser au débat public les deux versions « À ne pas diffuser » dudit pacte.

La première version est clairement d’essence néocoloniale quand la langue française est présentée comme « le premier facteur de cohésion sociale » dans notre péi, quand on veut faire des réunionnais.es des agents de promotion de la francophonie dans l’océan Indien, ou encore lorsque le Préfet, représentant d’un Etat responsable depuis des décennies du krazé-pilé de notre langue, est désigné comme président du comité de pilotage dudit pacte ! Et nos élu.e.s « Paris komann pa nou » approuvent et signent des deux mains. Un indicateur supplémentaire de leur état de dépendance mentale à l’égard de la Maîtropole !

Généralisation du bilinguisme français/créole dès la maternelle

Les tares originelles de la première version ont disparu dans la seconde et nous pourrions nous en réjouir mais… En effet, si de nombreuses dispositions concernant le volet culturel emportent notre adhésion, lorsque la question de l’enseignement de la langue et de la culture réunionnaises est abordée, on a vite fait de comprendre que la généralisation du bilinguisme français/créole dès la maternelle n’est pas pour demain. Ainsi, sa mise en œuvre suppose au préalable « la pleine reconnaissance du créole réunionnais » (!?!) et l’établissement d’une « feuille de route dont la mise en œuvre pourra s’appuyer si nécessaire sur une phase d’expérimentations… » et peut-être aussi sous réserve que « l’aménagement du corpus du créole réunionnais » soit terminé … Bref, on se moque de nous !

Nous aurons l’occasion de revenir dans le détail sur tous les aspects hautement problématiques de ce texte mais pour l’heure, l’urgence est de se mobiliser contre ce pacte bancal – faute de participation du Ministère de l’Education nationale – et pour lequel d’ailleurs l’avis des instances consultatives (CCEE, CESER, CALCR…) n’a pas été sollicité, pas plus d’ailleurs que n’ont été consultées les organisations syndicales, fédérations de parents d’élèves et associations.

Se mobiliser contre ce pacte bancal

Dans un deuxième temps, nous proposons la création d’un comité de rédaction citoyen qui formulera des propositions et/ou travaillera à l’élaboration d’une Convention linguistique réunionnaise – la modalité la plus adaptée (cf. Convention spécifique de la Bretagne) – digne de ce nom et que nous adresserons le moment venu aux collectivités et institutions concernées.

Dans cette attente, nous allons solliciter le soutien et l’expertise des institutions, organisations, associations des pays de France et d’Outre-mer et leur transmettre tous documents utiles – notamment la feuille de route et des extraits du Projet stratégique 2021-2025 du Rectorat de la Réunion – pour une bonne compréhension de la situation sociolinguistique de la Réunion.

Nous rappelons enfin l’un des fondamentaux de notre Appel fondateur du 31 mai dernier :

« …la reconnaissance officielle du peuple réunionnais et de son identité plurielle qui implique notamment l’instauration d’un bilinguisme créole/français, l’intégration de l’Histoire et des Mémoires de la Réunion dans les programmes officiels, la généralisation de l’option Langue et culture réunionnaises dans le cursus scolaire… »

Pour le PaRé

M. Crochet

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