Après l’appel du 18 Juin, la pelle du 19 Juin

LIBRE EXPRESSION

C’est un véritable séisme politique qu’a connu notre pays au second tour des législatives. Pour la première fois sous la 5e République, un président fraîchement élu (en l’occurrence réélu) n’a pas de majorité à l’Assemblée Nationale. Et c’est peu dire ! Alors que jusque-là son parti détenait la majorité à lui seul, non seulement il ne l’a plus, mais il ne l’a pas avec ses alliés. Du jamais vu et un terrible désaveu ! Les anciens ministres et/ou secrétaires d’état Blanquer, Moreno, Pietraszewski, Castaner, Maracineanu, …, les ministres Bourguignon, De Montchalin, Bénin, défaits. Et Ferrand, président de l’Assemblée Nationale et figure de la « macronie » battu lui aussi. D’autres ont échappé de près au couperet, en particulier Mme Borne dans une circonscription pourtant annoncée facile, ou Guerini. Une bérézina ! 

Le Président ne va donc pas pouvoir gouverner seul comme il aime tant le faire, il va lui falloir composer, chercher des alliés, mais qui ? 

Impossible du côté de la Nupes. Même si la gauche unie espérait mieux et peut être déçue, elle fait tout de même un retour en force remarqué dans l’hémicycle, et sera une force d’opposition importante, la première en nombre de députés. Jean-Luc MELENCHON ne sera pas premier ministre, et le slogan « Mélenchon premier ministre » aura peut-être rebuté un certain nombre d’électeurs de gauche. Mais la force d’un groupe important apportera du mordant supplémentaire aux débats ! Les six députés réunionnais de ce groupe vont pouvoir y fourbir leurs armes, et, espérons le, porter les revendications fortes de notre île. 

L’entrée fracassante de près de 90 députés du Rassemblement National est l’autre élément marquant de ce deuxième tour. Les sondages une fois de plus se sont largement trompés. Cela dit, avec  les propos de Dupond-Moretti parlant de « cas par cas », repris plus ou moins par Mme Borne et Mr Macron, le vote républicain a été totalement piétiné par ceux-là même qui l’avaient réclamé, et en avaient bénéficié au 2e tour de la présidentielle. Une ignominie que de nombreux électeurs de droite ne pardonneront pas ! Les duels Nupes-RN , où le pacte républicain aurait dû s’appliquer, le montrent clairement : 33 élus RN, 26 élus Nupes… Que le pouvoir accepte d’avoir permis cela est une véritable faute. La gauche n’est pas l’extrême droite ! 

Bonne nouvelle par contre, la déroute de Reconquête et de Mr Zemmour. Après le très faible score du candidat à la présidentielle, aucun de ses sympathisants n’était présent au second tour des législatives. Chronique d’une mort annoncée ! 

Quant à LR, la dégringolade n’en finit pas ! 74 députés, encore un quart de députés perdu. Et pourtant, il y a fort à parier que c’est ce groupe qui pourrait faire la pluie et le beau temps à l’Assemblée. En effet, le Président Macron ne pouvant compter sur une majorité, il va lui falloir en trouver une. Cela a commencé avant les élections, puisque dans de nombreuses circonscriptions, Ensemble n’a pas présenté de candidat contre un candidat LR (Sarkozy à la manœuvre ?, c’est en tous cas ce que nombre d’observateurs ont écrit). Il va donc forcément y avoir renvoi d’ascenseur. Mais sera-ce suffisant ? Pas sûr, car les élus favorables à un « pacte de gouvernement » proposé par Copé une demi-heure seulement après la proclamation des résultats dimanche dernier, ne sont pas si nombreux ! Les tractations, voire les tentatives de débauchage, vont commencer ; pas sûr que les élus de l’aile centre-gauche de Renaissance voient cela d’un bon œil… 

La France serait-elle alors « ingouvernable » comme le pensent certains, dont de nombreux journalistes de la presse étrangère ? C’est aujourd’hui assez probable. L’avenir nous le dira. Dans tous les cas, le président Macron est dans une situation bien inconfortable. Lui qui aime décider seul va devoir apprendre à négocier et à composer. Pas sûr qu’il y arrive ! Une dissolution de l’Assemblée Nationale est une possibilité, mais on sait qu’historiquement, c’est une mauvaise solution. Les semaines et les mois qui viennent s’annoncent difficiles ! 

Dominique Blumberger

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