« Au Jardin bio » d’un terrain sans pesticides avec un agriculteur sans filtres !

Guy Huet agriculteur bio

TRAVAILLEURS INDÉPENDANTS ÉPISODE 2 : GUY HUET, AGRICULTEUR

Dans le cadre d’une enquête sur le travail des indépendants à La Réunion, je rencontre des professionnels de différents secteurs d’activités. Avant la conclusion finale de l’enquête, j’ai le plaisir de vous proposer des extraits de mes rencontres avec ces professionnels indépendants en plusieurs épisodes.

C’est avec le sourire (et parfois un haricot fraichement cueilli) aux lèvres, et l’air heureux, que cet agriculteur m’a fait visiter ses serres aux cultures certifiées agriculture biologique (AB). J’y ai même gouté une fleur.

Guy Huet mène une entreprise individuelle de production et de commercialisation de produits agricoles bio. 

  • Guy Huet agriculteur bio
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C’est après plusieurs expériences professionnelles, dont la plus longue à EDF, qu’il s’est reconverti dans l’agriculture.

D’abord tout jeune marin en 1977, le courant de la vie l’amène finalement à la centrale électrique au Port en 1986. Quatre ans après il obtient sa mutation à Saint-Pierre. C’est à ce poste qu’il rencontre un agriculteur lors d’un dépannage de distribution de l’eau, et c’est à ce moment qu’a lieu le déclic de la reconversion.

Il utilise alors le compte individuel de formation (CIF) pour se former et même si retourner à l’école après 20 ans d’un métier est difficile, parce que « re apren’ dan’ kahié lé pa éviden »,  les rencontres permises par la formation durant laquelle « navé rienk zadulte i entendé bien » contribuent pour lui à la confirmation qu’il veut faire ce métier. 

Monsieur Huet obtient le Brevet Professionnel Agricole (BPA) et devient jeune diplômé en 2008.

Son choix de l’agriculture bio dépasse les bornes physiques de ses terrains de plantations. Monsieur Huet applique dans son activité professionnelle sa vision générale de la  vie.

Pour lui, le travail c’est « la santé », et le travail avec la terre permet de « retrouver la vie » de « révey ek le soleil ».

Résister

Avec son ancien métier, dans son ancien bureau, propre et climatisé, il était à 17 de tension. Aujourd’hui, il voit de nombreux types d’insectes autour de lui, telles des araignées qui s’installent dans ses arbres de citrons caviar par exemple, ou des merles maurice. Et, même si ces oiseaux peuvent devenir un fléau pour ses cultures, il préfère ce que j’appelle ce genre de « bébêtes là » comme résultats visibles de son travail.  Faut-il en effet anéantir la vie des minuscules envahisseurs de feuilles et autres coccinelles et polluer le sol pour obtenir, pour une fois, quelques agrumes de plus ? 

Selon ce professionnel, ces résultats relevant du Vivant sont possibles surtout dans les exploitations agricoles bio.

Cependant, les adversités spécifiquement liées à ces cultures, que je nomme moi-même « non-empoisonnées et empoisonnantes », restent importantes.

Outre la soumission de la production aux aléas climatiques, Monsieur Huet raconte la difficulté d’abord de se lancer seul au moment de l’installation sur le terrain ou de résister au début face aux déboires, déconvenues et déceptions provoqués par certains partenaires présents uniquement pour alimenter leur réputation. Il raconte aussi le brassage du financement autour du succès du bio que les agriculteurs ne voient finalement que peu. Il alerte également sur les pièges des jolies annonces institutionnelles qui font fleurir surtout beaucoup de dossiers.

Confiance

Il pointe aussi les coûts supplémentaires engendrés et qui questionnent par exemple pour l’achat des graines. Il indique en effet un prix de 90 euros pour mille graines de courgette traitées alors que le nombre de graines du même légume bio , qui ont donc a priori nécessité moins de « travail », coûtent trois fois plus cher. 

Il parle aussi du défi de donner le goût du travail aux générations suivantes. Car récolter demande un travail constant, de sept jours sur sept, et de se prémunir de ne rien encaisser après un cyclone. Monsieur Huet parle des installations détruites, des plants perdus, du travail à recommencer et de l’attente qui redémarre alors. 

Il s’agit donc bien du Vivant : de l’agriculteur mais aussi du climat, de polinisateurs et des prédateurs qui participent au processus de sélection vers la qualité du produit obtenu.

La fragilité du secteur bio pour son expansion, par-dessus le pauvre marché des aides directes qu’il pourrait recevoir en vrai renfort des quelques manifestations événementielles de vitrines, renvoie aussi à une insuffisance de développement de la filière transformation/conservation. Cette insuffisance limite les partenariats dans l’établissement des menus avec les cantines scolaires par exemple. Parce que commander un menu sur le papier signé et tamponné c’est bien, mais la terre, la pluie et le soleil ne signent pas de contrat encore.

Malgré les difficultés, Monsieur Huet ne regrette pas sa reconversion, garde confiance et fierté dans son activité et continue de mettre en valeur son terrain avec le chef, « sa madame ». Il commercialise ses produits dans deux magasins, « Au Jardin bio », et envisage l’ouverture d’un troisième point de vente dans le sud.

Il propose également la vente directe au 83 chemin des Pétréas au 12ème km.

Le goût et la qualité nutritive sont au rendez-vous, à vos papilles !

Alice Dubard

Chaque contribution publiée sur le média nous semble répondre aux critères élémentaires de respect des personnes et des communautés. Elle reflète l’opinion de son ou ses signataires, pas forcément celle du comité de lecture de Parallèle Sud.

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