[Chronique] Ce n’est pas la taille qui compte

N’AYONS PAS PEUR DES MOTS

Parallèle Sud accueille dans ses colonnes les critiques d’un dévoreur de phrases qui peut passer pour un sacré pinailleur.

Le Grand Raid 2022 a vécu, vive le Grand Raid 2023 ! Au-delà de son attrait sportif, la mythique Diagonale offre chaque année l’occasion de découvrir ou de redécouvrir le fabuleux terrain de jeu où, depuis 30 ans, s’écrit cette histoire de fous qui rend parfois dingue. Pour cette première chronique dédiée aux pièges de la langue française vus au travers de l’actualité, j’ai donc choisi, moi aussi, de m’aventurer sur de périlleux et souvent mal balisés sentiers, ceux de la majuscule.

S’il est capital de ne pas la négliger, il l’est tout autant de savoir s’en passer, répètent à l’envi les grands champions de l’orthotypographie française. Or, non content d’en user, l’usage en abuse. Je pense d’abord aux services administratifs de tout poil, qui voient des majuscules partout. Je pense aussi à cette manie que nous avons tous d’en encombrer sans discernement les dénominations de lieux (dites « toponymes », ça fait meilleur genre), a fortiori si ces derniers jouissent d’un quelconque prestige. Eh bien ! sachez-le, la notoriété d’un site, aussi majestueux soit-il, ne se mesure pas à la taille des lettres qui composent son nom.

La règle générale dit ceci : lorsque le nom d’une entité géographique est composé d’un terme générique (baie, cap, fleuve, golfe, île, mer, mont, piton, etc.) et d’un mot spécifique, c’est ce dernier qui prend la majuscule. Voilà pourquoi l’on doit écrire « île de La Réunion », « océan Indien » et, n’en déplaise à tous les sujets dévoués de la reine Maj, piton de la Fournaise, col du Taïbit, cirque de Mafate, coteau Kerveguen, roche Plate, plaine des Tamarins, îlet des Orangers ou encore, rivière des Galets. 

Mais, c’est bien connu, toute règle comporte ses exceptions : Bassin parisien, Bassin aquitain, Massif armoricain, Pays basque ou encore ce Bocage normand cher à mon cœur. La plupart des spécialistes de la langue ne s’attardent même plus à énoncer la raison d’un tel traitement de faveur, pour peu qu’il y en ait une. Les plus audacieux vous diront que c’est le nom générique qui prend la majuscule quand le terme spécifique est un adjectif précisant à lui seul la situation géographique et que dès lors, il n’est nul besoin de l’affubler d’une capitale. Pourquoi pas ? 

Vous suivez toujours ? Si c’est le cas, j’espère que vous ne décrocherez pas lorsque vous saurez qu’il existe également une brochette de sous-règles :  

— quand le toponyme vient en complément d’un substantif. Il est alors considéré comme un nom propre. En conséquence, le terme générique et l’élément spécifique, reliés par un trait d’union, prennent tous les deux la majuscule. Exemple le plus fréquemment cité : le mont Blanc, mais le massif du Mont-Blanc ;

— quand le lieu en question est une unité administrative ou politique (pays, région, ville, quartier…). C’est cette fois le terme générique qui endosse la majuscule, sauf si le mot spécifique est un nom propre. D’où la distinction entre la plaine des Palmistes (le lieu) et la Plaine-des-Palmistes (la commune). En revanche, on écrira à bon droit « pays de Galles » ou « principauté de Monaco » ;

— quand le toponyme est un surnom géographique. Dans ce cas, l’usage veut que l’on en mette une capitale à tous les noms et aux éventuels adjectifs antéposés. Exemples : la Côte d’Azur, la Côte d’Émeraude, le Nouveau Monde ou, plus près de nous, le Sud Sauvage. 

Pas simple, tout cela…

Je vous avais prévenu, les chemins de la majuscule sont parsemés d’embûches. C’est pourquoi avant de vous quitter, je tiens à saluer ceux d’entre vous qui ont eu le courage d’aller jusqu’au bout de ce billet, mes « Finishers » en quelque sorte. Avec un « F » majuscule, j’y tiens, vous l’avez bien mérité. 

K. Pello

Pour poursuivre le voyage dans le labyrinthe de la langue française, consultez le blog : N’ayons pas peur des mots

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