[Chronique dans le noir] La beauté de la vie dépend de ton regard…

LE COMBAT D’AMANDINE CUZIN À LA RÉUNION

Aujourd’hui la chronique dans le noir vous emmène à Saint-Denis à la rencontre d’Amandine Cuzin qui nous fait honneur de sa présence sur notre île et nous partage sa joie de vivre ainsi que le fort témoignage qu’elle veut nous transmettre. 

Je connais Amandine Cuzin depuis son arrivée sur notre île. C’est une femme qui a énormément de mérite, son parcours est remarquable.

Pour vous lecteurs, lectrices de Parallèle Sud, elle nous raconte…

« Bonjour, je m’appelle Amandine, j’ai 43 ans, et j’ai perdu la vue il y a presque 10 ans, suite à un diabète insulino dépendant, pas du tout équilibré.

À cette époque je conduisais, je faisais les saisons en restauration, alors quand on m’a annoncé que je ne retrouverais pas la vue, même si je l’avais compris toute seule, il m’a fallu m’adapter différemment aux choses de la vie courante.

J’ai été suivie par un très bon chirurgien en métropole, et elle m’a donc dirigé vers un centre de rééducation car on ne peut pas appréhender certaines choses, ni apprendre tout seul. L’entourage est très important mais les professionnels également.

Apprendre la canne électronique

Ce genre de centre de rééducation est très bien, on m’a appris à me déplacer avec une canne blanche, on m’a montré des choses à propos des nouvelles technologies, donc je navigue personnellement très bien sur Internet et je gère la majorité de mes papiers toute seule, mais je me confronte très souvent à des sites pas forcément accessibles pour les déficients visuels, ce qui est très compliqué pour certaines démarches.

Quand je me déplace avec quelqu’un et que l’on s’adresse à la personne qui m’accompagne, j’ai juste envie de répondre que mes yeux ne fonctionnent pas, mais mon cerveau et mes oreilles marchent très bien.

À mon arrivée à la Réunion, j’ai pris contact avec Aurélie Bouitier, une Instructrice en locomotion au top, qui m’apprend la canne électronique, ce qui me permet de garder de l’autonomie pour mes déplacements du quotidien, même si ça demande beaucoup d’attention et de courage.

Il ne faut pas croire que la vie s’arrête quand on perd la vue. Personnellement, j’aime aller danser, je fais du sport, je cuisine, je m’occupe de ma maison toute seule, je vais souvent à des concerts ou des activités de plein air. Même si pour certaines choses, il me faut évidemment être accompagnée comme des courses dans les hypermarchés. En revanche, une fois que le trajet a été appris, je peux prendre le bus, aller à la pharmacie, aller au tabac…

C’est normal d’avoir peur

Souvent,  les gens, par bienveillance veulent nous aider, mais ça peut être très déstabilisant pour nous, je pense donc qu’il est préférable d’attendre qu’on demande de l’aide avant d’intervenir.

J’ai décidé de venir m’installer ici il y a maintenant un an. Il me faut apprendre à me déplacer dans Saint-Denis toute seule, ce qui est relativement effrayant. Mon acuité visuelle est inférieure à 1/20 et c’est normal d’avoir peur des gens autour, de la circulation, des trottoirs, pas forcément accessibles. Faire confiance à une canne qui mesure 1,20 m et qui est constituée d’aluminium et de plastique.  

Je ne connais la Réunion que sans mes yeux. Je suis venue une première fois en 2019, et je suis tombée amoureuse de cet endroit.

 Il y a ici des centres de rééducation également, et je pense que c’est important de passer par ce biais pour réussir à garder de l’autonomie et continuer à avancer. Il faut savoir qu’il y a différents types de rééducation en fonction de l’âge. Il y a des centres pour les enfants, pour les adultes, mais aussi pour les seniors.

Manger les yeux bandés

Les gens ne sont pas forcément au courant et je pense que c’est important de le savoir. 

Souvent des gens me demande s’ils peuvent me poser des questions sans avoir l’air ridicule. Je leur dis qu’il n’y a absolument aucune question ridicule, et que ce qui est logique pour nous non-voyants ne l’est pas forcément pour quelqu’un qui voit. 

J’ai d’ailleurs des amis qui vont se prêter au jeu de manger les yeux bandés, la curiosité n’est pas forcément un vilain défaut ! 😉

J’aime souvent dire que la beauté de la vie dépend de ton regard, et je le répète, cet article est mon point de vue personnel et mon expérience de vie, et je pense qu’évidemment c’est différent pour chaque mal ou non-voyant. 

En tous les cas, une chose est sure, c’est que depuis que j’ai perdu la vue, je vois la vie différemment, et j’ai réellement appris à me concentrer sur mes essentiels.

Refus de logement

Je suis quelqu’un de très souriante et positive, mais il faut bien comprendre que c’est un combat de tous les jours. J’ai été confrontée ici à des refus de logement. J’ai visité 11 appartements et on m’en a refusé neuf.

Même avec des revenus corrects, les agences refusent de prendre les non-voyants, et je trouve que c’est un réel problème déjà pour les gens lambda, mais encore plus pour nous. 

Face à cette difficulté, j’ai fait une demande de logement social, et j’ai voulu contacter une assistante sociale, non pas pour qu’elle fasse les choses à ma place mais pour qu’elle m’explique par quel biais passer pour des renseignements sur le handicap et entre autres le logement. On m’a dit qu’il fallait se déplacer, sauf que je venais d’arriver, j’ai très peur de me déplacer toute seule donc j’ai essayé de lui expliquer, mais je n’ai pas eu mes renseignements par téléphone. Elle a insisté en me disant qu’il fallait se déplacer. Je n’ai donc pas eu moyen d’avoir mes renseignements.

Le handicap fait peur

Le déplacement ici est très compliqué, il y a des activités, mais pour y participer il faut souvent aller dans le sud et je peux vous assurer que même avec les cars jaunes, qui sont pourtant plutôt pas mal au niveau de l’accessibilité, c’est très long avec souvent des changements, selon l’endroit où l’on va et très fatigant car tout ce que nous faisons en tant que non-voyant, nous demande beaucoup plus d’énergie et beaucoup plus de temps. Même si je suis en train d’apprendre, pour l’instant j’ai peur. J’ai heureusement trouvé une annonce d’un propriétaire particulier vraiment bienveillant, et grâce à ça j’ai pu trouver un logement.

Je pense, et je comprends que le handicap puisse faire peur, mais avant d’être des handicapés, nous sommes des personnes à part entière, et quand je me déplace avec quelqu’un et que l’on s’adresse à la personne qui m’accompagne, j’ai juste envie de répondre que mes yeux ne fonctionnent pas, mais mon cerveau et mes oreilles marchent très bien.

J’ai été, et je suis toujours quelqu’un de très indépendant,  mais il ne faut surtout pas avoir honte de son handicap et de qui nous sommes, et même si je sais que ça peut être compliqué de demander de l’aide, il vaut mieux faire cela plutôt que de se perdre dans les rues, ou perdre son temps et son énergie, et finir par s’agacer sur quelque chose.

Je viens de partager avec vous, une petite tranche de vie et j’espère sincèrement que cet article aura pu répondre à certaines questions ou à lever certains doutes sur la non voyance et surtout n’oubliez pas que malgré tous les problèmes que l’on peut avoir il faut garder le sourire, même si certaines situations sont compliquées  !  Merci à toutes et tous d’avoir pris le temps de me lire.»

Amandine

Je vous joins les coordonnées des différents centres de rééducation présents sur l’île : 

Pour les adultes  : 

SAMSAH DV Sud – Pôle Sensoriel

11 B, rue des Pétrels

97450 Saint-Louis

Téléphone : 02 62 55 27 00

Email : samsahdv974@irsam.fr

SAMSAH DV Nord – Moufia

40 rue Roger Guichard

97490 Sainte Clotilde

Téléphone : 02 62 21 64 96

Email : samsahdv974@irsam.fr

Clinique Horus

4bis boulevard de Verdun

CS 51221 – 97829 LE PORT CEDEX

02 62 71 72 70

Pour les enfants : 

La Ressource Sainte-Marie

44 rue Abbé Pierre

97438 Sainte-Marie

Téléphone : 02 62 53 50 20

Email : ressource@irsam.fr

Pôle Sensoriel

11 rue des Pétrels

97450 Saint-Louis

Téléphone : 02 62 25 76 86

Email : antennesud@irsam.fr

14 rue 20 Jules Thirel

La Ressource Saint-Paul

14 rue Jules Thirel – Bât. A – local 28

97460 Saint-Paul

Téléphone : 02 62 45 36 40

Email : antenneouest@irsam.fr

Jean Philippe Sevagamy

A propos de l'auteur

Jean-Philippe Sevagamy

Jean-Philippe Sévagamy est non-voyant et membre actif de l'Association Valentin Haüy. Il surmonte son handicap en portant de multiples projets au profit des déficients visuels (DV). Il raconte comment « vivre dans le noir » pour les lecteurs de Parallèle Sud.