[Chronique] La croisière s’amuse

croisière bateau

N’AYONS PAS PEUR DES MOTS

Parallèle Sud accueille dans ses colonnes les critiques d’un dévoreur de phrases qui peut passer pour un sacré pinailleur.

On appelle cela l’énantiosémie. Ne craignez rien, c’est indolore. Derrière ce terme aux contours de maladie incurable se cache le fait pour un mot de signifier une chose et son contraire, une ambivalence, somme toute, autorisant des interprétations opposées et parfois source de confusion. Aussi, quand on se réjouit à juste titre du retour des croisiéristes à La Réunion, de qui parle-t-on ? Des organisateurs de croisières ou des touristes qui remplissent leurs bateaux en même temps que leurs tiroirs-caisses ? Des deux, mon capitaine. Ledit terme s’applique en effet tout aussi bien aux premiers qu’aux seconds. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, me direz-vous. L’avantage, c’est que lorsque l’on déclare que le retour des croisiéristes va faire le bonheur des… croisiéristes, il n’y a aucune chance de se tromper. Ça marche dans les deux sens !

« Croisiériste » n’est pas le seul mot de la langue française à bénéficier d’une telle particularité. Vous n’êtes pas sans le savoir, « hôte » désigne la personne qui reçoit et celle qui est reçue. « Apprendre » signifie que l’on acquiert des connaissances ou au contraire, qu’on les transmet. « Remercier » navigue entre gratitude et sanction. Une critique est tantôt un éloge, tantôt un réquisitoire. « Louer » exprime à la fois l’action de donner ou de prendre en location. « Chasser », c’est chercher à attraper… ou à faire partir. À cette liste déjà longue, on pourrait ajouter « adieu, bête, consulter, débloquer, déguster, dispenser, écran, drôle, gâter, jamais, personne, légume, licencier, malheur, mortel, terrible, trinquer » et quelques autres encore. 

Un petit dernier pour le voyage : selon Larousse (les autres dictionnaires acquiescent), le crépuscule désigne la faible lumière que donne le soleil peu après son coucher (crépuscule du soir) mais aussi peu avant son lever (crépuscule du matin). Vous l’ignoriez, n’est-ce pas ? Allez, ne dites pas le contraire !

K.Pello

Pour poursuivre le voyage dans le labyrinthe de la langue française, consultez le blog : N’ayons pas peur des mots

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