Chronique ordinaire d’un naufrage dans l’océan Indien.

Une du Quotidien de la Réunion et de l’Océan Indien, le jeudi 2 septembre 2021 : « Désunis contre la vie chère »

Cet article souligne l’impuissance de l’État et la contestation des consommateurs face au refus de la grande distribution de s’engager  ensemble pour lutter contre la hausse des 153 produits du bouclier qualité-prix. Ce dispositif, né des nombreux mouvements sociaux de Réunionnais contre les prix pratiqués à l’île de la Réunion, a été renforcé à l’issue du mouvement des gilets jaunes. Les acteurs économiques, nos mandataires et l’État trouvent maintenant une excuse incontestable pour enterrer le dispositif.

Bien, sûr ni le plan de relance, ni les impôts qui pèsent sur les prix ne sont considérés dans l’équation 

Les petits sont tels des funambules marchant sur le fil tendu que la société à bien voulu tendre au-dessus de l’abîme qui les menace.

La France a négocié ferme pour que l’octroi de mer, une aberration du droit Européen, soit prolongé 5 ans de plus  et il est bien sûr hors de question de regarder de ce côté. Les dérogations au droit sont légion en Outre-Mer. C’est pas parce-que nous allons plonger dans encore plus de misère qu’il faudrait songer à y remédier.

Dans le même temps, le Préfet met en scène la signature d’un engagement non contraignant avec les producteurs de viande de l’île. La communication est soignée et laisse à penser que les prix de la viande vont être stables : Les éleveurs se sont engagés à ne pas répercuter la hausse du prix des aliments destinés à leur cheptel sur les consommateurs. Néanmoins, une autre musique discordante se fait entendre : les petits éleveurs, les artisans qui transforment les produits dans cette filière n’ont pas signé cet accord. À la Réunion comme partout, les petits sont tels des funambules marchant sur le fil tendu que la société à bien voulu tendre au-dessus de l’abîme qui les menace. Que contient donc cet accord que l’État se félicite d’avoir négocié ? 

4 dispositifs sont déployés : les services de l’État vont être mobilisés pour objectiver les prix, suivre avec les acteurs concernés l’évolution du prix, la surveillance et la vérification des coûts et des prix et enfin l’accompagnement des professionnels dans la mise en œuvre de régulation des augmentations de prix.

Pas étonnant que seuls les groupes industriels aient signé cet accord. Cet accord n’engage aucunes des parties. Les signataires sont fiers d’annoncer aux Réunionnais qu’ils vont surveiller les coûts du fret, des matières premières et réguler les prix. Autrement dit, ils s’engagent à faire ce qu’ils font déjà. Toute entreprise sérieuse fait ce travail.

Une colonie régionalisée

Les petits agriculteurs, les petits éleveurs vont devoir affronter seuls la hausse des coûts et subir la concurrence déloyale de ce qu’on ose appeler la  » loi » du marché globalisé.

Une autre menace prend de plus en plus corps sur l’île.

Les Réunionnais vivent dans une colonie régionalisée. Les lois de la République Française sont adaptées par la corruption locale. Un des exemples emblématiques est la gestion des déchets. La loi n°92-646 du 13 juillet 1992 n’est toujours pas mis en œuvre sur l’île. Avec près de 30 ans de retard, les conséquences aujourd’hui laissent présager du pire pour la bio-diversité richesse de l’île et la santé de la population : Les  déchets ne partent plus de l’île. Seul le secteur privé proposent des filières de recyclage. Malgré une hausse non négligeable du secteur ces dernières années, les principaux investissements se sont orientés vers l’exportation de notre pollution dans des filières rentables. Or, les containers ne partent quasiment plus de l’île, leur coût ne cesse d’augmenter.

Les déchèteries refusent de récupérer les ordures. Les déchets dangereux s’accumulent sur les points de stockage déjà saturés. Derrière les beaux paysages de cette île, se cache une pollution omniprésente issue de l’incivilité des Réunionnais et des entreprises. Aujourd’hui, la Réunion championne de la région pour la consommation croule sous ces ordures.

Enfin, je vous propose de prendre du recul sur la situation des Réunionnais qui ne cesse de se dégrader et regarder ce qu’il se passe autour de cette île.

 Les anciennes colonies françaises, Madagascar et les Comores souffrent dans l’indifférence internationale. 

Les ignominies qui frappent les peuples autour de La Réunion sont le reflet prophétique de son avenir.

Plus d’un million de Malgaches sont en train de mourir de faim, pendant que les élites profitent de la fermeture des frontières qui a stoppé toutes les contre-bandes, pour s’enrichir toujours plus.

Les Comoriens nous disent que leurs îles sont devenus, je cite « l’enfer ». Le putschiste actuellement au pouvoir a fait modifier la Constitution pour rester au pouvoir en 2019. Il accentue sa politique de terreur : Les Comores n’ont plus de Justice. Les crimes restent impunis et les contestataires sont emprisonnés. Il n’y a plus de procès, il ne reste que la peur. Les faits divers, les atrocités deviennent quotidiennes et sont commises  en toute impunité. J’ai entendu nombre de récits atroces.

 Au même moment, Le Préfet reçoit leurs responsables politiques en grandes pompes pompe sur l’île. Les ressortissants arrivés sur l’île grâce à notre obligation de soins dans la région, font tout pour ne pas rentrer chez eux. Et même dans cette île citée en exemple pour sa tolérance, le racisme s’est ancré chez certains Réunionnais.

Je n’ai pas d’informations précises sur notre « île sœur », Maurice.

Néanmoins, la principale ressource des Mauriciens est issue du tourisme. Les frontières fermées, j’en suis convaincu, tuent plus que la pandémie.

Si la majorité des Réunionnais courbe encore l’échine face aux conséquences de décisions misanthropiques soutenues par la France, je me demande sérieusement jusqu’à quand ils tiendront cette posture. Les liens historiques et généalogiques qui les unissent aux populations de la région océan Indien sont une source de tension grandissante avec la République Française. Les ignominies qui frappent les peuples autour de La Réunion sont le reflet prophétique de son avenir. 

La France qu’on ose encore appeler le pays des Droits de l’Homme sème la mort dans son sillage   et des voix s’élèvent, minoritaires pour l’instant qui interrogent : Le peuple Réunionnais n’aurait-il pas un meilleur avenir sans la condescendance de la France ?

La Constitution Française offre aux Doms-Tom la possibilité de l’autodétermination. Néanmoins, l’île et la région sont une zone géostratégique de premier ordre. Cette insoumission qui se lève fait l’objet d’une intimidation incessante et croissante.  Les manifestants sont convoqués et sont sommés d’expliquer leur participation aux manifestations. Le procureur lance sans cesse des procédures au moindre incident, fussent-ils mineurs ou fictifs. Les frais de justice ne cessent de peser sur ceux qui osent porter un autre discours que celui de l’État.

Voyez-vous chers compatriotes, les amoureux de la France, du préambule de la constitution qui prend appui sur la déclaration des droits de l’homme, ces amoureux donc, sont désenchantés aujourd’hui. Si la France est un phare des droits de l’homme, il semble que sa lumière se soit éteinte et que le gardien est mort. 

Aujourd’hui, ce sont les tentacules de l’avarice qui étreignent les ultramarins. Demain, la Métropole ne sera pas épargnée.

Olivier Mussard

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