[Chronique] Vous vous sentez chafouin ?

chat

N’AYONS PAS PEUR DES MOTS

Parallèle Sud accueille dans ses colonnes les critiques d’un dévoreur de phrases qui peut passer pour un sacré pinailleur.

L’autre jour, histoire d’adoucir mon incontournable séance quotidienne d’embouteillages, j’écoutais sur les ondes de l’émanation locale d’une radio bien connue une chronique de plus consacrée au Mondial qatarien — remarquez que sur le plan sportif, le bougre est plutôt plaisant, n’en déplaise à certains — quand l’un des deux animateurs de l’émission lança en direction de son acolyte : « Je vous sens chafouin après la prestation des Bleus contre la Tunisie »

Chafouin, tiens, tiens… Ce n’est pas le mot que j’aurais choisi en pareilles circonstances et l’intéressé non plus d’ailleurs, je suis prêt à le parier, s’il avait su le sens exact de ce terme trop souvent martyrisé par l’usage courant. Car contrairement aux idées reçues, point de signe de mauvaise humeur, de morosité, d’inquiétude ou de chagrin dans cet adjectif-là ! Improbable accouplement « animalier » du « chat » et du « fouin » (ancien masculin de fouine), « chafouin » n’est rien d’autre que le synonyme de « sournois », de « rusé ». 

Mais foin de la sémantique ! Sous l’action destructrice des petits malins d’usagers que nous sommes, le mot n’en finit plus de s’éloigner de son sens originel, le seul pourtant reconnu à ce jour par les ouvrages de référence. Et comme souvent, les médias sont les premiers à porter la mauvaise parole. Jugez-en plutôt !

« C’est un Guillaume Peltier chafouin qui s’est exprimé ce matin alors que son candidat a connu une semaine compliquée. » (Paris Match)

« S’il affirme souvent ne pas se soucier de ce classement de valeur historique, LeBron James peut malgré tout se montrer chafouin. » (Parlons Basket)

« De son côté, Jim Toullec était forcément plus chafouin, « nous n’avons absolument pas mis les bons ingrédients aujourd’hui. Il faut se dire les choses,… » (Ouest-France)

Pour tout dire, j’ai eu beau fouiner sur le net, je n’ai trouvé aucun emploi correct du vocable dont il est question aujourd’hui. J’aurais dû m’en douter. N’était-ce pas, en effet, comme chercher une aiguille dans une botte de foin ?

K.Pello

Pour poursuivre le voyage dans le labyrinthe de la langue française, consultez le blog : N’ayons pas peur des mots

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