Un virus ? Ce truc bizarre qui fuse de New-York à Saint-Pierre

[CRITIQUE CINÉMA]

Et si « That cold dead look in your eyes » débusquait les origines de la folie…

Interview de Franck Raharinosy et Alan Ceppos.

« Tes Yeux mourants / That cold dead look in your eyes », film fantastique et comédie de Onur Tukel (2021). Fiche IMDb. Cinéma Rex, Saint-Pierre, dimanche en fin d’après-midi. Un jeune homme et un moins jeune attrapent une petite foule au lasso et la précipite dans la salle obscure. Le « gamin » Franck Raharinosy — né à Madagascar, enfance à La Réunion — vit à New-York depuis 25 ans. Alan Ceppos affiche quant à lui une famille de cinq générations dans « Big Apple ». Tous deux acteurs, ils ont co-produit « That cold dead look in your eyes », tourné à New-York en cinq semaines en octobre 2019 et réalisé par Onur Tukel, cinéaste turco-américain.

Cette petite pépite du cinéma indépendant est projetée à La Réunion grâce aux hasards des chemins de vie qui ont fait se croiser le Franco-Malgache avec le patron des cinémas ICC. Heureux hasard sans lequel le film n’aurait jamais touché ma pupille. Et peut-être la vôtre.

Dès l’entrée, on plonge dans le métissage de deux langues : le français avec accent et l’américain cosmopolite. Ça n’est pas marqué sur l’affiche, mais le deuxième (premier?) nom du film est « Tes yeux mourants ». Le réalisateur métisse aussi les styles : le noir et blanc et la couleur ; la comédie, la romance et le fantastique. On rit plus qu’on ne frissonne, mais d’un rire cold.

Léonard (Franck Raharinosy) est en chute libre. Il a merdé dans son couple. Il cuisine de la shit ce qui est plus que fâcheux quand on est cuistot. Dans son lent naufrage, il doit faire face au tsunami de l’irruption de son fantasque ex-beau-père, Dennis (Alan Ceppos), l’homme dont les intestins rejettent des « monuments ».

« That cold dead look in your eyes » magnifie le cauchemar, le burn out.

Dans la vraie vie Franck Raharinosy dirige une franchise de restaurants branchés, de New-York à Toronto, selon le concept du mélange (un de plus) du ping-pong et de la gastronomie cool, Spin. Mais là, mise en abîme : il est l’acteur et le cuistot- looser : le type n’explose pas, il implose. Et ça fait le charme de son personnage : pas de cri, ou très peu.

Pourtant ça cogne dans sa tête et dans son paysage. Les yeux révulsés, les plaies, le vacarme de la ville. Ça cogne dans les normes sociales où des images de pogo homo chevauchent les scènes du romantisme conventionnel.

Paradoxe du choix artistique, la photographie léchée en noir et blanc renverse les scènes en couleur jusqu’à faire pâlir cette réalité qui s’estompe. « That cold dead look in your eyes » magnifie le cauchemar, le burn out.

Ecrit avant l’arrivée de la pandémie dans nos sociétés, le film a mis deux ans avant de sortir. Ce décalage temporel risque de le précipiter dans l’oubli du cinéma indépendant. Et pourtant, il est en pleine actualité car il y a bien un « truc bizarre », un virus, qui éclaire le scénario. Si ce n’est le Covid, ce sera la 5G. Le clignotement s’intensifie. Mais d’où proviennent ces maux de tête envahissants ?

Franck Cellier

A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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