En se signalant sur le site saint-pierrois de Bassin 18, le gecko vert de Manapany, lézard endémique menacé d’extinction, donne un bon exemple de restauration écologique d’un site laissé ouvert aux pêcheurs et promeneurs.
À l’occasion d’un conseil d’administration à Saint-Pierre, Ericka Bareigts, la présidente de l’Agence régionale de la biodiversité (ARB) a invité le 27 mars dernier les partenaires institutionnels sur le site de Bassin 18 afin de leur montrer une découverte que la scientifique militante Nicole Crestey avait révélée à Parallèle Sud il y a deux ans et demi : le gecko vert de Manapany, espèce endémique en voie de disparition, a colonisé de nouveaux territoires, à Bassin 18 et Pierrefonds.
La maire de Saint-Denis a eu de la chance… ou les agents de la Civis (Communauté intercommunale des villes solidaires) ont bien géré le site et préparé la visite. Tout le monde a pu voir le Phelsuma inexpectata se faisant dorer sous les rayons du soleil, tranquillement accroché à sa branche de vacoas.
Cette découverte « inattendue », en référence au nom latin du lézard endémique, signe la richesse écologique du littoral de Terre Rouge. Pourtant la zone était relativement sale voire polluée avant que la Civis, en partenariat avec le Conservatoire du littoral, s’engage à sa restauration.
Découvert il y a 5 ou 6 ans
« C’est un agent à nous qui l’a découvert assez fortuitement, il y a cinq ou six ans, en s’occupant du site de Bassin 18 », explique Vincent Belon, responsable du service écologie urbaine et rurale à la CIVIS. Le petit gecko, aux reflets émeraude, est normalement cantonné au Sud sauvage, dans une zone restreinte autour de Manapany-les-Bains. Sa présence sur les hauteurs du bassin 18, soulève encore bien des questions.
« On ne sait pas s’il s’agit d’un vestige d’une ancienne population — son aire de répartition avant l’arrivée de l’homme devait être bien plus large — ou s’il s’agit d’une réintroduction accidentelle de quelques individus », poursuit-il.
Depuis cette découverte, le site de Bassin 18 est l’objet de toutes les attentions. En lien avec l’université et l’association NOI (Nature océan Indien), la Civis a revu son plan de gestion écologique pour favoriser la préservation de ce reptile discret. Trois espèces végétales ont été sélectionnées pour maintenir un couvert végétal favorable : le vacoa, le latanier et le manioc bord de mer.
Concilier accès public et protection de la biodiversité
« On a revu un peu nos ambitions à la baisse. On s’est dit qu’on allait se baser sur deux ou trois espèces végétales les plus favorables possibles au maintien de cette population », précise Vincent Belon. « Le gecko ne chemine pas au sol, donc on essaie de créer un couvert végétal en hauteur tout en laissant des couloirs de circulation pour les usagers. »
Des œufs ont été observés dans les infractuosités de roches et dans les vacoas, preuve que la population se reproduit localement. Autre atout de taille : le site semble pour l’instant épargné par les espèces concurrentes ou prédatrices comme l’agame des colons ou le gecko malgache. Un petit sanctuaire s’est peut-être formé ici, par hasard ou par miracle.
« C’est une toute petite population, mais elle est là. Et son nom, inexpectata, prend tout son sens ici : on ne l’attendait pas du tout à Bassin 18. » Malgré cette rareté, la philosophie du Conservatoire du littoral reste inchangée : concilier accès du public et protection de la biodiversité.
« Il n’est pas question d’empêcher les gens de venir profiter du site. Au contraire. La zone est très fréquentée, et les usagers la respectent énormément. Ça nous permet de rester concentrés sur notre mission première : la restauration écologique. On cumule un intérêt patrimonial, culturel, paysager, floristique et faunistique. Ce site est… merveilleux », conclut Vincent Belon.
Franck Cellier
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