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Cyclo-journalisme : l’éloge de la curiosité  

Cyclo-journalisme ? Kesako ? Le matin du lundi 22 juin, quand on part avec Franck, on a une idée très vague de ce que va être cette première journée de notre nouveau projet de journalisme 2.0. Pas une nouvelle avancée technologique, mais plutôt un retour vers la lenteur, vers la décroissance. L’objectif de la matinée, c’est notre rendez-vous avec Chloé Bernet, directrice de l’association Nature Océan Indien, qui s’occupe de la protection du gecko de Manapany et de celui de Bourbon. Rendez-vous donné à 9 h 30. On fonce direction Manapany et la maison du Gecko. 

Arrivés sur place, la mer est agitée et des barrières ferment l’accès au bassin. Je m’aperçois que je me suis trompé de point de rendez-vous. On aurait dû s’arrêter 25 minutes plus tôt. Je passe un appel. Problème résolu, Chloé Bernet va nous rejoindre. L’interview se déroule dans le calme du jardin de la maison du Gecko, Franck s’occupe de poser les questions, j’en profite pour partir à la chasse aux petits reptiles péi. Au départ, je peine à les distinguer à travers les feuilles de vacoa. Vert sur vert. Je suis pas daltonien mais c’est quand même un exercice pour mes yeux. Finalement, au bout de quelques minutes, j’en distingue un le long d’un arbre. On joue au jeu du chat et de la souris.

Cyclo-journalisme
Gecko de Manapany – Maison du Gecko.

Je m’approche et il fuit. Alors je passe de l’autre côté. Rebelote. Finalement, après quelques minutes, il semble accepter ma présence. Alors je m’approche. La même chose se passe avec deux, trois autres spécimens. En quittant le littoral, on remonte voir où en sont les travaux du futur hôtel 4 étoiles de Manapany qui inquiète certains riverains. Entre nécessité économique de développer le tourisme et volonté de protéger les terres agricoles, les avis divergent. 

Petite pause travail à Saint-Joseph puis on reprend la route direction… on ne sait pas trop encore. Au croisement pour monter à Langevin, il pleut alors on s’abrite sous un abribus. On entame la discussion avec un gramoun. Il nous parle du quartier de La Passerelle, cinq kilomètres plus haut, où il n’y a plus ni école ni boutik. On décide d’aller voir. La route est pentue mais rien de bien dur pour moi et mon vélo avec assistance électrique. C’est un peu plus physique pour Franck, mais je ne m’inquiète pas, le boug est né avec un guidon dans les mains et des pédales au bout des pieds. 

Franck envoie dans la montée de Langevin.
Snack fermé du côté de Langevin.
Saint-Expédit et Vierge Marie sur la route qui mène à La Passerelle.

Au bout de 20 minutes, on aperçoit l’ancienne boutik puis la passerelle qui donne son nom au quartier. Franck se souvient de l’emplacement de l’école pour y avoir dormi en 1994. Effectivement, l’école est toujours là mais elle est à l’abandon. On dirait même que les élèves ont fui la veille, laissant cahiers et manuels scolaires éparpillés dans une des salles. On croise un chien, aussi perdu que nous. 

 On fait le tour du quartier, on aimerait croiser des gens pour en savoir plus. 100 mètres à peine et on croise la route de Christian Duchemann et Jean-Jacques Mussard qui cassent la blague le long de la route. On apprend que la « nouvelle » école a fermé en 2013 suite à des éboulis. Que selon eux c’était pas si grave que ça, des éboulis ils en ont vu pleins depuis qu’ils sont nés dans ce quartier, mais cette fois-ci, une habitante avait alerté Freedom et donc le maire a voulu montrer qu’il prenait pas ça à la légère. 

Entrée de l’ancienne école de La Passerelle.
Salle de l’école abandonnée de La Passerelle.
Jean-Jacques et Christian, à La Passerelle.

Christian et Jean-Jacques ont le sourire, pleins d’histoires à raconter. Les truites pêchées à Cap Blanc, village abandonné plus haut sur la route, étaient bien meilleures que celles qu’on peut pêcher au niveau de La Passerelle. Avant, il y avait un terrain militaire et les soldats se baladaient en treillis, parfois l’arme à l’épaule. Ça en jetait et les marmailles craignaient de les croiser. D’ailleurs, Jean-Jacques raconte qu’à l’époque, les gosses préféraient sauter dans la rivière Langevin plutôt que de croiser la route des gendarmes. Mais bon, tout ça c’est loin maintenant. Comme les histoires de la boutik qui est fermée depuis des années. 

Maintenant, il faut descendre jusqu’à Saint-Jo avec le bus pour faire ses courses. Peut-être que La Passerelle sera le futur Cap Blanc, mais ça, il faudra qu’on revienne pour raconter la suite. De toute façon faudra revenir car j’ai promis à Christian et Jean-Jacques que je leur donnerai leurs photos en main propre. J’ai promis. Alors je reviendrai. 

Ancienne boutik de La Passerelle.
Fin de journée, la rédaction de Parallèle Sud s’invite à Vincendo.

On est redescendus jusqu’à La Marine de Vincendo pour trouver un abri pour la nuit. On espérait trouver un kiosque, finalement ce sera hamac et bâche pour nous abriter de la pluie qui va sûrement arriver. Demain, on a rendez-vous avec le premier adjoint au maire de Saint-Joseph. On a plein de questions à lui poser. 

Vincendo, le 22 juin 2026

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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