La Réunion était une forêt tropicale façonnée par 30 millions d’années de contradictions naturelles. Aujourd’hui, nous avons sous les yeux le résultat d’un peu plus de 300 ans de confrontation humaine avec une nature généreuse et abondante, vantée par les navigateurs qui l’abordèrent. En examinant les dégâts réalisés sur cette infime fraction de notre existence, seule la jouissance de biens matériels trahit la violence imposée, à la nature et aux siens, par quelques individus. Ce rapport de classe perdure.
Le retour de bâton.
Quelques individus se sont partagé l’île. La vie sociale a démarré sur le littoral, située à l’endroit précis où les contradictions naturelles entre l’eau qui déferle les pentes et les aléas de la mer sont au maximum. Ils ont défriché les pentes, asséché les zones humides et forestières. Par cupidité, ce pillage des trésors naturels à un prix. En 2025, La Réunion fait partie des 10 pays qui ont dépensé plus d’un milliard pour des catastrophes climatiques. Pourtant, Garance était modeste. Si les phénomènes cycloniques étaient une matière d’enseignement, les Réunionnais auraient su pourquoi il y a eu 165 morts, en 1848, avec des dégâts qui se chiffraient à plus de 2 milliards de francs, de l’époque. Aujourd’hui, l’urbanisation d’une bande littorale est incompréhensible, sauf à reconnaître, comme au début du peuplement, la collusion des forces de l’argent et des pouvoirs de décision.
La Commune réunionnaise.
Les Communes ont la compétence de l’aménagement de leur territoire. A La Réunion, elles ont été érigées, suivant les concessions foncières. Pendant longtemps, les Maires étaient des propriétaires terriens et d’esclaves. Ils ont rapporté dans la sphère publique les rapports de classe en vigueur dans la sphère privée. De nos jours, les privilèges exorbitants des Maires trouvent leur origine dans cet héritage historique, géographique et symbolique. Sur 24 communes, 3 ont été créées au XXe siècle : Tampon, en 1925; Petite Ile, en 2035 et Cilaos, en 1965. Les autres datent du 18e et 19e siècles. Une différence pour le Port, créé en 1895, et qui n’est pas issu de l’ère de la Plantation. C’est la seule qui a fait voter un plan d’aménagement réfléchi sur 40 ans. Elle s’est donnée des moyens, en faisant des acquisitions foncières dépassant 60% de son territoire ! Du jamais vu ! Bloquer la spéculation foncière, c’est protéger les générations futures de la violence du rapport de classe dans une société post-coloniale. L’endiguement de la Rivière des Galets est un autre exemple d’adaptation durable, entre besoins sociaux et défis environnementaux. Ailleurs, la crise est permanente. La population subit. On annonce des coupures d’eau et d’électricité comme si c’était un phénomène naturel. On se plaint des inondations et du mauvais écoulement des eaux de surface, en accusant la pluie…
Responsable et coupable.
L’accumulation du capital primitif prospère, en flattant les décideurs publics, dans le rôle de supplétifs sur la chaîne de l’extraction des richesses matérielles. La corruption active ou passive, morale ou financière, n’est pas loin. Une des conséquences de ce mode d’exploitation sophistiquée : des maires se félicitent d’être les plus gros employeurs de la Commune ! La seule différence avec le gros propriétaire d’antan, c’est sur le plan structurel. Désormais, l’argent public paye la prospérité du système : monopole, productivité, compétitivité. L’ensemble se nourrit de l’exploitation des travailleurs dans la sphère publique. En effet, les Maires accordent une rémunération exceptionnelle à une minorité de salariés; ils préfèrent gérer la pénurie mais pas l’unité de la fonction publique. Même les plus conscients de cette contradiction ne rassemblent pas les victimes pour organiser la lutte commune. Ils biaisent. Pendant ce temps, les grands commis de l’Etat passent : contrôleurs de légalité, juges administratifs, comptables payeurs …puis repartent avec des avantages et des honneurs, sans avoir réglé l’injustice flagrante.
La même mentalité irrigue le Département, couramment appelé le syndicat des Communes. Par exemple, les élus ont conclu que la gestion des allocataires du RSA revenait trop cher au budget de la Collectivité. Ils ont préféré rendre à l’Etat les 600 millions versés (plus d’un demi milliard) annuellement. Précisions que la décision a été votée à l’unanimité (preuve qu’on peut s’entendre). Par contre, ils supportent les dépenses de sur-rémunération, imposées par le pouvoir central, au budget de l’institution publique réunionnaise. Cette somme n’est pas compensée par un transfert de l’Etat, contrairement au RSA. Les Inter-communalité et les structures associées, toujours dirigées par des Maires, reposent sur une sorte d’entente de classe originelle.
Les Municipales de 2026.
Elles s’inscrivent dans le contexte des 80 ans de la loi du 19 mars 1946. A l’époque, les Réunionnais ont élu 2 députés à l’Assemblée Constituante . Ils ont agi en faveur d’un changement politique global. Ils parlaient d’une même voix. Aujourd’hui, nous en avons 7. Ils auraient pu se réunir, définir un projet de mandature et se poser comme porte-parole de toute La Réunion. Était-ce si difficile ? Du coup, 3 d’entre eux, veulent devenir Maires. Pour quelles compétences? Pour gérer la pénurie de logements et d’emplois ? La baisse des dotations et la montée du coût de la vie? La relation avec Paris et les pays voisins? etc. Tous ces sujets auraient pu être discutés, en tant que Députés avec le gouvernement. C’est raté ! Ils peuvent toujours proposer une nouvelle organisation de la proximité qui prenne en compte les innovations du monde hyperconnecté, les changements climatiques, l’évolution démographique, le scandale de l’empilement des postes électifs et des revenus, les menaces de guerres, de nouvelles frontières communales,.. ces sujets qui relèvent de la concertation citoyenne. Sans oublier la date butoir pour l’éradication de la pauvreté est 2030. Signé par la France, cet objectif du millénaire pour le développement durable (OMDD) s’impose aux Collectivités. Ces objectifs concernent aussi les présidents de l’Assemblées Régionales et Départementales qui s’affrontent directement sur la même Commune, à Saint Paul.
Pour instruire l’histoire des contradictions, la série de rencontres télévisées aurait pu interroger les candidats sur les Municipales de 1995 où le peuple a reconduit 23 majorités sur 24, dont 20 dès le premier tour. Le peuple qui vote, en son âme et conscience, dans le secret de l’isoloir, aurait été passionné d’entendre la mise en perspective historique. Trente ans après, ces leçons d’histoire auraient pu instruire le peuple.
Tout n’est pas perdu.
En effet, 26 personnes, (24 maires et 2 présidents d’assemblée), disposent d’un budget de plus de 4 500 millions sur un an, soit 30 milliards sur une mandature. Pour visualiser un milliard, prenez 1000 personnes portant chacune 1 million €. Prochainement installés, les 24 Maires vont débattre des Orientations de la Mandature 2026-2032. Vont-ils agir global et solidaire ou bien continuer chacun sur sa concession foncière? A ce niveau d’engagement des dépenses, par un tout petit nombre, il serait juste de procéder à une évaluation de la pertinence des dépenses publiques. On ne manquera pas de mettre en perspective les 45 milliards de Chiffres d’Affaires annuels, (publics et privés). La Commune réunionnaise a besoin de se débarrasser de sa vieille peau esclavagiste.

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