Plants de salades à donner - planter pour manger (photo JSG).

La gratuité, une riche idée ?

LIBRE EXPRESSION

Mais oui ! Ainsi en témoignent les espaces de gratuité : ces lieux où l’on peut déposer ce qui ne sert plus et prendre gratuitement parmi ce que d’autres ont apporté. On peut y éprouver ses
vertus : la gratuité libère et simplifie l’action en échappant au cadre réglementaire ; elle génère la convivialité et un autre « vivre ensemble » ; elle rééduque à l’usage et rend sa place à l’usager,
non plus consommateur passif, mais être conscient de ses besoins et de sa satiété ; elle crée de la richesse sans coût, en démultipliant les usages sans mise de fonds ou ressources
supplémentaires ; elle fait circuler la vie ; elle acte notre appartenance au commun ; elle nous fait adopter… le Présent.

Le paradigme marchand est fondé sur une croyance érigée en dogme : seule la production de biens en vue de leur échange sur un marché pourrait assurer notre subsistance. Le Vivant lui-même est devenue une marchandise, dans toutes ses formes – y compris la nôtre !

A la compétition, elle substitue la coopération

La gratuité renverse ce paradigme : la circulation sans contrepartie de biens et services entre libres contributeurs est génératrice d’abondance. On peut produire de nouveaux usages sans produire de nouveaux biens. Elle nous délie de la dette. Le don désintéressé nous relie sans nous lier. On n’est plus face à l’Autre, mais avec l’Autre. À la compétition, à la consommation, elle substitue
la coopération, à l’intérieur d’un commun, qui libère l’échange de toute tentation de calcul ou d’obligation – au point de rendre caduque la notion même d’échange.

La gratuité est tel un torrent : l’air de rien au départ, il peut redessiner tout un paysage une fois devenu fleuve. De même, le principe de gratuité, émergeant de l’observation des espaces de gratuité, peut refonder à la source notre manière de faire société…

Sentiment d’abondance

Mais la gratuité va bien plus loin et son application à d’autres champs (juridique, politique, relationnel et érotique, alimentaire…) est tout aussi pertinente. Sur tous ces plans, elle œuvre à faire
passer d’un échange duel à un partage dans le commun. Mieux encore : dénuée d’attente, elle génère de la satiété, un sentiment d’abondance, et plus largement de gratitude – tout advient grâce à toi, grâce à moi, grâce à nous. En cela, elle est un puissant ferment de concorde et de paix. Ce n’est pas la moindre de ses vertus à l’heure que nous vivons. Cultivons la gratuité !

Hugo Brisson, coordinateur Mocica

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