Cette estampe de Leveillé représente les « bustes moulés sur nature » par Dumoutier. Elle portent les mentions de Valentin Makoua Afrique orientale et de Makéra, Makoua, Afrique orientale. Muséum national d’Histoire naturelle, EST VOY 3, pl.21.

La mobilisation pour la restitution des crânes s’organise

Une quarantaine d’associations culturelles et militantes demandent la restitution des crânes d’esclaves réunionnais « collectionnés » au Musée de l’Homme de Paris. Elles se réunissent ce dimanche au Barachois. En soutien, le député Frédéric Maillot veut fédérer les revendications réunionnaises avec celles de Guyane et de Polynésie.

Dimanche après-midi les représentants d’une quarantaine d’associations se réuniront sur le Jardin des Libertés au Barachois à l’endroit où trônait il y a peu la statue de Labourdonnais, déplacé du fait de son passé esclavagiste. Cette réunion fait suite aux appels lancés par les associations Rasine Kaf et Ankraké après la révélation par Parallèle Sud de la découverte de crânes et de bustes d’esclaves réunionnais dans les collections du Musée national d’histoire naturelle à Paris. 

Archives de la Société d'anthropologie de Paris, déposées au Muséum national d'Histoire naturelle, SAP 155 (06) / 0088.
Ces « bustes moulés sur nature » issus de la Collection anthropologique portent les mentions Valentin (de profil) et Mahona (Afrique orientale). Mais il s’agit bien du même buste, celui de Valentin de face et de profil et la mention de Mahona pourrait être une erreur de transcription pour désigner son origine Makoua comme le laisse supposer son tatouage en forme de fer à cheval sur le front. Ce buste fait partie de l’album n°6, – Afrique : orientale, centrale, occidentale, équatoriale, médionale. Archives de la Société d’anthropologie de Paris, déposées au Muséum national d’Histoire naturelle, SAP 155 (06) / 0088.

Cet appel a déjà recueilli près de 70 signatures, à titre personnel ou issues de groupes culturels ou militants. « Nous nous réunissons pour décider ensemble les modalités de la poursuite de notre action », explique Ghislaine Mythra-Bessière, présidente de Rasine Kaf. En tout cas, les signataires sont déjà d’accord sur plusieurs points. 

Pour eux la valeur patrimoniale des restes humains arrachés de leur territoire d’origine est « inestimable ». Ils demandent à ce que la loi permettent le retour de ces « reliques » qui sont aujourd’hui gardées dans des musées du fait de l’inaliénabilité des collections nationales. Ils demandent la publication et la diffusion à un large public des archives actuellement conservées à Aix-en-Provence aux Archives nationales de l’outre-mer.

Pas chez Desbassyns

Ils demandent aussi la création d’un musée de l’esclavage pour y exposer les masques et bustes des ancêtres esclavisés ou engagés. « Ce lieu doit être un lieu public et non pas un lieu d’habitation d’anciens maîtres esclavagistes tel le musée Desbassyns par exemple, car ce serait faire preuve d’un manque d’éthique que de faire retourner ces restes humains sur le lieu de leur exploitation inhumaine », insistent-ils.

La démarche réunionnaise pour le retour des restes humains est nouvelle mais pas inédite. Au contraire elle s’inscrit dans la même démarche que la restitution de la Vénus Hottentote à l’Afrique du Sud, de têtes maories à la Nouvelle Zélande ou du chef kanak Ataï à la Kanaky. Elle intervient au moment où l’association guyanaise Moliko a suscité une proposition de loi pour que soit rendu les crânes d’ancêtres à la tribu Kali’nas.

Frédéric Maillot a rencontré Klara Boyer-Rossol

Cette semaine, dans l’émission de France 5 « C Pas si loin », Corinne Toka Devilliers, présidente de l’association Moliko, a explicitement lancé un appel à une action commune avec La Réunion. Les députés Karine Lebon et Frédéric Maillot se sont quant à eux rapprochés de leurs collègues guyanais et polynésien pour amender la proposition de loi à l’étude.

L'émission « C Pas si loin » de France 5 a abordé le projet de collaboration entre Guyanais et Mahorais pour obtenir la restitution de restes humains. (Capture d'écran)
L’émission « C Pas si loin » de France 5 a abordé le projet de collaboration entre Guyanais et Réunionnais pour obtenir la restitution de restes humains. (Capture d’écran)

Le député de la 6e circonscription a pris conseil la semaine dernière auprès de l’historienne Klara Boyer-Rossol, qui est à l’origine des récentes découvertes sur les restes humains de Madagascar, de Maurice et désormais de La Réunion. Elle a insisté sur le fait que le travail d’identification et de contextualisation est encore loin d’être terminé sur les crânes réunionnais : « Elle m’a dit qu’il lui faut encore au minimum un an de travail, parce que le musée est très peu sachant de sa propre collection », rapporte Frédéric Maillot.

Combat anti-colonial

Conscient du temps nécessaire qu’il faut laisser à la recherche, Frédéric Maillot entend cependant oeuvrer au rapprochement des divers territoires d’outre-mer concernés par les restitutions. Ce vendredi il organise une visio-conférence réunissant les associations Rasine Kaf et Moliko. « Je tiens à ce que les militants aient accès à toutes les infos, précise-t-il. En Guyane, en Polynésie et à La Réunion, nous menons le même combat anti-colonial pour la reconnaissance de nos peuples face à l’Etat français ».

Frédérique Maillot député
Frédéric Maillot organise ce vendredi 4 avril une rencontre pour fédérer les revendications de l’outre-mer sur les questions de restitution.

La visite d’Emmanuel Macron dans l’océan Indien (Mayotte, La Réunion, Madagascar et Maurice) entre le 21 et le 26 avril sera marquée d’au moins une étape mémorielle avec la remise de trois crânes sakalava, dont celui du roi Toera, à leurs descendants. Il pourrait en être également question à Maurice avec l’exposition des visages d’ancêtres confiés au musée international de l’esclavage à Port-Louis.

Le droit de mémoire pourrait donc s’inviter à l’étape réunionnaise. « On va lui écrire avant. On veut lui dire ce qu’on veut. Pas qu’il parle à notre place », relève Frédéric Maillot. Il demande lui aussi « une restitution pleine, réfléchie, contextualisée, fondée sur un travail scientifique rigoureux et une concertation territoriale et associative » et souhaite que « la mémoire des esclaves réunionnais soit honorée avec dignité, humanité et ancrage local.  Ce ne sont pas des objets. Ce sont nos ancêtre, nos morts. »

Franck Cellier

Photo mise en avant : Muséum national d’Histoire naturelle, EST VOY 3, pl.21.

Liste (non exhaustive) des signataires de l’appel

ARTISTIK FUSION FONKER:  Présidente Nadine SAM-CHIT–CHONG

Association ANKRAKÉ : Président Eric ALENDROIT

Association ASENM(Ass Sours Eritaz Nout Memwar) : Président  Jean David PELOPS

Association 1,2,3,FANM Présidente  Nini Bassonville

Association Nout FARFAR: Patrice SADEYEN

Association LANTOURAZ bann GAYAR LA BÉ Président Rudy GUEDJ

Comité MORING de Villèle: représentant Farid AUBRAS

DOMOUN ZAZALÉS: Représentant  Xavyé RIVIR

Eric NAMINZO Pro-FORMATEUR, CONSULTANT 

Fabienne FLORAMIR: Enseignante du premier degré

Editions JAKOTO, Président : Patrice SADEYEN

Association KAFPAB : Présidente Patricia PROFIL

Lantant LKRL LA LANG LA  KILTIR KREOL DAN LEKOL 

Président Giovanni PRIANON

Nathalie NEMER : En Son nom  personnel

Komité ELI : Président Yvrin ROSALIE

Komité PANGAR  : Président  : TYP EMOTSTION

Association LABEL FRÈR2SON : Président : Nathaniel MITHRA-FONTAINE

Association  NOUT MEMWAR ek  NOUT PATRIMWANE: Présidente: Alexandrine DUCHEMANE ARAYE

Association RASINE KAF : Présidente Ghislaine MITHRA-BESSIERE

Association RASS (Rézo Artistik e Sosiokiltirel): Présidente Flora  ARZEUX

 TI SOMIN GRANSOMIN: Président Gaël VELEYEN 

Association UNIS vers CITÉ PEÎ: Président Manuel VERGINE

Soubaya Luçay PERMALNAîCK en son nom personnel

TECHER WILLY dit Babou B’Jalah Fonkézèr

CATIJAMS Artiste Plasticienne

L’association LA FE NWAR Judith PROFIL dit Kaloune

BANN ROULERKILLER, Président Jean AMEMOUTOU

Marie-Ange THEBAUD en son nom propre

Florence BOYER, Chorégraphe

Association MIARO, Charlotte RABESAHALA, anthropologue

Patrice ATCHICANON  en son nom propre

Sophie ROTBARD Art Sénik

Mathieu LAUDE-PERSÉE Komité Rényoné Panafrikin

Paelle GIGAN Artiste-musicien

Soa RAVELO  Artiste musicienne

Sofy  DJIBRIL En son nom personnel

Association LANTOURAZ LÉ’O Kalou Tanka

Patrice  PAYET En son nom propre

Monique  TURPIN En son nom propre 

Marie Noëlle PAVOT En son nom propre 

Cathy SINGAïNY Auteure, Artiste Conteuse

Angelina IMIRA : En son nom propre

Lionel RIVIERE En son nom propre

Annaëlle LATCHIMY Artiste 

Natacha RADIA Chorégraphe 

Lolita MONGA Autrice, Comédienne

Virgine SANGANI En son nom personnel

Fabrice Bonn ‘Erick en son nom propre

Julie AROUBANI En son nom propre

Marmay Gayar TRADISYON  Gaêl MAILLOT

Association KOURANBRIZAN Réunion  Président GIANNI

Zandré  JORON En son nom propre

Association BATTLEDELOUEST: Président Shany ARZEUX

Lola LAVIGNY En son nom propre

Nicolas SERY : Artiste musicien

Eric NAMINZO formateur.Artiste 

Florence BOYER chorégraphe 

Association MIARO Charlotte RABESAHLA

Patrice ATCHICANON en son nom propre 

Marye Ange BILLOT: en son nom propre

Sophie ROTBARD Artsenik

Mathieu LAUDE-PERSEE: Komité Renyonè Panafrikin

Paël Gigan:artiste  musicien

Soa RAVELO artiste musicienne

Julie AROUBANI

Association BATTLE DE L’OUEST : Shany Elodie Arzeux Tortillard

Nicolas SERY Artiste musicien

La mobilisation pour la restitution des crânes s’organise

Une quarantaine d’associations culturelles et militantes demandent la restitution des crânes d’esclaves réunionnais « collectionnés » au Musée de l’Homme de Paris. Elles se réunissent ce dimanche au Barachois. En soutien, le député Frédéric Maillot veut fédérer les revendications réunionnaises avec celles de Guyane et de Polynésie.

A propos de l'auteur

Franck Cellier | Journaliste

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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