À l’heure où l’affaire Lyhanna réveille les appels au retour de la peine de mort, le débat sur l’aide à mourir révèle une étrange contradiction : certains voudraient redonner à l’État le pouvoir de tuer, tout en refusant à des personnes en souffrance le droit de choisir leur fin.
ÉDITO
« Pourquoi ce retard ? » Voilà la question que pose Robert Badinter, le 17 septembre 1981 devant les députés alors que la France s’apprête à voter l’abolition de la peine de mort le 9 octobre de la même année. Plus de 40 abus après, j’en pose une autre, qui me chiffonne depuis plusieurs semaines : « Peut-on à la fois demander le retour de la peine de mort et refuser le droit de décider de sa mort à ceux qui le demandent ? »
C’est toute l’ambiguïté de la société dans laquelle nous vivons. D’un côté, le scandale de la petite Lyhanna, tuée et violée par Jérôme Barella après un fiasco du système judiciaire. De l’autre, un débat compliqué, parfois même mensonger, autour du droit à l’aide à mourir. Deux sujets distincts mais qui chacun font appel à nos émotions les plus intimes.
Le 29 mai 2026, la petite Lyhanna disparait. Quelques jours plus tard, Jérôme Barella, dernier à avoir été vu en sa compagnie, est arrêté puis mis en examen. Le corps de la jeune fille est retrouvé le 4 juin et le 18 juin, après des analyses ADN, les enquêteurs confirment qu’elle a été violée avant d’être tuée. Les médias révèlent alors l’ampleur des antécédents de l’auteur présumé : signalement pour comportement inapproprié envers une mineure, plainte pour viol sur une enfant de 7 ans classée sans suite, signalements de pédocriminalité et une dernière plainte pour une cinquantaine de viols déposée en août 2025.
Dans les heures et les semaines qui ont suivi les révélations, les partisans d’un retour de la peine de mort se sont engouffrés, chacun allant de son bon mot pour expliquer que la peine capitale est le remède aux maux de notre société. Dans l’Heure des pros du 8 juin 2026, un des consultants présents sur le plateau va jusqu’à évoquer une ancienne affaire, celle de Gilles Derais et son exécution sur un bûcher. Le consultant nuance dans la foulée son propos avant d’être coupé par Pascal Praud, qui évoque la peine de mort et le tabou qui l’entourerait alors même que « c’est un sujet d’opinion publique ». On ne peut plus rien dire, c’est bien connu.
La justice, dans ces débats, est donc réduite à des considérations personnelles. On a également eu le droit à un retour sur le devant de la scène de Nicolas Dupont-Aignan, toujours sur le plateau de Cnews, qui évoque « le problème d’échelle des peines » avant de demander à ce qu’un référendum ait lieu pour un retour de la peine de mort. La peine de mort, sujet tabou ? Apparemment pas, vu que tous ses partisans sont invités sur des plateaux télé.
Finalement, le retour de la peine de mort, c’est le retour de la vendetta institutionnalisée : la mort contre la mort. La loi du talion est remise au goût du jour : œil pour œil, dent pour dent. Une vision qui revient à une conception biblique de la justice et donc de la réparation. Dans le débat sur l’aide à mourir, ce qui frappe, c’est le renversement moral. Pour punir, la mort redevient envisageable. Pour soulager, elle devient impensable. La vie est alors érigée en principe absolu, presque sacré, non pas toujours au nom d’une foi clairement assumée, mais au nom d’un interdit présenté comme indiscutable.
Toujours sur le plateau de Cnews, mais un autre jour, on retrouve d’ailleurs Nicolas Dupont-Aignan, qui cette fois-ci déclare que l’adoption par les députés du texte sur l’aide à mourir est « la fin d’un interdit », « qu’on ne tue pas. » Tout d’un coup, la mort devient immorale, reprenant un argumentaire selon lequel ce texte permettrait un suicide assisté.
Nicolas Dupont-Aignan, comme de nombreux opposants au texte avant lui, évoque de supposées futures dérives, oubliant qu’aucun rapport officiel ne démontre une dérive généralisée comparable aux faillites documentées de la peine de mort, même si plusieurs pays connaissent des zones de vigilance, notamment sur le handicap, les troubles psychiatriques ou le contrôle a posteriori. Surtout, si le retour à la peine de mort serait « moralement inacceptable » pour reprendre les mots de Robert Badinter tant « aucune justice n’est infaillible », refuser le droit à mourir, c’est refuser de voir en face la réalité de celles et ceux qui, face à la souffrance et à l’absence de solutions, ne demandent qu’à eux-mêmes de décider de partir.
Je reformulerais donc ma question : « N’est-il pas plus moral de donner à chacun le droit de partir lorsque la souffrance est trop forte plutôt que de décider, collectivement, de mettre à mort un individu ? »
Olivier Ceccaldi



⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.