Les jeunes du Crajep ont organisé un débat pour rencontrer les candidats aux élections législatives.

La parole des jeunes intéresse-t-elle les hommes et femmes politiques ?

ELECTIONS LEGISLATIVES

Des jeunes âgés entre 13 et 30 ans, engagés au sein de différentes associations, ont organisé le 15 juin dernier un « débat inversé » avec les candidats du second tour des législatives. Seul un candidat s’est déplacé : la suppléante de Philippe Naillet, Vanessa Payet-Pignolet.

On les sent quand même un peu déçus. Heureux bien sûr de la dynamique à laquelle ils ont pris part, de l’engagement de leurs pairs, de la présence de plus de 70 jeunes, mais… Un seul candidat s’est déplacé. Enfin plutôt une suppléante, Vanessa Payet-Pignolet, binôme lors de ces élections législatives de Philippe Naillet sur Saint-Denis. Ce dernier a d’ailleurs remporté le scrutin sur sa circonscription et décroché sa réélection en tant que député.

L’idée de base : organiser un événement pour permettre aux candidats de l’entre-deux tours de venir à la rencontre de jeunes issus de plusieurs associations. L’événement a été porté par le Crajep, qui se définit sur son site internet comme « un organisme de coordination volontaire d’associations, d’unions et de fédérations de mouvements de Jeunesse et d’Éducation Populaire ». Ils s’étaient bien préparés. Ils avaient enregistré de courtes vidéos sur chaque thématique qu’ils avaient décidé d’aborder. Ils avaient réfléchi à une question par thématique, désigné un représentant pour la poser dans le micro.

Justine, membre de la commission des jeunes, a posé la question sur la mobilité. Pour cela, elle s’est rendue dans le cirque de Mafate en mai dernier pour recueillir la parole des habitants. La question finale a même été réfléchie et élaborée par des jeunes d’Aurère.

« Ce débat, c’était pas juste du blabla dans le vent »

« Quelques uns des candidats ont commenté nos post facebook en expliquant que, malheureusement, ils étaient engagés sur d’autres conférences de presse », raconte Fanny, chargée de la communication. « Mais six n’ont pas du tout fait de retour ni répondu à nos sollicitations. Ils avaient d’autres impératifs donc on comprend, mais bon, au moins une réponse ça aurait été bien… »

Giovanni Payet, candidat du premier tour, était également présent, ainsi qu’une classe du Chaudron. « C’est chouette car ça montre l’investissement des jeunes et leur envie d’en savoir toujours plus sur la vie politique et associative », souligne Fanny. « Ils auraient aimé s’adresser aux candidats. Pour les jeunes, de manière générale, les politiques sont inaccessibles, ils se sentent inécoutés. C’est dommage parce que les politiques veulent faire des choses pour eux mais ils ne viennent pas les interroger. Par exemple, on va construire un terrain de skateboard à tel endroit, mais est-ce que les jeunes du quartier en ont vraiment besoin ? Ce débat, c’était pas juste du blabla dans le vent. Souvent, les jeunes se sentent consultés simplement sur les questions de jeunesse alors qu’eux aussi ont leur mot à dire sur l’emploi, le logement, l’environnement, la mobilité etc. Au même titre que tout citoyen. »

« La société évolue »

Pourquoi ce manque d’intérêt de la part des candidats et des politiques de manière générale ? Mais aussi des médias, puisqu’un seul journaliste s’est effectivement rendu sur les lieux. « Beaucoup d’élus sont là depuis des années et n’ont pas envie de bousculer leurs habitudes, la société évolue, les membres de cette société évoluent. Il pourrait y avoir un maillage, une passation de rôle entre un ancien responsable associatif et un jeune par exemple. Si vous ne me laissez pas ma chance, comment je peux prendre de l’expérience? »

« Les jeunes ont aussi leur place et des compétences, des expériences complémentaires. Par exemple, les réseaux sociaux on ne peut pas faire sans si on veut communiquer sur sa structure. Mais il y en a qui ont du mal, qui délaissent. » « Les jeunes c’est l’avenir et faut les aider à résoudre leurs problématiques, faut pas les mettre de coté. S’ils ont l’impression de ne pas avoir d’aide, le fossé risque de se creuser. »

En attendant, les jeunes organisateurs du débat encouragent à l’investissement associatif. Comme Justine qui raconte : « Je suis dans le Crajep depuis l’année dernière mais vraiment engagée depuis mars. J’avais envie de donner mon temps pour des assos, je peux faire plein de missions qui m’intéressent. »

JSG

A propos de l'auteur

Jéromine Santo Gammaire

En quête d’un journalisme plus humain et plus inspirant, Jéromine Santo-Gammaire décide en 2020 de créer un média indépendant, Parallèle Sud. Auparavant, elle a travaillé comme journaliste dans différentes publications en ligne puis pendant près de quatre ans au Quotidien de La Réunion. Elle entend désormais mettre en avant les actions de Réunionnais pour un monde résilient, respectueux de tous les écosystèmes. Elle voit le journalisme comme un outil collectif pour aider à construire la société de demain et à trouver des solutions durables.

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