La Réunion est un joyau de biodiversité qu’on ne présente plus. Cette richesse est toutefois grandement menacée. Phelsuma inexpectata, le “Gecko vert de Manapany” et Phelsuma borbonica, le “Gecko vert de Bourbon” figurent parmi les espèces les plus menacées de La Réunion.
Depuis 2007, Nature Océan Indien (NOI) œuvre activement pour la préservation des reptiles endémiques de la Réunion. NOI mobilise donc citoyens, collectivités et acteurs du territoire autour de cet objectif commun. Dans cette dynamique, l’association a proposé au cours du dernier mois, des ateliers dédiés à l’identification des reptiles et à la lutte contre les reptiles exotiques envahissants.
Avant l’arrivée de l’Homme, ce sont sept espèces de geckos endémiques qui sont décrites. Aujourd’hui seulement deux geckos diurnes subsistent. Une survie difficile, tant ces espèces sont menacées par la perte de leur habitat naturel, un isolement génétique entre population pour Phelsuma borbonica et une menace liée aux reptiles exotiques envahissants.
Phelsuma borbonica est classé “en danger d’extinction », tandis que Phelsuma inexpectata est classé “en danger critique d’extinction”.
Dix-huit espèces de reptiles terrestres sont actuellement présentes sur l’île, dont la majorité a été introduite par l’Homme. Parmi les espèces les plus menaçantes pour nos geckos locaux figurent Agama picticauda, l’Agame des roches, et Phelsuma laticauda, un gecko vert qui ressemble à s’y méprendre au gecko vert de Manapany. Il est toutefois reconnaissable à ses trois points rouges sur le dos et à une teinte légèrement dorée, qui lui vaut le surnom de « poussière d’or », sans pour autant représenter un trésor pour la biodiversité locale.

Un outil pour le suivi des reptiles de la Réunion : NaturaList#
Financée par la DEAL dans le cadre de l’animation régionale du SINP (Système d’Information de l’Inventaire du Patrimoine naturel), NOI est tête de réseau du pôle « reptiles terrestres et amphibiens ».
Cela inclut la centralisation, le versement et la validation des données d’observation de reptiles et d’amphibiens sur la plateforme Borbonica.
Ainsi rentre en jeu l’application NaturaList, un carnet de terrain virtuel permettant de pointer précisément des localisation d’observations sur une carte précise concernant une vingtaine de groupes faunistiques, dont les reptiles. Ces données sont ensuite remontées sur la plateforme faune-reunion.fr gérée par la SEOR. Chaque année, les données collectées sont ensuite reversées au SINP (voir plateforme borbonica.re).
Téléchargeable sur Android et IOS, l’identification devient possible pour tout le monde et partout.
Un outil très utile pour la recherche et la conservation d’une espèce comme Phelsuma inexpectata. Si le gecko vert de Manapany est observable dans une région de l’île différente de son aire de répartition, ce serait donc une bonne idée de remonter cette information via l’application NaturaList.



Quelques clichés de Phelsuma inexpectata à la salle communale de Manapany
Lutte contre les reptiles exotiques envahissants : quelles mesures ?#
À Manapany, un gecko vert peut aujourd’hui devenir l’enjeu d’une décision radicale : en protéger un, c’est parfois en éliminer un autre.
Un arrêté préfectoral autorise la destruction de plusieurs espèces de reptiles non indigènes, parmi lesquelles Phelsuma laticauda, considérée comme une menace directe pour le gecko vert de Manapany, Phelsuma inexpectata. Cette espèce invasive entre en compétition pour les ressources et le territoire, et adopte un comportement agressif envers l’espèce endémique mais aussi envers d’autres espèces comme le margouillat.

Face à cette pression croissante des espèces exotiques envahissantes, des actions de lutte sont mises en place. Pour informer et encadrer ces pratiques, l’association Nature Océan Indien a organisé un atelier dédié aux reptiles exotiques envahissants, à leurs impacts sur la biodiversité locale et aux méthodes de lutte autorisées.
L’atelier proposait d’abord un temps de présentation des espèces concernées et de leurs impacts écologiques. L’objectif : comprendre pourquoi certaines espèces, introduites volontairement ou non, peuvent déséquilibrer des milieux déjà fragiles, et menacer directement des espèces endémiques.
Les méthodes de lutte autorisées ont ensuite été abordées. Pour Agama picticauda, l’utilisation de carabines à air comprimé est préconisée. Dans le cas de Phelsuma laticauda, la sarbacane est généralement utilisée. Ces techniques s’inscrivent dans un cadre réglementé. Toute action menée par des particuliers doit se limiter à leur propre propriété. Une règle destinée à éviter les dérives et à responsabiliser les citoyens impliqués dans ces démarches.
La gestion des individus abattus fait également partie des questions soulevées. Pour de petits individus ou de petites quantités, le compostage peut être envisagé. En revanche, pour des reptiles de plus grande taille ou en nombre important, l’équarrissage est recommandé.
Au-delà des aspects techniques, les intervenants ont consacré un temps à la question éthique. Comment lutter contre une espèce envahissante tout en minimisant la souffrance animale ? Comment réduire l’impact psychologique sur la personne qui agit, mais aussi sur les éventuels observateurs ?
Mais une question demeure, concernant davantage le grand public et les participants de ces ateliers. Qui est prêt à agir ? Qui est prêt à capturer, à abattre, à poser un geste irréversible, même lorsqu’il est justifié par la protection d’une espèce menacée ?
Cette interrogation dépasse le cadre technique de la lutte contre les espèces exotiques envahissantes. Elle touche à notre rapport au vivant, à la hiérarchisation implicite des espèces et aux responsabilités humaines dans des déséquilibres souvent provoqués par l’homme lui-même.
Victor MAILLOT


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