LIBRE EXPRESSION#
Au marché de Saint-Pierre ce samedi matin là, venteux comme souvent, nous avions attrapé au vol plus de 300 poches en plastique prêtes à aller s’accrocher aux derniers buissons survivants, au bord du lagon.
Nous en avions fait une guirlande assez photogénique !
Devant le gigantisme de cette pollution absurde, notre petite association était bien peu de chose, et aller récupérer des signatures pour notre pétition, à la main, sur papier, en discutant avec chaque passant, un travail de titan !
Toutefois, quelques articles dans le Quotidien et quelques lettres à la DIREN nous avait valu d’être reconnus comme interlocuteur par quelques instances environnementales et invités, parfois, à des colloques sur le sujet :
– Tiens ! Tu vois le monsieur un peu gros qui est devant l’estrade là ?
– Celui qui est habillé en clair, ou le zoreil en costume sombre ?
– Celui qui est en clair. C’est lui Paul Vergès. Vas-y ! Va lui faire signer ta pétition, c’est le moment ! La conférence n’est pas encore commencée, ils attendent que les gens aient fini d’entrer… Vas-y !

Je me suis demandé pourquoi, lui, petit yab des Hauts, ne voulait pas y aller lui-même ! J’ai senti qu’il était mal à l’aise. Impressionné. Intimidé, tout bêtement.
Je me pointe donc vers le personnage, ma petite tablette clippante et son stylo soigneusement attaché avec une ficelle, serrée contre le sein.
– Monsieur Vergès, avez-vous déjà signé la pétition contre les sachets en plastique?
– Non ! Pas encore… Mais je vais rattraper ça !
Il prit aimablement la tablette, le stylo, et signa avec un sourire retenu et un regard malicieux, pétillant.
Je ne sais pas pourquoi mais j’eus l’intuition qu’il aurait eu en cet instant, l’envie de m’embrasser.
Naïvement, je proposai à son interlocuteur d’en faire autant, mais celui-ci refusa arguant du fait que lorsque j’aurai fini de collecter des signatures, il accepterait avec plaisir que je lui remette le tout.
J’en conclu que ce devait être le préfet.
Puis je passai au premier rang de l’assemblée. Encouragée par cette signature d’importance et sachant que toutes les personnes présentes sont là pour la ratification à l’agenda 21 donc concernées par l’environnement et même pour certaines payées pour s’en occuper, confiante, je tends ma feuille au premier citoyen venu.
Surprise ! Pour la première fois, je rencontre quelqu’un réticent à signer ! Il me dit « Je signe, mais c’est contre mon intérêt ! Je suis le PDG de Bourbon Plastique et le bras droit de Monsieur Vergès. C’est bien parce qu’il a signé, lui, que j’en fais autant ! »
Je ne sais pas combien de bras droits il possède, Monsieur Vergès, mais c’est déjà le deuxième que je rencontre ! L’autre est un abjecte promoteur immobilier.
Je me vois contrainte de faire mon baratin sur ce plastique qui traîne partout dans la nature et dans les lagons à des hommes, (les femmes étant beaucoup moins nombreuses et confinées dans les rôles d’hôtesses d’accueil pour la plupart) venus expressément à cette assemblée pour prendre des décisions en vue de la protection de l’environnement. Du moins, le croyais-je.
Entre temps, les protagonistes du débat étaient montés sur scène et on commençait à faire des essais micros. Je récupère donc ma précieuse pétition et vais rejoindre mon coéquipier au fond de la salle.
Lui, il avait négligemment donné sa tablette au dernier rang avec la consigne de faire passer…. on ne l’a jamais retrouvée !
J’ai écouté pendant dix minutes les exposés, les projets de chartres et j’ai commencé à somnoler à peu près au même moment où le président de la Région s’est mis à ronfler. Un homme âgé, désabusé peut être. Personne n’était étonné de le voir s’endormir, à croire que la petite centaine de personnes présentes n’était venue que pour ça…
Je me suis enfuie de là avec une sensation d’écœurement sur l’estomac et l’impression d’avoir été un instant dans le cratère d’un furoncle bien purulent.
Conclusion : La politique n’a aucun contrôle sur la production industrielle, ce serait plutôt l’inverse !
Toute l’idéologie, que dis-je, la mystique de l’industrie tend vers le « produire plus pour le moins cher possible ». Ne pouvant plus revenir aux temps bénis de l’esclavage, même dans les pays pauvres , (encore que…mais faut pas le dire) des consortiums d’industriels de tous produits s’organisent pour se faire subventionner (en récupérant des taxes par exemples, les taxes écolos étant les plus prisées ) en écrivant des lois ou en repoussant l’adoption de celles qui ne leur conviennent pas.
Pour vous dire, il a fallu aux politiques français pas moins de 40 ans pour parvenir à interdire l’amiante !
Le sac de caisse gratuit, jetable et imputrescible a été fané à tous les vents, sur tous les sols et les océans pendant des décennies avant d’être « victime » d’une timide législation.
Dans la réalité, le manque à gagner sur les sacs de caisse a été très largement compensé par d’autres débouchés !
Et c’est à peu près durant cette période que l’on a vu les paysages s’endeuiller de films en plastique noir pour faire pousser des fraises ou des salades…
Gigi
— L’élaboration de la version locale de l’Agenda 21 a été lancée en février 2002
— Ratification le 10 décembre 2003 (source: imazpress.com)
Dans les archives du quotidien, il y a 2, 3 articles sur l’association Ocre (organisation de consommateurs respectueux de l’environnement)
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