Distribution de repas aux sans abris.

Manzé pou lo kor, manzé pou lo kèr

[Distribution de repas, Tampon]

Tous les mardi midi, l’association la Kaz à Esther distribue entre 50 et 80 repas cuisinés par les bénévoles au Tampon. Depuis le covid, le nombre de personnes dans le besoin augmente.

Il est midi passé de quelques minutes. Les bénévoles de l’association la Kaz à Esther s’activent pour dresser le stand, sortir les repas et les boissons des voitures. « On a à cœur de partager de vrais repas, on a tout cuisiné nous-même », explique Nathalie Payet, la présidente de l’association.

Chaque mardi, sur ce petit parking situé en face du théâtre Luc Donat au Tampon, près de 80 personnes viennent récupérer un repas confectionné avec les dons alimentaires de grandes surfaces, de marchés, d’industriels, d’agriculteurs, de particuliers ou encore de cantines. Plutôt que de finir à la poubelle, les invendus sont transformés et redistribués.

Dans la poussière des gravillons, différents profils de personnes se croisent. Certains s’empressent de repartir, leur barquette dans les mains, d’autres se posent un instant, à l’ombre d’un arbre, en profitent pour discuter.

Pour Pierre, plus qu’une nécessité financière, c’est l’occasion d’éviter la solitude, comme il nous l’a confié :

Pour Pierre, la distribution de repas est l’occasion de discuter et de rencontrer des gens du Tampon.

« Tous les jours de nouveaux pauvres »

L’association existe depuis un an et demi, mais les amis à l’origine de sa création distribuent des repas de manière informelle depuis des années. La Kaz à Esther dispose de ressources privées et refuse les subventions pour éviter toute dépendance. Les bénévoles confectionnent également des colis alimentaires à la demande. « On a tous les jours de nouveaux pauvres depuis le Covid », rapporte Nathalie Payet. Elle constate notamment la présence plus marquée d’étudiants. « Parfois leurs propres parents ne savent même pas que leurs enfants ne mangent pas à leur faim. »

Nathalie Payet, la présidente de l’association la Kaz à Esther

Des membres du QG Zazalé, installés sur le rond-point à l’entrée de la ville au Tampon, soutiennent régulièrement la Kaz à Esther et les bénévoles de l’association dans leurs distributions de repas. Ils étaient présents ce mardi, avec roulèr et kayamb, pou kraz in lambians maloya. A l’écoute du rythme et des paroles des chansons, Charles ne peut s’empêcher de pleurer. Les souvenirs douloureux de son histoire personnelle refont surface avec beaucoup d’émotions. Il nous raconte ses regrets, les déchirures de la vie qui ont jalonné son parcours, le décès de proches, sa séparation.

Charles, sans abris, raconte ses souvenirs ravivés par le maloya.

Ne pas tomber dans l’indifférence

La présidente de La Kaz à Esther souhaite aider les petites associations qui donnent des repas dans la rue à se développer sur tout le territoire afin de toucher un public plus large.

Nathalie Payet invite les Réunionnais à ne pas se résoudre à ces situations de précarité et à ne pas tomber dans l’indifférence. « Il ne faut pas passer dans le rue en se disant que nous, demain matin, on ne sera pas dans cette situation, parce que la roue tourne et on peut être en haut et se retrouver dans la rue du jour au lendemain. »

Pour contacter l’association si vous souhaitez bénéficier de repas ou faire des dons, vous pouvez appeler le 06 92 69 11 95.

A propos de l'auteur

Jéromine Santo Gammaire

En quête d’un journalisme plus humain et plus inspirant, Jéromine Santo-Gammaire décide en 2020 de créer un média indépendant, Parallèle Sud. Auparavant, elle a travaillé comme journaliste dans différentes publications en ligne puis pendant près de quatre ans au Quotidien de La Réunion. Elle entend désormais mettre en avant les actions de Réunionnais pour un monde résilient, respectueux de tous les écosystèmes. Elle voit le journalisme comme un outil collectif pour aider à construire la société de demain et à trouver des solutions durables.

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