Mort subite du nourrisson : La déplorable éclipse du Docteur André Kahn

Frédéric Paulus

LIBRE EXPRESSION

Les autorités compétentes en médecine sont régulièrement interpellées par la  question de la Mort Subite et Inexpliquée du Nourrisson (MSIN).  Et peut-être particulièrement sur l’île de La Réunion ? Des personnes soucieuses de la santé des Cilaosiens, enclave dans les montagnes de l’île au pied du piton des Neiges, rapportent en effet qu’un seul décès de Mort Subite et Inexpliquée du Nourrisson aurait été relevé durant ces vingt dernières années sur le cirque, alors que sur l’ensemble de l’île le taux de décès est quatre fois supérieur à celui de l’hexagone.

L’univers médical a été influencé depuis les années 1990 par les travaux et recommandations du Docteur André KAHN, chef du service de pédiatrie à l’Hôpital de la Reine Fabiola à Bruxelles. J’ai eu le privilège de le rencontrer lors d’un colloque organisé par la Fédération « Naître et Vivre » en 1988. J’avais été sollicité là pour une communication suite à la publication d’un ouvrage où je soulevais la question (1987). 

Cette-Fédération a pour objet d’établir un état des lieux des recherches sur ce sujet et d’en faire profiter les parents tout en accompagnant ceux endeuillés.

J’ai hésité à publier ce présent courrier évoquant l’hypothèse de ce que je vis aujourd’hui comme l’éclipse (ou l’occultation) de mes travaux sur ce sujet par le Docteur André KAHN. On peut comprendre ma retenue pour des raisons déontologiques de psychothérapeute, ce que je suis, étant donné le sujet générant  beaucoup de douleur, voire de culpabilité, auprès de parents ayant vécu un tel drame.

D’un autre côté, mon silence pourrait être interprété comme un manque de courage vu l’enjeu sous-jacent : me confronter à un grand spécialiste de la question. 

Notre hypothèse

Rencontre d’un stress vital inné majoré par des peurs acquises du bébé de se retrouver seul dans une chambre obscure et plaqué à plat ventre sur son matelas 

Il me semblait devoir compléter la démarche préventive de ces décès inaugurée fort justement par ce Docteur. Une démarche de prévention nouvelle pourrait-elle se conjuguer à celle avancée, dès les années 90, par le Docteur Kahn ? Notre réponse est assurément Oui !

André Kahn préconisait en effet de ne pas coucher les bébés sur le ventre mais de privilégier leur coucher sur le dos. Ce changement réduisit la mortalité de 75 % environ, soit 350 décès environ chaque année en France métropolitaine. A La Réunion, également influencée par ces recommandations, l’on devrait donc s’attendre que le taux de décès soit proche de celui de l’hexagone, ce qui n’est pas le cas puisque les référents médicaux nous annoncent quatre fois plus de cas sur l’île.

Voici quelques années, il m’avait semblé devoir attirer l’attention de l’opinion publique de l’île afin de tenter de briser le silence des autorités spécialisées locales, alors que sur le plan national j’avais tenté (à trois reprises sans succès) de publier mes travaux dans des revues possédant un comité de lecture.

Finalement, c’est le journaliste Franck Cellier qui a bien voulu porter mon travail à la connaissance d’un public plus élargi, voir ci-dessous le lien de Parallèle Sud en 2021 :

M’affranchissant d’un regard qui rechercherait une pathologie organique a priori, j’émettais l’hypothèse suivante : le décès adviendrait du fait de la conjonction d’un stress inné de « trop » de vie liée à la thermodynamique neuronale innée spécifique à chaque bébé, une vitalité soutenue en quelque sorte (se traduisant par des nuits agitées), majoré pour le bébé par la (les) peur(s) acquise(s) de se retrouver seul dans sa chambre dans le noir sans régulation parentale proche. Et cela  d’autant plus que le bébé est, plaqué dans son landau du fait de la gravité, quelque peu inhibé. Et le docteur KAHN aura relevé fort justement que couché sur le ventre, le bébé pouvait suffoquer. Il avait également remarqué un fort taux de sudation : les bébés ont transpiré abondamment chez ceux conduits d’urgence dans son service par la police

Après avoir écouté ma communication lors de ce colloque de 1988, le Docteur Kahn me dit : « Ma communication et mes travaux vont dans votre sens, ils sont complémentaires ! ». Il semblait confirmer mes analyses et hypothèses. Or dans ses publications ultérieures, il se garda bien de rappeler cet échange et les travaux de ce colloque.

En  septembre 1989, établi à La Réunion, j’avais évoqué le sujet de la MSIN dans les colonnes « papier » du journal Témoignages. En 2006, lorsque je voulus faire le point sur l’état des recherches sur cette question, j’appris que le docteur avait été victime le 1erseptembre 2004 d’un infarctus qui l’emporta à 60 ans, alors qu’il se livrait à un exercice dans son club de karaté.

André Kahn a créé un centre d’évaluation du sommeil des nourrissons destiné à évaluer leur risque d’être victimes de cette singulière « affection » qui fait que ces enfants, avant l’âge d’un an, et pour des raisons qui restent inconnues encore à ce jour, décèdent pendant leur sommeil.

Aujourd’hui, j’ai l’intime conviction que le docteur Kahn aurait fait silence, consciemment ou inconsciemment, sur la réalité de  mes travaux. La démarche consisterait à occulter un possible rival afin de conserver le prestige du mérite, ici celui d’avoir suggéré aux parents de préférer le dormir de leur bébé sur le dos.

A mon interrogation sur l’attitude d’une possible occultation de mes travaux, le Professeur de littérature d’université à Paris 8 Pierre Bayard présente peut-être une réponse lorsqu’il soulève l’hypothèse suivante : « On s’obstine à porter aux nues les auteurs de chefs-d’œuvre sans prendre la mesure des dégâts qu’ils provoquent. Ils relèguent en effet d’autres créateurs dans l’obscurité, imposent des canons arbitraires à notre sensibilité et déforment notre regard sur le passé », (2022). 

Si le taux de mortalité à fortement diminué en métropole, ce n’est pas le cas  sur l’île de La Réunion. Et plus curieusement encore, comment comprendre qu’il n’y eut qu’un décès à CILAOS en vingt ans ? La question de la MSIN reste fondamentalement ouverte.

Pour élargir éventuellement  son champ de conscience, se reporter au lien ci-dessous : 

https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/la-revolution-epigenetique-des-la-vie-foetale,89060

Frédéric Paulus, Docteur en psychologie, Chercheur au CEVOI (Centre d’Études du Vivant de l’Océan Indien) et expert extérieur du Haut Conseil de Santé Publique

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