[Poème] Aufguss

“Et les moins sots, hardis amants de la Démence,

Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,

Et se réfugiant dans l’opium immense ! –

Tel est du globe entier l’éternel bulletin.”

Baudelaire, Le voyage in Les Fleurs du mal, Paris, 1857

//

D’abord, se dénuder.

//

Comme au premier jour.

//

Comme la main ou un comme un corps aimé.

Et, tout de suite, revêtir le peignoir trop grand

Marcher,

Droit devant soi, vers la chaleur

Et le froid

Qui viendra,

Plus tard.

//

Le froid n’est plus une brûlure, la chaleur est un répit,

Ce souffle glacé et réconfortant à la fois, bienfaisant, vivace et multiple,

C’est le vent.

L’air.

//

Il y a de la vapeur aussi

Et il y a tes seins,

Droit vers le ciel,

Il y a mes mains.

//

Tu tends les bras,

Parfois en croix,

Parfois derrière la tête.

//

Le souffle repasse encore. Brûlant comme une haleine, une langue de feu.

//

La sueur

Le souffle

Parfois jusque dans le ventre

Des muscles

Le ventre, le dos,

Les bras qui se lèvent,

Le souffle,

Le vent.

Des muscles

Le feu,

La sueur encor

Que

Le feu,

Les bras qui se lèvent,

Encore

Que

//

Last runde

Dankjewel.

//

Heel warm.

//

J’ai la tête qui tourne,

Le jardin qui vacille.

Je vais droit vers l’eau glacée.

C’est très lent vers ceux que l’on aime

Il n’y a plus rien et il y a toupatou astèr.

C’est donc cela l’ivresse ? C’est maintenant ? Ça dure longtemps ?

Je peux penser à tout à l’heure, ça ne change rien.

C’est donc cela l’ivresse ? C’est maintenant ? Ça dure longtemps ?

Dans ma tête, un seau.

Un seau, un seau, un seau

D’eau

Glacé.

//

Une rivière, un lac, un zéphir

Le ciel lavé après l’orage,

L’air tout entier lavé après l’orage

//

L’air.

//

Ouvrez les frontières,

J’ai pris le bus,

« Je vi-ens de Paris »

//

Bruxelles-Midi, Brussels-Noord, Grimbergen, Bedford, Waer Waters, Zuiver, Rotterdam, Amsterdam, Europe, Nord

//

Je suis ici

Et pour venir, je suis passé par des endroits qui n’existent pas.

Cet endroit qui vacille existe à peine,

Je suis mort il y a un instant.

//

On a entendu une forte explosion et il y a eu des dégâts.

//

Maintenant, comme cela m’a été promis,

Je suis

Dans le Jardin des Délices.

//

Bientôt, tout est plus calme.

//

J’entends un insect net

Il gratte la sécheresse.

//

Le règne de l’élastique peut commencer.

Nous n’en sommes qu’au début parce qu’un monde vient de naître.

Mieux que mourir, renaître.

Au jour et à l’air.

Un matin calme

//

Nu.

//

Julien Sartre

A propos de l'auteur

Julien Sartre

Journaliste d’investigation autant que reporter multipliant les aller-retour entre tous les « confettis de l’empire », Julien Sartre est spécialiste de l’Outre-mer français. Ancien correspondant du Quotidien de La Réunion à Paris, il travaille pour plusieurs journaux basés à Tahiti, aux Antilles et en Guyane et dans la capitale française. À Parallèle Sud, il a promis de compenser son empreinte carbone, sans renoncer à la lutte contre l’État colonial.

Vous pouvez aimer ceci