[Poème] Chansons coralliennes

Le corail, ce « squelette colonial », wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Corail).

« Sous l’eau, en bafey, est le corail. », chanson créole, anonyme, XXème siècle.

« Non, le corail ne pousse pas sous la peau. », un site internet quelconque de surfeurs, apocryphe.

Puisqu’il a été établi de longue date que, « comme un miroir acoustique », l’eau propage les sons quatre fois plus vite que l’air, non, le corail ne pousse pas dans le silence. Si l’on considère le miroir acoustique, il a même grandi dans le vacarme. Le silence n’est pas du corail, ce qui est du silence lui est presque étranger.

Ce qui est humain lui est à coup sûr encore plus étranger. Si c’est possible. Pour le corail, demeurent les clapotis, les cris, les feulements, oui, l’eau. La lumière. Le corail a besoin de lumière. Il pousse aussi haut que la plus haute des plus basses marées. Enfin…, en ce qui concerne la partie émergée de la colonie.

***

L’océan a ses fleurs

Ses bouquets parlent aux noyés,

Ce sont leurs couronnes mortuaires.

Ce sont des hauts-fonds traîtres,

Couleurs, écueils, forment une tapisserie,

Les motifs manquent.

Qui parle de la mort délicieuse des noyés ?

Et la mort colorée des haubans ?

Et le naufrage de janvier ?

Je sais que tu as peur du vent.

C’est lui, le clapotis

Qui chante, inlassable.

Les oiseaux l’aimeront, plus tard.

Pour l’instant, il n’y a pas encore d’île.

Le mot atoll n’est pas encore connu.

Lui aussi, repartira, sera repris.

Lui, pousse.

En silence.

***

Au bord de la ville, depuis ma chambre-bateau, je jette un coup d’oeil de navigateur sur les gouffres sous-marins qui m’entourent. Les courants sont puissants. Au-dessus, planent des oiseaux, de plumes et de métal. De plumes de métal. De métal de plumes. Gare aux récifs !

Les rues sont profondes. Le requin ne dort que d’un œil, au coin, là-bas. Les fleurs agitent leur bras colorés, de l’autre côté, un tout petit peu plus loin. Chez Jeannette. Il faut naviguer à vue. Pas tant à cause du temps que du pilote. Je jette encore un coup d’oeil !

Julien Sartre

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A propos de l'auteur

Julien Sartre

Journaliste d’investigation autant que reporter multipliant les aller-retour entre tous les « confettis de l’empire », Julien Sartre est spécialiste de l’Outre-mer français. Ancien correspondant du Quotidien de La Réunion à Paris, il travaille pour plusieurs journaux basés à Tahiti, aux Antilles et en Guyane et dans la capitale française. À Parallèle Sud, il a promis de compenser son empreinte carbone, sans renoncer à la lutte contre l’État colonial.

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