Pour la première fois, le Giec parle de « décroissance »

[LIBRE EXPRESSION]

Génération Écologie salue la publication du deuxième volet du 6ème rapport du GIEC sur les impacts du changement climatique, l’adaptation et la vulnérabilité et l’important travail de la communauté scientifique internationale pour documenter les conséquences du réchauffement planétaire. Ses conclusions alarmantes ne surprennent pas les écologistes :
– Le réchauffement climatique a déjà des impacts généralisés sur les écosystèmes et la vie de milliards de personnes, ces effets sont “disproportionnés” sur les populations les plus vulnérables –  en particulier dans nos territoires des Outre-mer – et près de la moitié de la population mondiale est “très vulnérable“ ;
– La poursuite de la croissance économique destructrice (artificialisation des sols, surexploitation des énergies fossiles, aggravation des inégalités…) est en train d’en amplifier les conséquences et leur magnitude ;
– Il y a d’ores et déjà des risques et des impacts inévitables pour les vingt prochaines années ;
– Au-delà du seuil de 1,5°C qui sera atteint à court terme, les impacts seront démultipliés, avec des conséquences irréversibles pour une durée de plusieurs siècles à plusieurs millénaires ;
– L’adaptation et la résilience sont encore plus urgentes que ce qui ressortait des précédentes évaluations, il faut prendre des mesures “accélérées“ ;
– Les solutions d’adaptation doivent être fondées sur la nature et la préservation des écosystèmes, nécessitent un engagement politique de haut niveau, et doivent avoir pour ambition de réduire les inégalités entre pays et au sein des pays.

Génération Écologie note également que c’est la première fois qu’un rapport du GIEC fait mention explicite de la décroissance, volontaire et intentionnelle, comme solution pour réduire de façon effective les émissions de gaz à effet de serre et comme voie d’avenir pour éviter à l’humanité d’aller dans le mur.

Dans le contexte international actuel, il y a de fortes chances pour que ce nouveau rapport ne soit traité que comme une information de second plan. C’est une faute, car la paix et la sécurité internationale dépendent plus que jamais des réponses de fond qui doivent être apportées au nouvel état du monde résultant du changement climatique.

Alors que la guerre de Poutine en Ukraine est un basculement historique, la situation de danger qui pèse sur l’humanité avec le changement climatique et la raréfaction des ressources est à l’arrière plan des visées expansionnistes des régimes autoritaires qui ont leur égoïsme pour seule boussole. Dès 2019, Génération Écologie en faisait l’analyse dans le manifeste de l’écologie intégrale en soulignant que « l’Anthropocène porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage. Nous sommes entrés dans la phase d’accumulation des forces de guerre. »

Agir pour le climat et la biodiversité, c’est agir pour la paix et la sécurité. L’Europe ne peut pas rester plus longtemps la première importatrice mondiale d’énergies fossiles alors que l’on constate toutes les conséquences de sa dépendance au gaz et au pétrole russe. La solution n’est pas de se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement, toutes aussi problématiques sur le plan géopolitique, mais de sortir des énergies fossiles, et vite !

Comme le souligne Quentin Guillemain, porte-parole national de Génération Ecologie, ce nouveau rapport du GIEC démontre également, face aux impacts certains du changement climatique, que la construction d’un État-Résilience est un impératif de sécurité nationale. L’inaction climatique, pour laquelle l’État a été condamné, confine à une mise en danger de la population, alors que les politiques d’adaptation sont le parent pauvre des politiques gouvernementales. Cet aveuglement ne peut plus durer. Il nous faut radicalement éviter l’ingérable et nous préparer à gérer l’inévitable.

Vincent Defaud, Conseiller municipal écologiste de L’Étang-Salé de 2008 à 2020, Membre du Conseil Exécutif de Génération Ecologie, chargé des Outre-mer

Chaque contribution publiée sur le média nous semble répondre aux critères élémentaires de respect des personnes et des communautés. Elle reflète l’opinion de son ou ses signataires, pas forcément celle du comité de lecture de Parallèle Sud.

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