Le site Les Jours Fontano

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Quatre actrices accusent Vincent Fontano de viol et harcèlement sexuel dans un article des Jours

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Le média Les Jours relate les accusations de violences sexuelles à l’encontre du metteur en scène Vincent Fontano. L’article interroge le silence relatif du milieu culturel réunionnais qui a continué à soutenir et programmer l’artiste malgré le principe de précaution que préconisent les plans de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Deux ans et demi après les révélations de Parallèle Sud sur une enquête visant l’ancien directeur du Centre dramatique national de l’océan Indien pour viol, le monde de la culture réunionnaise est interpellé par une nouvelle mise en cause révélant des violences sexuelles en son sein et sa difficulté à y faire face.

Cette fois-ci, c’est le média indépendant Les Jours, basé à Paris, qui publie une enquête intitulée « La Réunion, l’île du silence / Violences sexuelles et omerta dans le milieu culturel ». Le premier épisode est mis en ligne ce mercredi 22 avril. La journaliste Juliette Pierron relate les accusations soutenues par quatre actrices (Élie*, Sarah*, Amandine et Lila*) contre l’artiste et réalisateur Vincent Fontano.

Deux d’entre elles décrivent des scènes de viol, les deux autres dénoncent du harcèlement sexuel et de l’humiliation. À chaque fois, le même mode opératoire se répète. Les jeunes femmes expliquent que, fort de son succès, le metteur en scène leur promet de lancer leurs carrières. Il les invite à faire des essais mais se débrouille pour que cela se passe chez lui, loin de tout témoin.

Un non-lieu et une plainte en cours

Là, dans l’intimité, les échanges dérapent et Vincent Fontano se révèlerait insistant et blessant pour amener les jeunes actrices à avoir des relations sexuelles réelles avec lui. Les Jours ont recueilli des messages appuyant les témoignages.

Vincent Fontano, quant à lui, nie tout en bloc. La plainte de l’une des victimes s’est conclue par un non-lieu en 2023 pour des faits datant de 2021. Une deuxième plainte pour harcèlement sexuel a été déposée en janvier 2026.

Au-delà des accusations contre lesquelles Vincent Fontano peut faire valoir la présomption d’innocence, l’enquête des Jours interroge la réaction du milieu culturel réunionnais. Il apparaît que, depuis plusieurs années, de nombreux acteurs culturels étaient informés par les victimes elles-mêmes. Et Vincent Fontano aussi. S’estimant subir une campagne de harcèlement, il a tenté de convaincre ses détracteurs de son innocence. Beaucoup continuent, sinon à le soutenir, du moins à faire silence.

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Fontano programmé au Komidi dans une école

Une professeure de conservatoire aurait conseillé à l’une des victimes, Lila*, de se taire. Les institutions étaient alertées. L’article rapporte qu’en 2024, la Direction des affaires culturelles (Dac OI), a attribué une subvention de 25 000 €, malgré un avis défavorable de sa commission alors que les accusations de violences sexuelles avaient été évoquées.

Le monde culturel savait mais s’est montré incapable de « crever l’abcès ». « Malgré tout, deux responsables de théâtre, sur la douzaine que compte l’île, décident de ne plus travailler avec Vincent Fontano », relatent Les Jours. Anabel Martinez, directrice de la salle Les Bambous à Saint-Benoît, en fait partie. Aux Jours, « elle invoque son « devoir de prévention et de protection de potentielles futures victimes » dans le cadre du plan de lutte contre les violences sexistes et sexuelles exigé par le ministère de la Culture depuis 2022 pour toutes les structures culturelles. »

L’article des Jours est d’ailleurs tombé le lendemain de la représentation de la pièce « Romans pou krokodil » de Vincent Fontano et de sa compagnie Kèr Béton à l’école Narassiguin de Bras-Panon dans le cadre d’une représentation pour les scolaires du Komidi. Philippe Guirado, le président de ce festival, est d’ailleurs interrogé dans l’article sur l’opportunité de programmer Vincent Fontano. Et il botte en touche, disant « être attaché à l’État de droit ». L’équipe du Komidi aurait mené ses investigations sans trouver de plainte. « Si plainte il y a, nous laissons faire la justice en laquelle nous avons toute confiance », termine M. Guirado.

Briser l’omerta

Le Mouvant FH+ et l’Union des femmes réunionnaises (UFR), cités dans l’article des Jours, ont cosigné avec la CGTR Speltak et NousToutes974 un communiqué envoyé aux médias réunionnais ce matin. Ces quatre signataires demandent à « briser le silence qui protège les agresseur.euse.s ». 

« Ce que révèle cette enquête n’est pas seulement une série de témoignages accablants. C’est un système. Un système où des rapports de pouvoir sont utilisés pour exploiter, manipuler et contraindre. Un système où de jeunes femmes, souvent en début de parcours, sont placées dans des situations de vulnérabilité extrême. Un système où le silence, la peur et l’entre-soi permettent à ces violences de perdurer », relève le communiqué.

Il conclut : « Nous appelons à un sursaut. À une rupture claire avec les logiques d’omerta dans le milieu culturel réunionnais. À la mise en place immédiate de dispositifs de prévention, de signalement et de protection réellement efficaces. À une conditionnalité stricte des financements publics au respect d’engagements concrets en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Ce combat n’est pas secondaire. Il est politique. Il concerne la dignité, la sécurité et la liberté des femmes. »

La rédaction de Parallèle Sud

(*) Prénoms d’emprunt

Source : Les Jours

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