A l’appel de La France Insoumise, près de deux cents personnes ont manifesté samedi matin contre l’extrême droite et le racisme à Saint-Paul.
« Une internationale fasciste est en train de se créer devant nous », s’alarme Perceval Gaillard. Samedi matin, devant près de 200 personnes venues dire non au racisme et à l’extrême droite, devant le Débarcadère à Saint-Paul, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, le député de la 7e circonscription alertait sur « la perte des droits humains et sociaux partout où l’extrême droite est au pouvoir ».
« Ils n’ont pas voté pour un programme, ni pour un parti absent du terrain, ni pour un candidat totalement inconnu ; ils répétaient mot pour mot les propos entendus sur CNews », raconte-t-il encore, en parlant cette fois des électeurs réunionnais séduits par les thèses racistes et fascisantes lors de la campagne des dernières législatives .
«C’est un délit »
Le regroupement à l’initiative de la France Insoumise a attiré quelques politiques proches du parti, des syndicats, des associations et ONG mais on est loin de la mobilisation générale. La CGTR tentait de faire bande à part à Saint-Denis, sans grand succès et sous la pluie. Se sont succédé au micro l’Union étudiante qui « dit non à l’extrême droite » qui représente à ses yeux « plus d’austérité et plus de violence », le Planning familial qui craint pour les droits de la communauté LGBT… Huguette Bello, la présidente de Région, dénonce « un bâillon sur la moitié de l’humanité » ; « Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit », a-t-elle rappelé avec verve en invitant les ministres Darmanin et Retailleau à répondre à l’invitation des jeunes musulmans saint-paulois à la rupture du jeûne.
Marie-Hélène Dor, secrétaire départementale de la FSU, assume d’avoir appelé à voter Nouveau Front Populaire lors des dernières législatives et dénonce « un fascisme rampant, des propos qui deviennent ordinaires, une affreuse normalisation » dans les médias et la parole publique. Karine Lebon, députée de la 2e circonscription, s’étonne qu’ « il y aurait des personnes qui n’ont pas les même droits que les autres » après avoir remarqué que la fréquentation samedi matin n’était « pas à la hauteur de l’enjeu ». Philippe Azéma, qui représentait le Nouveau Parti Anticapitaliste lors de la dernière campagne présidentielle, « ne voit pas de différence entre l’extrême droite, Macron et Bayrou ».
En présence de Greenpeace, Attac parle « des trente douloureuses » au sujet des trois dernières décennies, avant de rappeler que l’ « extrême droite est toujours au service du capital, pas des travailleurs ; nous ne sommes pas pour la lutte des races, mais pour la lutte des classes ». Lorita Alendroit, présidente de l’association Ankraké, souligne que « le vivre ensemble n’est pas un slogan pour faire joli », qu’ « il est fragile » et « a besoin de soins pour exister ». La Libre Pensée « refuse l’inacceptable » et souligne que « le fascisme est toujours le dernier recours du capitalisme en crise pour protéger son système économique et servir ses intérêts».
Si quelques conseillers municipaux de Saint-Paul étaient venus représenter leur maire absent, aucune autre municipalité n’était présente. Aucun des vingt-quatre maires, aucun conseiller départemental et encore moins le président de la collectivité, aucun autre représentant politique que ceux sus-cités (à l’exception de EELV), ni de la droite républicaine, ni des proches de la majorité présidentielle, ni du parti socialiste. Est-ce parce que l’organisateur est La France Insoumise, ou que le sujet n’intéresse pas ?
Pourtant, à lire les propos nauséabonds et ouvertement racistes d’Alain Bénard, ancien maire de Saint-Paul, tête de liste aux dernières élections municipales et probablement des prochaines, on constate que l’heure est grave quand, dans une publication sur Facebook, il assimile l’ensemble des musulmans de La Réunion à « des intégristes voulant imposer leurs lois et leurs codes… ». « Monsieur Alain Bénard, dans ses propos abjects, ce n’est pas la communauté musulmane qu’il attaque, c’est toute l’histoire et la société réunionnaise dans sa globalité qu’il méprise », avait remarqué par voie de communiqué Bachil Vali, maire de l’Entre-Deux. Sans pour autant relever que de tels propos se banalisent en effet, notamment parmi certains membres du gouvernement, comme le soulignaient les manifestants samedi matin.
Philippe Nanpon
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