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Le bus Vavang’Ker de Soliker amène la solidarité dans les hauts du Sud et de l’Ouest

L’association SoliKer agit pour lutter contre l’isolement des séniors, la précarité sociale et alimentaire. Elle a initié un nouveau projet original nommé le Vavang’Ker, un bus solidaire. Rencontre avec Emilie Gallet Co-fondatrice et directrice de l’association.

Dans un contexte comme celui de La Réunion où le prix de la vie et des produits de première nécessité ne cesse d’augmenter, les personnes âgées sont parfois contraintes de rester chez elles sans recevoir pour autant de visite. La solitude et l’éloignement — surtout lorsque le domicile est situé dans les hauts de l’île — touchent alors le cœur des gramounes. C’est dans cet esprit qu’une association a été mise en place à Saint-Louis depuis 3 ans pour aider les Réunionnais : Soliker.

« Il y a beaucoup d’isolement de personnes âgées dans Les hauts donc l’objectif c’était de prendre en compte ces personnes-là pour faire vraiment un projet intergénérationnel et c’est pour ça qu’on a un service civique solidarité senior et on fait vraiment du porte-à-porte pour aussi aller à la rencontre de ces gramounes isolés qui ont encore moins la possibilité de se déplacer dans les bas quoi », nous explique Emilie Gallet, la co-fondatrice et directrice de l’association.

Emilie Gallet © Soliker

Bus itinérant

Après des années d’expérience dans l’aide alimentaire ainsi que dans l’accompagnement social, Emilie a fait un constat : Tout le monde ne vient pas vers eux pour profiter de ce que l’association peut offrir. Afin de palier ce problème, elle a décidé de mettre en place un projet qui va vers les habitants appelé le Vavang’Ker.

© Soliker

Le nom du bus Vavang’Ker a 2 significations : Il fait référence à l’alimentation et à la mobilité à travers le fruit Vavangue et le terme créole “Vangué” qui signifie “se déplacer”. SoliKer c’est la solidarité avec le cœur et Vavang’Ker équivaut à se déplacer avec le kèr.

© Soliker

Ainsi, un ancien bus de transport scolaire a été entièrement aménagé tout au long de l’année dernière par des artisans et bénévoles lors de chantiers participatifs grâce au Budget d’Initiative Citoyenne afin de le transformer en bus tiers lieux solidaire qui va directement à la rencontre des habitants, notamment dans les hauts. Inauguré en fin d’année dernière, le bus a officiellement été lancé en juillet après les démarches administratives.

« Avec l’actualité, les prix de l’essence, ça devient de plus en plus compliqué de se déplacer et d’aller vers la structure d’aide, donc nous on s’est dit on va faire le schéma inverse, on va aller vers les habitants dans les hauts », explique Emilie.

Aujourd’hui, avec le soutien du TERH GAL de l’Ouest qui finance le projet, le bus va faire la route du Sud-Ouest, dans les hauts de Saint-Louis (Les Makes, Ilet Furcy, Petit-Serré), dans les hauts de Saint-Leu (Camélia, Le Plate, Trois Bassins) et dans les hauts de Saint-Paul (Le Guillaume, Ravine Daniel). Il se déplace dans ces secteurs pour ne pas délaisser cette partie de la population qui représente aujourd’hui un habitant sur cinq, d’après Emilie.

Le bus itinérant © Soliker

L’association fait du porte à porte, va à la rencontre des personnes âgées dans les hauts de l’île pour lutter contre l’isolement grâce au Vavang’Ker, un bus de 12 mètres qu’elle a aménagé en plusieurs parties :

Occupant la moitié du bus, une épicerie sociale itinérante est ouverte à tous avec trois types de tarification, ainsi qu’un mini-rayon vrac. De plus, il y a un mini cyberespace constitué de deux ordinateurs embarqués, un espace marmaille, une bibliothèque ludothèque, il possède aussi un accueil et un petit coin salon. Tout ce qu’il y a à SoliKer, ils ont essayé de le faire rentrer dans le bus.

Intérieur du Vavang’Ker © Soliker

En fonction des besoins de chaque quartier, l’association se déplace avec des intervenants, tel qu’une assistante sociale, une psychologue, une infirmière…

Le personnel et les bénévoles vont à la fois intervenir dans les maisons de quartier, afin de constituer des dossiers pour aider les familles dans les démarches administratives et à la fois proposer des animations, divers ateliers tous les mois. Tout est précisé sur sur le calendrier de leur site ker.re.

Afin d’informer les habitants qu’il y a un bus qui va arriver dans leur quartier, l’association travaille en partenariat avec les associations de quartier, avec les politiques publiques, la politique de la ville, les communes, les CCAS, pour non seulement informer mais aussi recueillir les besoins.

Pour garantir un suivi efficace, le bus passe une fois tous les 15 jours dans les 6 quartiers, des hauts de Saint-Louis, Saint-Leu et Saint-Paul, toujours sur des rendez-vous fixes, par exemple, le premier mercredi du mois. Il reste sur place toute la journée. Cette régularité permet de créer des repères pour les habitants et de faire fonctionner le bouche-à-oreille.

Recrutement d’une conductrice de bus

« Là on est en pleine phase où on dit aux habitants : si on vient, vous voudriez qu’on vienne quand ? vous voudriez qu’on vienne faire quoi ? L’idée c’est vraiment de partir des besoins de chaque habitant et adapter l’intervention. D’un quartier à l’autre on ne fait pas la même chose et c’est ça qui est intéressant. », signale Emilie.

Mettre ce bus de sur les routes a représenté de grands défis : le garer dans les hauts, apprivoiser l’univers technique des bus (garages, entretien), expliquer ce projet innovant et l’adapter au rythme de chaque quartier. L’enjeu est désormais de le pérenniser.

Côté équipe, l’association a créé un poste dédié de conductrice qui gère également le bus. Il s’agit d’une ancienne bénéficiaire de l’épicerie solidaire qui, connaissant bien ce parcours, accompagne au mieux les familles.

Premier bilan encourageant

Face à la hausse des prix du carburant et à des subventions limitées pour les associations, faire rouler le bus représente une charge financière importante. Cependant, l’association tient à assumer ce coût plutôt que de le faire porter par des familles en précarité qui n’ont plus les moyens de réparer leur véhicule ou de payer l’essence, évitant ainsi leur isolement.

Même si le projet débute à peine, le premier bilan est particulièrement encourageant : le bus est très bien accueilli et crée une véritable dynamique de quartier. Les premières permanences affichent déjà « complet » pour l’accompagnement social, ce qui confirme la nécessité d’un tel dispositif. L’objectif est désormais de faire remonter ces besoins aux acteurs publics pour pérenniser l’action et apporter un renfort durable dans ces quartiers parfois oubliés.

Pour la suite, SoliKer souhaite consolider la qualité de son aide alimentaire durable en circuit court et accompagner les habitants vers une montée en compétences afin qu’ils fassent eux-mêmes vivre ces permanences.

Pour soutenir l’association, chacun peut agir : en parlant du projet, en venant aux permanences (dates et ateliers sur ker.re), en donnant du temps ou des compétences, même de manière ponctuelle, ou, pour les agriculteurs, en donnant leurs invendus.

La Kaz SoliKer

Association SoliKer
Siège social de Soliker

SoliKer a été cofondée par Émilie Gallet la directrice, et par Moussa Mbaé le président. En se croisant comme bénévoles dans d’autres associations, ils avaient envie d’en créer une nouvelle pour agir dans le social. Avec son siège sur Saint-Louis, l’objectif est de répondre à la précarité en levant les différents freins comme la honte, l’accès ou encore les complexités administratives pour que les personnes puissent se retrouver mais aussi s’entraider. Les valeurs portées par les deux amis sont l’entraide, l’inclusion et l’innovation sociale.

Les locaux de l’association sont ouverts à tous : friperie solidaire, cyberespace, espace marmaille, espace de troc avec un frigo solidaire et une plantoteck. À l’avenir, l’association aimerait également installer d’autres frigos solidaires dans différentes villes de l’île pour étendre cette dynamique d’entraide. L’objectif est que chacun puisse apporter de la solidarité, partager et transmettre des compétences.

Frigo Solidaire à disposition de tous.

Épicerie solidaire

Sur Saint-Louis, l’association possède une épicerie solidaire avec trois tarifs. Cela permet à chacun de lever un peu le frein sur le prix de la vie et d’économiser quelques euros bien précieux.

Ce dispositif d’aide alimentaire fait partie du réseau « Andes » des épiceries sociales. On y retrouve des produits de première nécessité, donc à la fois de l’alimentaire avec des conserves, du riz, des sardines mais aussi de l’hygiène, des savons ou de la lessive. L’association travaille aussi sur la qualité des produits comestibles en développant des circuits courts avec les agriculteurs.

Émilie Gallet conclut par un message : il ne faut pas avoir honte de demander de l’aide, car la précarité touche aujourd’hui tout le monde (étudiants, travailleurs). L’entraide et la solidarité, au sein de l’association comme entre voisins au quotidien ou lors de crises, comme pendant un cyclone, sont essentielles pour surmonter les difficultés ensemble.

Joëlle Tierpied

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A propos de l'auteur

Joelle Tierpied

Titulaire d'une licence en sciences de la vie, Joëlle TIERPIED a rejoint l'équipe du Parallèle Sud en tant que volontaire en service civique. Toujours un carnet à la main, elle navigue entre missions d'éducation aux médias et interviews de proximité. Son moteur ? Mettre en lumière la parole et le quotidien des Réunionnais, au plus près du terrain et des initiatives locales.

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