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To Be or Not Subir : pour que la jeunesse ne subisse plus

Créée autour de la lutte contre le harcèlement et les discriminations, l’association réunionnaise To Be or Not Subir entend renforcer la confiance des jeunes et encourager leur engagement citoyen. Son président, Jody Nanou, revient sur l’histoire et les ambitions de l’association. 

INTERVIEW

 To Be or Not Subir voit le jour en 2023 et se place aujourd’hui comme un acteur majeur de prévention contre le harcèlement à La Réunion. Les nombreuses actions menées conduisent la jeunesse réunionnaise à se libérer du regard des autres, notamment grâce à une politique de tolérance zéro envers la discrimination. Jody Nanou, symbole d’une jeunesse réunionnaise engagée, nous livre les coulisses de son association. Il revient aussi sur la finale du concours ambassadeurs inter-lycées qui a eu lieu récemment et qui vise à libérer la parole lycéenne sur les enjeux d’addictions, de santé mentale et de harcèlement scolaire.

Pourquoi l’association voit-elle le jour ? 

Jody Nanou : L’association To Be or Not Subir est née d’une conviction profonde : personne ne devrait avoir à subir des discriminations, du harcèlement ou des injustices simplement parce qu’il est différent, qu’il ne correspond pas aux normes ou qu’il ose être lui-même.

Nous voulions aller au-delà des constats et des discours, en donnant notamment aux jeunes les moyens de s’exprimer, de prendre confiance en eux et de devenir acteurs du changement. C’est dans cette dynamique qu’est né le concours Ambassadeur, lancé à La Réunion en 2022.

Notre objectif n’a jamais été de créer un simple concours, mais un véritable espace d’expression, d’engagement et de citoyenneté. Nous voulons montrer que chaque jeune a une voix, une place et un rôle à jouer dans la société.

Le nom même de l’association porte cette idée : allons-nous continuer à subir, ou allons-nous choisir d’agir ? Pour nous, la réponse est claire : nous voulons donner à chacun les moyens de ne plus subir en silence, mais de devenir acteur de sa propre histoire et du changement collectif.

Logo de To Be or Not Subir

Le dernier grand événement était la finale du concours Ambassadeur Réunion Inter-Lycée, quel retour faites-vous sur cet événement ?

Cette finale a été un moment particulièrement fort, aussi bien sur le plan humain que sur le plan associatif. Au-delà de l’événement en lui-même, c’était l’aboutissement d’un parcours durant lequel les jeunes ont pu apprendre, évoluer, défendre leurs convictions et gagner en confiance.

Ce qui me marque le plus, c’est de voir des jeunes oser prendre la parole, assumer leurs idées et porter des messages qui leur tiennent à cœur. C’est précisément ce que nous souhaitons encourager à travers le concours Ambassadeur : une jeunesse qui ne se contente pas de regarder le monde évoluer, mais qui souhaite contribuer à le faire évoluer.

Une finale comme celle-ci demande énormément de travail, de coordination et d’investissement de la part des équipes, des partenaires et des personnes qui nous accompagnent. Je tiens à saluer toutes celles et ceux qui ont contribué à sa réussite.

Au-delà des résultats et des distinctions, je retiens surtout les rencontres, les émotions et l’engagement des jeunes. C’est cela qui donne du sens à notre action et qui nous pousse à continuer. 

Photo de la finale ARIL ( Instagram du Comité Ambassadeur Réunion Inter-Lycée)

Après un an à la présidence de l’association, quel bilan faites-vous de l’évolution de l’association, des nouvelles actions ou nouveaux partenaires ?

Cette première année à la présidence a été une année d’apprentissage, de structuration et de développement. Présider une association comme To Be or Not Subir, c’est porter une vision, mais aussi savoir écouter, fédérer une équipe, créer des opportunités et transformer les idées en actions concrètes.

Je retiens surtout notre volonté de faire grandir l’association sans perdre ce qui constitue son identité : la lutte contre les discriminations, la valorisation de la jeunesse et la promotion de l’engagement citoyen.

L’un des développements majeurs est l’ouverture du Concours Ambassadeur à Maurice pour l’édition 2026, en partenariat avec l’ONG DIS-MOI Droits Humains Océan Indien. C’est une étape importante qui montre que notre démarche peut trouver un écho au-delà de La Réunion.

Cette année m’a également appris qu’une association ne grandit pas uniquement grâce à ses projets, mais grâce aux personnes qui s’y investissent, aux partenaires qui lui font confiance et aux jeunes qui s’approprient ses valeurs.

Mon bilan est donc celui d’une association qui poursuit sa construction, qui affirme progressivement sa place et qui se donne les moyens de porter ses ambitions plus loin. Je suis consciente du chemin qu’il reste à parcourir, mais c’est aussi ce qui rend cette aventure passionnante.

Le Comité général des ambassadeurs a annoncé l’ouverture officielle du concours sur la République de Maurice, peut-on envisager que To Be or Not Subir dépasse les frontières réunionnaises ?

Oui, et cette ouverture représente une étape très importante dans notre développement. Nous avons toujours considéré que les valeurs que nous défendons — le respect, l’égalité, la lutte contre les discriminations et l’engagement citoyen — ne s’arrêtent pas aux frontières d’un territoire.

L’ouverture officielle du Concours Ambassadeur sur la République de Maurice pour l’édition 2026 est une première concrétisation de cette ambition. Elle repose notamment sur notre partenariat avec l’ONG DIS-MOI Droits Humains Océan Indien, dont l’expérience en matière d’éducation aux droits humains auprès des jeunes mauriciens et rodriguais est précieuse.

Notre ambition n’est pas simplement de reproduire à l’identique ce que nous faisons à La Réunion. Il s’agit de construire une dynamique régionale, en tenant compte des réalités, des cultures et des besoins propres à chaque territoire.

Nous croyons profondément à la richesse des échanges entre les jeunes de l’océan Indien. En leur permettant de se rencontrer, de partager leurs expériences et de porter ensemble des valeurs communes, nous pouvons contribuer à faire émerger une véritable communauté de jeunes engagés.

Maurice est donc une étape majeure, mais surtout le début d’une réflexion plus large sur la manière dont notre engagement peut rayonner dans la région.

« Derrière chaque écran, il y a une personne, une histoire, une sensibilité et des proches qui peuvent également être touchés. »

L’association To Be or Not Subir est engagée dans la lutte contre les discriminations, quel regard portez-vous sur les victimes de harcèlement sur les réseaux comme Léa Churros ou Léa Fontaine plus récemment ?

Ces situations nous interpellent profondément, car elles illustrent un problème qui dépasse largement les personnes concernées : la banalisation des humiliations et des attaques personnelles sur les réseaux sociaux.

Dans le cas de Léa Fontaine, nous avons vu une sportive de haut niveau, qui venait de remporter une compétition importante, être la cible de commentaires visant notamment son physique. Léa Churros a, elle aussi, été confrontée à des critiques et à des attaques personnelles après son passage sur la scène de Miss Réunion.

Ces situations montrent à quel point les réseaux sociaux peuvent devenir des espaces où l’on se permet de juger, de rabaisser et d’humilier autrui, parfois sans mesurer les conséquences de ses paroles.

Il faut rappeler une distinction essentielle : la critique constructive est légitime, mais elle ne justifie jamais les insultes, les humiliations répétées ou les attaques discriminatoires. La liberté d’expression ne doit pas servir de prétexte pour porter atteinte à la dignité d’une personne.

Pour To Be or Not Subir, ce sujet est directement lié à notre engagement. Nous devons continuer à sensibiliser les jeunes au respect, à l’empathie et à leur responsabilité numérique. Derrière chaque écran, il y a une personne, une histoire, une sensibilité et des proches qui peuvent également être touchés.

Il est également essentiel que les témoins ne restent pas passifs : signaler les contenus abusifs, soutenir les personnes ciblées et refuser de participer aux humiliations sont des gestes qui comptent.

Notre message est simple : personne ne devrait avoir à se justifier d’être soi-même pour mériter le respect. Nous devons construire une société dans laquelle la différence n’est pas un motif d’attaque, mais une réalité que nous apprenons à accueillir.

Jody Nanou – Président de To Be or Not Subir (Instagram To Be or Not Subir)

Nous souhaitons contribuer à faire émerger une culture dans laquelle les jeunes savent reconnaître les discriminations, trouver les ressources nécessaires pour agir et soutenir les personnes qui en sont victimes.

Quel futur pour To Be or Not Subir ?

Notre priorité est de consolider ce que nous avons construit tout en continuant à développer de nouveaux projets au service de la jeunesse.

Le premier grand chantier est de réussir le déploiement du Concours Ambassadeur à Maurice, en accompagnant les jeunes participants et en construisant une coopération durable avec nos partenaires. Nous souhaitons que cette ouverture soit une véritable réussite humaine et citoyenne, et pas simplement une extension géographique du concours.

Nous voulons également poursuivre le développement du concours Ambassadeur à La Réunion, renforcer nos liens avec les établissements scolaires, les associations et les institutions, et encourager davantage de jeunes à s’engager dans la lutte contre les discriminations.

La sensibilisation au harcèlement, au cyberharcèlement et au respect de l’autre demeure également essentielle. Nous souhaitons contribuer à faire émerger une culture dans laquelle les jeunes savent reconnaître les discriminations, trouver les ressources nécessaires pour agir et soutenir les personnes qui en sont victimes.

Enfin, nous voulons continuer à structurer l’association, développer des partenariats solides et donner davantage de visibilité aux initiatives portées par les jeunes.

Notre ambition est de faire de To Be or Not Subir une association capable de créer des passerelles entre les territoires, les générations et les acteurs engagés. Nous voulons que les jeunes qui passent par nos projets repartent avec davantage de confiance, de connaissances et surtout l’envie d’agir.

Si je devais résumer notre vision en une phrase, je dirais que nous ne voulons pas seulement sensibiliser les jeunes au monde dans lequel ils vivent : nous voulons leur donner les moyens de contribuer à celui dans lequel ils souhaitent vivre demain.

Entretien réalisé par Pierre Grondin Chan Ahsing

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