[Mauvaise humeur] Un débat sans débat

Le Pen versus Macron : élection, piège à cons

Mercredi soir, le pensum du journaliste, c’était le débat d’entre-deux tours. Avec un seul perdant : un véritable choix démocratique.

Dure est la vie de journaliste. Voilà que je suis chargé de rédiger un compte-rendu du débat entre la peste et le choléra. « Quel gâchis, le pays méritait mieux », a déclaré après coup Jean-Luc Mélenchon sur Twitter, tout comme Emmanuel Genvrin dans Parallèle Sud il y a quelques semaines. La peste brune qu’on ne présente plus et celui qui s’est assigné la tâche de transformer des idées de m… en liquidités pour les plus riches. En espérant que ça ruisselle. 

Bien des électeurs, notamment ceux de gauche, se demandent s’il y a une réelle différence entre la fille de Jean-Marie Le Pen et celui qui a lâché sa police sur les Gilets jaunes, celui qui a répondu aux revendications sociales par les éborgnements, les mains arrachées, les gueules cassées. Le débat n’aura pas clarifié la chose. Tout juste sait-on que le ventre de la bête immonde a déjà accouché d’un petit, et qu’on n’en voudrait pas une portée.

Le beau jeu devra attendre

Le débat d’entre-deux tours, tous les journalistes en parlent. Avant. Et après. Avant, il s’agit de savoir qui va gagner, comme s’il s’agissait d’un match de foot. Sauf que, même quand son équipe n’est pas en finale, on peut apprécier un match, pour le sport et le beau jeu. Juste avant l’entame de ce match-là, mercredi soir devant mon clavier, je crains que le beau jeu doive attendre.

Sans même parler de politique, on peut s’interroger sur la similitude des slogans. (Photo Anouk Cellier)

Soporifique. Je me suis surpris au bout d’une heure et demie d’échanges entre les deux candidats, à compter les pellicules sur la veste de Marine Le Pen. En face, costume bleu, yeux bleus, cravate bleue, Emmanuel Macron joue le sachant, posture désinvolte et propos supérieurs. Il s’emploiera pendant près de trois heures à ridiculiser le programme du Rassemblement national, à en pointer « les incohérences », à estimer  » les impossibilités à l’appliquer », à en souligner « les défauts de financements « .  Et à vanter sa toute nouvelle fibre écologiste. Rien sur son bilan, peu sur son programme. 

Occasions manquées

Son adversaire est vite apparue dépassée. Noyée dès le début par une salve de chiffres et de calculs incompréhensibles, elle a subi le rythme imposé par le candidat sortant, exposant son programme, sans véritablement parvenir à renvoyer Emmanuel Macron à son bilan.

Pourtant, les occasions n’ont pas manqué. Quand Macron lui demande avec un air de défi si elle reviendra sur les ordonnances travail, auxquelles il attribue la baisse du chômage, elle bredouille sur le calcul des statistiques. Elle parle de coopération internationale avec l’Afrique, sans pour autant rappeler le camouflet malien. A peine esquisse-t-elle l’affaire McKinsey qu’elle passe à autre chose tant Macron monte sur ses ergots. Quand elle évoque les Gilets jaunes, elle ne parle de violences que verbales, il ne faut pas froisser ses électeurs de la police. Et si elle touche juste, avec les Ehpads par exemple en demandant des contôles, le président de la République répond à côté que « les Français veulent vieillir à domicile », regardant ostensiblement la paire de journalistes plutôt que son interlocutrice. 

Troisième tour

« Elle ne veut pas vraiment gouverner », estime un observateur. L’impression générale, en effet, est que les deux jouent dans la même cour, travaillent pour une même cause. L’un avec un bilan dont on ne veut plus, l’autre, on ne voudrait pas qu’elle en ait un. « Le fascisme devrait, à juste titre, s’appeler Défense exclusive du Monde des affaires, puisqu’il s’agit d’une fusion de l’Etat avec le pouvoir du Monde des affaires. » (Benito Mussolini, « The Political and Social Doctrine of Fascism », 1932)

Dimanche, on ira voter… ou pas. Mais, en juin, le troisième tour s’impose. Avec un peu de volonté, en votant pour un Parlement de gauche, il y a encore moyen de forcer le destin.

Philippe Nanpon

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A propos de l'auteur

Philippe Nanpon

Déménageur, béqueur d'clé dans le bâtiment, chauffeur de presse, pompiste, clown publicitaire à roller, après avoir suivi des études d’agriculture, puis journaliste depuis un tiers de siècle, Philippe Nanpon est également épris de culture, d’écologie et de bonne humeur. Il a rejoint l’équipe de Parallèle Sud pour partager à la fois son regard sur La Réunion et son engagement pour une société plus juste et équitable.

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