Allocution d'Emmanuel Macron

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Un président ne devrait pas mentir comme ça

ÉDITO

« Mon petit Emmanuel*, une information doit être vérifiée avant d’être partagée. Si tu accuses l’un de tes camarades de récréation d’avoir cassé quelque chose, tu dois en apporter la preuve, sinon c’est de la désinformation. On ne partage pas une information non vérifiée »… Voilà ce que les journalistes de Parallèle Sud expliquent aux élèves lors de leurs interventions d’éducation aux médias et à l’information (EMI).

Dans son allocution de dimanche soir, Emmanuel Macron a attribué à « des factieux, issus de groupuscules d’ultragauche » la « violence débridée » constatée dans plusieurs villes de France en marge des manifestations du 17 octobre. C’était dès la deuxième phrase de son discours. Juste après la diffusion d’images traumatisantes d’une mairie incendiée, d’une autre prise d’assaut, d’un buste de Marianne jeté à terre, de commerces pillés, de vitrines fracassées, de voitures et du mobilier urbain en feu…

« Ma petite Marine*, méfie-toi des raccourcis spectaculaires. Les émotions exacerbées servent à tromper les jugements sciemment ou inconsciemment. » Ça aussi, nous le répétons lors des séances d’EMI.

Jouer sur les émotions. Jeter l’opprobre. Manipuler les faits. Ne rien vérifier. Le président de la République a coché toutes les cases. Ce n’est pas de l’EMI, c’est de la politique.

Il avait revêtu son costume noir un peu trop grand des mauvais coups. Le même que celui de la sinistre dissolution de 2024 qui avait ouvert grandes les portes de l’Assemblée nationale à l’extrême droite. Il avait pris la posture pour annoncer « l’état d’urgence » qui lui conférerait les pleins pouvoirs. Ouf, il ne l’a pas fait…

Fausse symétrie entre extrême droite et extrême gauche

Le menton haut, il a juste accusé « l’ultragauche » d’être à l’origine des violences. Sauf que « l’ultragauche », ça ne veut rien dire. Personne ne s’en réclame. C’est un mot-valise qui prétend désigner des groupes violents d’extrême gauche. Cela fait déjà quelques années qu’Emmanuel Macron et ses ministres jouent à amalgamer gauche et extrémisme : « Au secours, les bolcheviks, couteau entre les dents, menacent la République ! »

Ils ont d’abord voulu dans leurs discours établir une symétrie entre l’extrême droite raciste, xénophobe et une « extrême gauche », dont La France insoumise est la principale composante, qui n’a en fait rien d’extrême à moins de laisser croire que le combat pour davantage de justice sociale serait devenu de l’extrémisme.

Macron va plus loin aujourd’hui, en accusant cette gauche, qu’il considère comme infréquentable, de violence généralisée ou, au moins, de complicité.

Comment les femmes et hommes de gauche, pacifistes par conviction, peuvent-ils accepter d’être ainsi désignés comme des casseurs ? S’il peut exister des groupuscules révolutionnaires qui se perdent dans l’action violente, ils restent isolés, rejetés par les partis de gauche qui n’ont pas besoin d’une injonction présidentielle pour dire non à la violence.

« Ceux qui partagent notre combat n’ont rien à faire dans le pillage, le saccage », dixit Jean-Luc Mélenchon samedi soir.

Qui se repaît de violence ?

À l’heure où il a désigné « les groupuscules d’ultragauche rejoints par de nombreux délinquants », aucun fait ne venait appuyer l’accusation du président. Juste quelques suppositions des renseignements policiers qui surveillent ces fameux groupuscules. Interrogée par une journaliste de TF1 qui lui demandait si les personnes impliquées dans les violences du 17 octobre étaient des militants politisés de l’ultragauche, la procureure de Paris Laure Beccuau a répondu sans ambiguïté : « Non, ce n’est absolument pas ce que je peux confirmer en l’état de mes informations. »

Tout est dit. Macron a fait du Sarkozy quand l’ancien ministre de l’Intérieur et président multi-condamné surfait sur les images de violence, roulait des mécaniques et assurait qu’il allait « karchériser la racaille ». Il n’a rien nettoyé du tout. Au contraire, il a affaibli la police de proximité pour privilégier la répression. 

Emmanuel Macron a fini ce dimanche soir de basculer dans le camp des hypocrites qui, sous prétexte de combattre la violence, s’en nourrissent. Il suffit d’observer aujourd’hui qui, sur l’échiquier politique, se repaît d’images de violence qui tournent en boucle, pour voir à qui profite le crime.

Franck Cellier

*prénoms d’emprunt choisis au hasard.

Image mise en avant : © page YouTube d’Emmanuel Macron

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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