Vu de Paris : bulldozers et hautes flammes à Koungou

En début de semaine de graves violences urbaines ont eu lieu à Mayotte, non loin de la capitale, Mamoudzou : le « décasage » au bidonville Caro Bolé a provoqué de vives réactions de la population et entraîné l’incendie de l’hôtel de ville de Koungou.

Vu de Paris, les émeutes du début de la semaine à Mayotte sont perçues comme le comble de l’ingratitude. Deux jours avant que le nord-est de l’Ile aux Parfums ne s’embrase, le ministère de l’Outre-mer envoyait à la presse un communiquéintitulé « Sébastien Lecornu et Emmanuelle Wargon annoncent de nouvelles mesures pour répondre à l’urgence du relogement des habitants des bidonvilles en Guyane et à Mayotte ».

Dans le document – agrémenté de belles photos de bâtiments neufs et joliment colorés dans la végétation tropicale – on pouvait lire sous la plume du ministre des Outre-mer et de la secrétaire d’État au logement qu’« un décret et un arrêté en date du 17 septembre sont parus. (..) Il s’agit ainsi de répondre aux besoins de relogement des personnes sortant de bidonvilles notamment, avec un loyer très abordable, une rapidité de mise en œuvre et des interlocuteurs pour accompagner les ménages. » Autrement dit, et toujours des mots du gouvernement, il s’agit de « permettre aux habitants des bidonvilles de se loger dans la dignité et la sécurité ».

Image du Ministère des Outre-mer

Vue des cases en tôle, la mise en œuvre de cette politique « pour la dignité » a en effet été rapide. Lundi 27 septembre, au matin, les bulldozers de la préfecture rasaient les cases en tôle du Caro Bolé. Ce bidonville ne constitue qu’un village parmi d’autres recouvrant les collines de cette partie de l’île, tous aux noms fleuris : Vice-Versa, Recto-Verso, Dubaï, etc.

Lundi matin, face aux engins de chantier et aux gendarmes mobiles, des centaines de personnes, ulcérées de se trouver sans logis, manifestaient et prenaient les « forces de l’ordre » à parti. Jusqu’à, dans la soirée, incendier en partie l’hôtel de ville de Koungou, deuxième commune de l’île, voisine de Mamoudzou. De quoi susciter une cascade de réactions politiques, du député (LR) Mansour Kamardine au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Pour « Mayotte, territoire perdu de la République », des mots du député Kamardine, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin promet « une réponse ferme » et des expulsions « de fauteurs de trouble en situation irrégulière. » Le ministre des Outre-mer, Sébatien Lecornu, a lui aussi condamné « les violences. Les forces de sécurité sont déterminées à rétablir l’ordre. (..) Nous continuerons à lutter contre l’habitat illégal malgré ces actions. »

Dans son communiqué du 22 septembre, le ministre de l’Outre-mer promettait « souplesse et adaptabilité (…) les clés de la réussite de cette politique. »Apparemment, ces clés-là permettent aussi de mettre le contact des bulldozers et des camions de la gendarmerie.

Julien Sartre

Parallèle Sud fouille, enquête, et rend compte de l’actualité de notre île depuis Saint-Denis, Saint-Pierre ou encore Salazie jusqu’aux pavés parisiens. Notre ami Julien Sartre, l’un des fondateurs du journal, vit et travaille là-bas. Pour Parallèle Sud, il a à cœur de raconter la bonne histoire et de se décentrer suffisamment pour ne pas se retrouver à prêcher la bonne parole gouvernementale. En revanche, il garde un œil sur nos élus. Retrouvez notre rubrique Vu de Paris toutes les semaines.

A propos de l'auteur

Julien Sartre

Journaliste d’investigation autant que reporter multipliant les aller-retour entre tous les « confettis de l’empire », Julien Sartre est spécialiste de l’Outre-mer français. Ancien correspondant du Quotidien de La Réunion à Paris, il travaille pour plusieurs journaux basés à Tahiti, aux Antilles et en Guyane et dans la capitale française. À Parallèle Sud, il a promis de compenser son empreinte carbone, sans renoncer à la lutte contre l’État colonial.

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